Dépressions et cartographie, par Phil le marin

Depuis plusieurs semaines déjà, les dépressions se succèdent, au rythme du robinet qui fuit et dont on entend les gouttes s'écraser au sol. En ce moment, il n'y a plus aucun répit: c'est une véritable cohorte ininterrompue de petites gouttes d'air qui traversent à toute berzingue l'Arctique Canadien. Comme nous sommes par presque 70° de latitude nord, la plupart d'entre elles nous passent dans le sud, ce qui se traduit par des coups de vent de secteur Est. Du sud est, du nord est, et même du nord, comme la nuit dernière où, à 4h30, je suis allé délicatement embrasser ma douce pour lui demander de s'habiller tranquillement mais sans traîner (subtile nuance !) pour qu'on décampe au plus vite (quand le vent est fort, je découche et dors dans le carré, au pied de la timonerie. Là, tel la bête aux aguets (… !), je somnole, tous les sens en alerte, et écoute les mélodies de la mer, du vent et du Manguier. Polyphonies arctiques…).

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Ces allers et venues qu'on voudrait plus rares et moins nocturnes (car, vous l'imaginez bien, malgré la clémence du temps, il faisait quand même -0°3 cette nuit, avec des bourrasques de neige qui, rendant nulle toute visibilité, nous ont obligé à un appareillage-mouillage aux "instruments", radar/sondeur ! Comment diable faisaient-ils avant ?) m'amènent à faire malgré moi une cartographie précise de la baie, que le Manguier sillonne en tous sens au gré des vents. Comme nous l'avaient assuré les gens de Paulatuk, la baie est profonde partout, avec des fonds de 5 à 7 mètres en général (j'ai même noté un passage à 10 m). Seule l'entrée de la baie est encombrée de bancs de sable affleurant. Cela confirme donc les mêmes sources selon lesquelles Argo Bay était utilisée par les baleiniers pour hiverner leurs navires (pour rentabiliser le voyage, et principalement quand les baleines franches se faisaient de plus en plus rares, il était fréquent que les baleiniers restent 2 ou 3 ans dans le nord, avant de repartir vers la côte ouest des US, leurs soutes remplies). Il semblerait d'ailleurs que la baie porte le nom d'un de ces navires. Si quelqu'un veut bien faire la recherche, ça m'intéresse beaucoup ! Au passage, vérifier si le capitaine ne s'appelait pas Jason, et si ça n'était pas il y a très très longtemps !…

Ce matin, nous sommes partis faire de l'eau au petit ruisseau qui coule au nord-ouest de la baie. Nous avons fait nos premiers pas dans la neige, la vraie, déjà bien épaisse ! Il va falloir refaire les sangles de nos raquettes, et surtout en acheter une paire à Agathe. En acheter ? Ou en faire avec la peau du phoque (Bearded Seal, phoque barbu) que Glenn nous a donné ? Bien qu'on ait initialement prévu de se faire des mukloks (bottes eskimos) avec !

Aurons-nous assez d'un hiver pour tout faire ? !

 


Une réflexion sur “Dépressions et cartographie, par Phil le marin

  1. Philippe, hivernage confirmé de l’Argo en 1914-1915.
    Je demande plus d’infos aux archives canadiennes.
    J’ai trouvé quelques photos US mais elles ne correspondent pas à la catégorie chasse à la baleine. A vérifier.
    Argo Bay. The yawl Argo wintered here, 1914-15. 97 C/08. 69°23’00 ». 124°29’00 »

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