Contes à geler debout, par CZH

Divertissement en attendant l'embâcle

Prologue

Comme chacun sait, tout conte se nourrit d'un substrat de vérité. Celui-ci nous a été inspiré par un fait réel, auquel ne pouvant donner une explication rationnelle satisfaisante nous avons spontanément opté pour une origine plus "imagée". L'histoire a pour personnage principal "Ugjuk", le phoque barbu. C'est le plus grand représentant des phocidés des régions arctiques après le phoque à capuchon. Retenons que : "La tête est petite, les yeux globuleux et volumineux. La bouche est ornée de vibrisses nombreuses et raides frisant à leur extrémité lorsqu'elles sont sèches. Les dents petites et assez espacées les unes des autres sont peu spécialisées. (…). Le phoque barbu est un individu solitaire et peu sociable, vivant exceptionnellement en groupe familial. L'essentiel de son activité consiste à se nourrir, se reposer et profiter du soleil ! (…) Les phoques barbus seraient monogames." Ces informations sont tirées de La Faune et Flore du Grand-Nord, éditions GNGL. Ils ne disent pas comment nommer la femelle.

Les natifs de Paulatuk, le sourire toujours un peu malicieux, ont complété nos maigres connaissances en nous disant que c'était des phoques très bavards, qui sifflaient dans l'eau, qu'il fallait les attirer en tapant sur la coque du bateau et qu'ils étaient toujours en quête d'une plaque de glace pour se hisser dessus.

Ugjuk ou les amours déçus

Il était une fois, un phoque barbu qui ne voulait pas prendre femelle à barbe. Son père lui avait présenté de nombreuses prétendantes mais toujours il les dédaignait. Ce phoque était en vérité un peu prétentieux, nul n'était à sa hauteur, ou bien il était fort sage car quitte à partager ses 25 ans de longévité avec la même barbue, autant assumer le meilleur choix.

Bref, il décida d'élire domicile dans une jolie baie poissonneuse, nommée Argo Bay. Les années passaient, il n'avait plus depuis longtemps sa graisse jaune et odorante de jeune phoque et portait fièrement une belle touffe de vibrisses à bout de mufle. Cependant son cœur solitaire parfois languissait en pensant à l'âme à barbe sœur.

Or voilà qu'un beau jour, tout occupé à remuer les fonds vaseux en quête de pétoncles, il fut interrompu par une vibration lancinante qui se propageait à travers l'onde. Cette vibration lui fit l'effet d'un appel irrésistible, délicieusement langoureux. Il ne put contraindre sa curiosité et se rua vers ce qui lui semblait en être la source.

C'est alors qu'il aperçut une masse énorme posée sur l'eau. Comme une plaque de glace mais d'une toute autre matière. De là provenaient les vibrations. Ugjuk décida d'en faire le tour. Il plongea, ressortit, plongea, ressortit jusqu'à se retrouver nez à nez avec une étrange créature qui, il le sentit immédiatement, lui …chavira le cœur.

Celle-ci flottait pareillement à la grosse plaque mais elle était d'une taille beaucoup plus petite et familière. Il s'en approcha et tâta du museau ses formes rebondies, lisses, aux lignes parfaites. Pas une vibrisse en vue mais une peau d'un rouge profond. Voilà la compagne idéale, se dit-il. Partout où j'irai, elle ira et m'attendra, prête à me recueillir même quand les glaces auront fondu. Il se mit à soupirer, son cœur en proie aux rêves les plus fous et entreprit aussitôt des démarches de séduction. Il enchaîna les pirouettes et les figures aquatiques les plus acrobatiques, manifesta sa force et son endurance, faisant claquer sans relâche sa queue et ses nageoires. Roula des yeux féroces, alla même jusqu'à lui flatter la croupe d'un coup de museau mais rien n'y fit. La belle restait impassible. De plus elle était attachée à cet espèce de gros mâle dominant qui malgré les sifflements provocateurs qu'il diffusait ne semblait pas non plus réagir à ses marques d'attention.

Au bout de quelques heures, les vibrations cessèrent. Ugjuk, hébété, s'éloigna.

Le manège se réitéra le lendemain, le surlendemain et les jours qui s'ensuivirent encore et encore. Toujours la même fièvre possédait Agyuk, toujours la même impassibilité lui était renvoyée.

Un jour, néanmoins, n'en pouvant plus de cette provocation incessante qui lui mettait les nerfs à fleur de peau, Ugyuk prit son élan et étreignit fort goulument les flancs de la créature qui hantait ses rêves.
Il fit ce soir-là un tel tapage qu'il y a tout lieu de penser que dans quelques mois nous aurons le bonheur de voir batifoler autour du Manguier et de son annexe, un petit phoque barbu gonflable en caoutchouc rouge.

 


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