Le bœuf musqué, chapitre 2, par CZH

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Après le poil, la viande…

On vous a assez chanté les vertus du quiviut ! Le poil du bœuf musqué : si chaud, si doux, hypoallergique, aux délicates couleurs nuancées… Faut dire que l’on s’en est donné à cœur joie l’été dernier à le ramasser dans la toundra.

Passons maintenant à la chair…

On avait lu, entendu toutes sortes de choses. « Gras et fort comme du suif de chandelle » ou « rien de plus tendre ». A Paulatuk, la population se divise en deux catégories. Ceux qui le chassent et l’apprécient et ceux qui le mangent quand ils n’ont vraiment rien d’autre à se mettre sous la dent. « C’est trop fort, trop dur, ici, on n’a pas trop l’habitude, nous on mange du caribou, notre tradition c’est le caribou ».

Ray fait partie de la deuxième catégorie tandis que George appartient à la première. Nous, nous étions impatients de nous en faire une idée. Aussi quand George a finalement donné à Philippe l’épaule de l’un des deux animaux abattus lors de leur chasse, nous en avons illico coupé un morceau et mis à rôtir chez Ray. Ce dernier, mi amusé, mi goguenard, mi suspicieux a suivi les opérations (assaisonnement, piquage de gousses d’ail) du coin de l’œil tout en remarquant que l’épaule était la partie réputée la plus coriace. De celle que l’on offre à moindre coût, sans trop se crever le cœur… Il nous renseigne néanmoins judicieusement sur le maniement de son four et nous sentons que la curiosité l’emporte sur sa réticence. Aucune volonté de nous saboter l’affaire ! Un fumet irrésistible a tôt fait d’envahir la pièce, stimulant nos glandes salivaires. Ray s’esquive chez sa mère, un souci de chaudière à ce qu’il paraît.

Soit, nous commencerons sans lui. Au vu du morceau, ne sachant trop comment nous y prendre, nous avons opté pour un mode de cuisson façon gigot d’agneau, un peu rosée. Enfourné à four froid, sur une plaque recouverte d’un lit de carottes et d’oignons émincés.

… ?

… !!!!!!

… !!!!!!

« ES DIVINO » pour la réminiscence uruguayenne de Montevideo.

Effectivement ça se défend bien sous la dent si l’on ne coupe pas dans le bon sens la fibre mais c’est très très savoureux. Contre toute attente, le gout de « gibier » est beaucoup moins prononcé que dans le caribou et ça a l’avantage d’être trois fois plus gros…

Un peu plus tard dans la soirée, nous entendons des bruits dans la cuisine, nouvelle vague parfumée de viande grillée. Tiens, tiens…

Le lendemain, devant l’os quasiment nettoyé de l’épaule, Ray m’avoue qu’il a fait un peu recuire la viande mais que certainement grâce à notre assaisonnement c’était pas si mal !

Quelques jours plus tard, au cours d’une lecture d’un récit de Jorn RIEL (Arluk, le chant pour celui qui désire vivre, T2), voici ce que je trouve et qui tombe si bien à propos :

- C’est exactement comme tu le dis. Nous avons complètement oublié de voyager, comme on le faisait dans mes jeunes années. En ce temps-là, on allait partout et on vivait bien des choses extraordinaires. En effet, la vie de voyage est pleine de joies et il est merveilleux de quitter ce qui est connu. On fuit toute la saleté qui s’est accumulée au cours des années autour de l’habitat, et on voyage rempli d’excitation sur tout ce que les autres pays apportent de joyeux et de passionnant. Peut-être même trouve-t-on de nouveaux animaux à chasser ! Souvent, on rêve des bœufs musqués, dont on n’a plus goûté la viande savoureuse depuis qu’on était enfant.

- Quel goût a-t-elle ? demanda Isserfik

- Semblable à rien d’autre, répondit le vieux. Pas aussi forte que la viande de phoque, pas non plus comme la chair de poisson ou d’oiseau. On ne peut la comparer à la viande d’ours ni à celle du caribou. Elle a un goût indescriptible, qui ne quitte plus la bouche de qui l’a goûtée. Surtout si on la fait cuire entre deux pierres plates. Alors le jus vous gicle dans la bouche, chaque fois qu’on en prend une bouchée.


 

Muskox, Chapter 2, by CZH

After the fur, the meat …

We already sang about the virtues of quiviut for you! The muskox fur: so warm, so soft, hypoallergenic, delicately shaded colors … We must say that we enjoyed so many times last summer picking it up in the tundra.

So, now what about the meat …

We had read and heard all sorts of things. "Bold and strong as tallow candle" or "nothing more tender." In Paulatuk, the population is divided into two categories. Those who hunt and enjoy it and those who eat it when they really have nothing else to put in their mouths. "Too strong, too hard to chew, we’re not really used to that, we are caribou eaters, our tradition is the caribou."

Ray is part of the second category, whereas George belongs to the first one. We were looking forward to get our own idea on the matter. So when George finally gave Philippe the shoulder of one of the two animals killed during the hunt, we went straight to cut a piece and put to roast at Ray’s. Half amused, half mocking, half suspicious, he followed the operations (seasoning, garlic stitching) keeping an eye on it while noticing the shoulder was deemed the toughest part, which is offered at a lower cost, without much heart-wrenching … Nevertheless, he wisely explains us about how to handle his oven and we feel that his curiosity is slowly overcoming his reluctance. No will to sabotage the cooking! An irresistible smell quickly invades the room, stimulating our salivary glands. Ray walks away to sort out something at his mother’s, something to do with the heater as it seems.

Fair enough, we’ll start without him. Considering the size of chunk, not knowing how to do it, we opted for a cooking similar to lamb’s leg, a little rare. Put into the oven while still cold, on a baking sheet covered with a bed of carrots and chopped onions.

… ?

… !!!!

… !!!!!!

"ES DIVINO !", reminding some Uruguayan words from Montevideo.

It's actually a bit tough under the tooth if not cut in the right direction as the fiber, but it's truly tasty. Against all odds, the "game" taste is much less here than in caribou meat and it has the advantage of being three times bigger…

A little later in the evening, we hear noises from the kitchen, a new wave flavored with grilled meat. Well, well…

The next day, witnessing the shoulder almost all cleaned up to the bone, Ray admits he cooked the meat a bit once more, but also certainly, thanks to our recipe, it was not so bad! A few days later, while reading some story from Jorn Riel (Arluk, singing for those who want to live, T.2), here's what I find out, pretty well related:

- This is exactly as you say. We completely forgot to travel, as we used in my younger years. In those days, we were going everywhere, living extraordinary things. Indeed, travelling life is full joys, and it is wonderful to leave what is known. One flee all the dirt that has accumulated over the years around the house, and journeys are filled with excitement about all that other countries provide as joyful and exciting things. Maybe do you even find new animals to hunt! We often dream of musk oxen, as we did not taste its delicious meat since we were children.

- How did it taste? asked Isserfik

- Like nothing else, replied the old man. Not as strong as seal meat, neither as the flesh of any fish or bird. We can not compare it to bear meat nor to caribou. It has an undescribable taste that never leaves the mouth that has tasted it. Especially when cooked between two flat stones. Then the juice squirts in your mouth, each time you have a bite.

English translation by Tanguy


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