A la recherche du passage du Nord-Est, par Philippe Rigaud

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Le Manguier toutes voiles dehors

Passé le Cap Nord (Nordkapp) on entre dans la mer de Barentsz, vaste espace s’étendant de la mer de Norvège à l’Ouest jusques vers la mer de Kara au Sud et la Nouvelle-Zemble à l’Est, au Nord limitée par l’Océan Arctique et l’archipel du Svalbard.

Voici pour les limites géographiques, telles qu’elles ont données par les cartes.

Cette espace maritime tire son nom du célèbre explorateur néerlandais Willem Barentsz qui tenta à plusieurs reprises de se rendre en Chine par la route du Nord-Est à l’opposé aux Portugais et Espagnols qui allaient en Asie par l’Océan Indien en contournant l’Afrique.

Ce que tentait W. Barentsz relevait du défi stratégique. En effet, en ce XVIe siècle conquérant les puissances occidentales cherchaient à la fois des débouchés commerciaux et des emprises territoriales. Ces politiques expansionnistes n’allaient pas sans difficultés car ces puissances en compétition vont se heurter les unes aux autres, chacune d’elles cherchant à contrôler et s’approprier les sources primaires d’approvisionnement.

Si W. Barentsz soutenu par les marchands néerlandais tenta l’ouverture vers le NE tient au fait qu’il avait de bonnes raisons de se lancer dans cette aventure risquée. Le trajet du Sud via le cap de Bonne Espérance, la longue et difficile traversée de l’Océan Indien étaient des plus périlleux pour les flottes espagnoles et portugaises. Les Hollandais sont encore absents de cette route mais plus pour très longtemps, quelques années plus tard ils mettront à mal l’hégémonie portugaise en Asie.

La situation politique de l’époque était telle que la route du Proche Orient via la Méditerranée se trouvait quasiment fermée par l’Empire turc lancé lui aussi dans une phase dynamique de conquêtes territoriales et, du coté chrétien, toujours en Méditerranée, le quasi monopole vénitien (pourtant en difficulté avec les Ottomans) imposait ses prix sur le marché européen.

De fait, les Provinces-Unies ayant une légitimité politique à défendre et à construire avait également à  édifier un espace commercial, se mettant en concurrence avec la souveraineté espagnole (les Pays Bas étaient encore engagés dans un long conflit pour l’indépendance) et avec les pénétrations maritimes de la couronne britannique qui gênaient et limitaient cette volonté affichée.

En cette période de mondialisation économique et de recherches de profits il était donc difficile pour les pays européens de s’approvisionner en épices, produits en fortes demandes et à hautes valeurs ajoutées.

Ainsi, par nécessité politique et commerciale et à plusieurs reprises (1594, 1595, 1596) Willem Barentsz soutenu par le gouvernement des Provinces-Unies et des marchands associés tentera la route du Nord-Est.

Lors de la première expédition il abordera sur les côtes occidentales de la Nouvelle-Zemble où il rencontrera « des monstres marins d’une force terrible » (les morses) tout en se trouvant face à des ours « hideux et dévoreurs ».

En 1595, encouragée par la volonté de trouver une route commode vers l’est la deuxième expédition conduisit une flotte jusqu’au détroit de Vaygats une des deux portes d’entrée dans la mer de Kara entre Nouvelle-Zemble et Sibérie (avec le détroit de Kara au nord) ce passage est alors dénommé par les navigateurs détroit de Nassau en l’honneur de la maison d’Orange.

Ayant pénétré dans cette mer et après avoir parcouru environ deux cent milles les glaces obligèrent finalement les navires à rebrousser chemin.

Le troisième et dernier voyage de Barentsz fut l’occasion de la découverte de l’Ile aux Ours et de l’archipel du Svalbard que les Néerlandais nommèrent Spitzberg (Les montagnes acérées »). D’après certains auteurs ces îles auraient été découvertes par les Norvégiens et mentionnées dés 1194 dans une saga islandaise sous le nom de Svalbard (« La côte froide »)  mais cette découverte n’aurait pas été suivie à cette époque par une occupation des lieux.

En poursuivant le voyage au le sud puis vers l’est l‘unique navire fut pris et détruit par les glaces dans le  nord-est de la Nouvelle-Zemble. Naufragé et sans moyen de quitter ces lieux inhospitaliers l’équipage fut contraint de trouver refuge à terre. Les hommes construisirent une cabane afin de passer la saison froide sur place, ils purent ainsi survivre à un long et difficile hivernage (les restes de cette habitation furent découverts en 1870).

Le printemps revenu, à la fonte des glaces, les rescapés purent remettre en état une scute et une chaloupe, deux embarcations qui avaient survécu aux rigueurs de l’hiver polaire.
En désespoir de cause et empreints de courage ils entreprirent alors un long et périlleux voyage. Après de nombreuses épreuves la plupart d’entre eux purent regagner des terres habitées. Lors du périple W. Barentsz épuisé par les souffrances succomba.

Ces expéditions, tentatives pour une nouvelle ouverture vers la route de l’Orient, furent des échecs  dont on tira les leçons, afin de rejoindre l’Asie les Néerlandais durent emprunter la longue route du sud. Ce n’est que très tardivement, après de nombreuses autres déconvenues, que le suédois Nordenskjöld en 1878-1879 parvint à ouvrir ce périlleux passage vers le Pacifique.

Sur les voyages de Willem Barentsz on consultera avec profit  une édition critique, établie par Xavier de Castro à partir des relations du chroniqueur Gerrit de Veer, parue sous le titre  Prisonniers des glaces. Les expéditions de Willem Barentsz (1594-1595), Paris, Chandeigne, 2000 (notes, cartes, illustrations, riche bibliographie).


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