Mourmansk, leçon de port, par Karin

Le_Manguier_Mourmansk_3
Le Manguier à Mourmansk

Au mouillage dans la zone des navires étrangers, après avoir transité par un ponton dans le port charbonnier, le temps qu’un garde-côte-douanier ausculte les placards et les cales, qu’un douanier, deux officiers d’immigration et un agent maritime échangent des liasses de paperasses et des séances de tampon avec Captain Phil et Pilot Eric. On ne sait pas où nous mettre, c’est un problème… Pas question que nous allions à terre ! Irina, l’agent maritime : «Ce n’est pas un lieu de plaisir ici, pas un port de loisir ! Ce n’est pas un endroit pour les enfants, c’est l’Arctique !»

Seul le pilote embarqué près de l’embouchure du fjord était souriant, ravi : «J’aime beaucoup votre bateau !» Il faisait risette à Léonie à travers le carreau de la timonerie. Un capitaine spécialiste du Spitzberg et de l’Antarctique ; ça ravigote.

Pas un lieu de plaisir ? Eh bien tandis que Eric et Phil sont aux prises avec leurs téléphones et la perspective d’un long parcours tracassier, tandis que la Subrécargue et la Subrécargue adjointe (Cécile et Judith) élaborent vaille que vaille la liste des vivres à faire, le Scribe et l’Ecrivain (votre servante), chacun une paire de jumelles rivée aux arcades sourcilières, se régalent à scruter la ville de Mourmansk. Comme disait France : «C’est l’opposé du voyage touristique où tu viens voir des belles choses… ça a un côté exotique… ça a vraiment un autre attrait.»

Des barres d’immeubles couronnent et ceinturent de longs mamelons. Sous cette gigantesque denture grise qui mord le ciel, subsistent des taches de verdure avec des flaques de violet : « Vous arrivez à la bonne saison ! a dit le pilote. Mourmansk est pleine de fleurs !» Il y a même une colline entièrement couverte de lande et de bosquets, comme piédestal à un soldat casqué haut comme une Twin Tower. Au sein de cette végétation, un œil fouineur peut détecter quelques grains de sable : cinq ou six isbas, une église blanc-bleu-or…  Le bas de la ville – immeubles teintés de verdâtre, de jaunâtre et de bleuâtre, aux toits à pentes – est aux trois-quarts dissimulé par une cohue portuaire : plusieurs épaisseurs de brise-glaces, de cargos, de navires de tous acabits, des cheminées de centrales, des hangars, des terrils, de la ferraille, des grues en action.

Cette nuit, nous serons bercés par les bruits métalliques et mécaniques, chocs, cliquetis, grondements, sifflements. Les Russes sont au charbon même la nuit.


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