Visions en relief et impressions post-glaciaires, par Philippe Rigaud

Venant de la mer les premières impressions de la Norvège d’un point de vue de l’observation du paysage naturel se révèlent depuis le lointain par le relief. Celui-ci, après une brève réflexion (en général) est bien conforme aux leçons de géographie apprise il y a longtemps ou bien par de plus récentes lectures ou plus simplement par l’observation et la déduction quant au modelé du paysage des régions scandinaves.

Les montagnes au loin paraissent adoucies bien qu’assez élevées en apparence. Plus près, que ce soit au niveau du littoral, des îles, des îlots et bien sûr les fjords on note que la majorité de tous les sites ont manifestement subi une forte abrasion glaciaire. Ce sont pour l’essentiel des masses arrondies, polies, plongeantes avec la douceur caractéristique propre aux régions ayant subi la pression des glaces (les grandes glaciations du quaternaire, l’inlandsis ayant recouvert toute l’Europe septentrionale avec les  glaciations de Riss, Dönau et Würm pour la dernière.

A contrario, certains endroits, montagnes ou falaises, présentent des faciès plus tourmentés que celui du paysage habituel observé pendant la majeure partie de la navigation côtière. Il semble, sur ces massifs, que le processus érosif ait été marqué par l’action conjuguée du vent, du gel et du soleil. Les découpages sont alors acérés, tranchés et souvent abrupts.

En fait, ce qui marque ce paysage post-glaciaire le plus ce sont les dos arrondis des roches en glissade vers la mer. Il en est de même de la majorité des îles et des îlots, archipels égrenés en chapelet sur les eaux de cette mer de Norvège.

Sur le terrain, l’aspect rugueux du rocher se fait immédiatement sentir sous les semelles, ce qui est un avantage pour grimper, marcher, sauter, l’adhésion est excellente.

La roche, grès grisâtre ou granite en décomposition, est squameuse et pour ce dernier formée de gros cristaux de quartz, de feldspath et d’autres plus petits, de mica noir. Souvent sur quelques centimètres de largeur des rubans de quartz émergent et courent parfois sur une à deux dizaines de mètres, voir plus dans certains cas observés de ci-de là.

Manifestement l’action et l’abrasion provoqué par le processus de gel et de dégel a opéré un délitage transformateur qui ne permet plus de distinguer le frottement et le lissage de la glace sauf sur des roches au grain plus fin que le granite, sur certains grés par exemple.

On peut penser cependant dans quelques cas observés que des indicateurs de frottement aient subsistés échappant au moins provisoirement à l’usure du temps, comme ces marques, entailles parallèles, perpendiculaires aux lits des strates, gravées plus ou moins profondément dans la roche.
Un autre témoignage intéressant est donné par des blocs erratiques parsemant la surface rocheuse de grandes dimensions parfois, ils présentent généralement des faciès anguleux aux arêtes vives. Il est possible (vraisemblable ?) que ces blocs aient été en surface du glacier et qu’ils se soient tranquillement déposés dans la phase terminale du processus de fusion.

Autre curiosité observée ce sont ces failles ou quelques fois de véritables crevasses plus ou moins profondes, plus ou moins larges, ces crevasses et effondrements ont semble-t-il une origine liée à la tectonique ou mouvement du relief, pré ou post glaciaire.

Dans celles-ci pousse une végétation arbustive de bouleaux et de conifères ne dépassant généralement pas le sommet de la faille. Ces arbres soumis à la rigueur du climat trouvent là un abri et l’humidité nécessaire à leur survie.

Une autre végétation couvre également de vastes étendus de ces roches. Elle est formée pour l’essentiel de bruyère rase et de genévrier rampant.

Une mousse épaisse adoucit l’aridité et la rugosité de la roche, elle s’accroche aussi bien sur les pentes que sur les replats.

Dans les zones dépressionnaires le couvert végétal profite de l’humidité accumulée et on y trouve ce sol spongieux propre aux tourbières. Il faut donc faire attention où l’on pose les pieds entre les mattes de mousse, d’herbe, de genévrier, les fondrières et les petites mares.

On remarque aussi, étrangeté assez rare dans nos pays plus méridionaux, la présence de droséras, cette modeste plante carnivore se nourrissant de petits insectes. Sur certaines zones elle prolifère au point de former de petits tapis rose tendre.

Ces quelques observations in situ ne prétendent pas à l’exhaustivité loin de là. Ainsi, nous invitons le lecteur, soucieux d’approfondir ces thèmes à peine évoqués, à consulter quelques ouvrages avertis et érudits pour approfondir et améliorer cette modeste approche – quelque peu sommaire et hâtive – mais vécue avec une certaine intensité et animée par l’esprit de curiosité.

Philippe Rigaud
8 juillet 2009


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