La géographie et l’histoire, par Karin

C'est merveilleux, d'apprendre la géographie comme ça ! écrivais-je en mer le 5 septembre.

Entre les trois fenêtres bâbord du carré (nos écrans de vision into the wild), sont affichés deux routiers de l'Océan Arctique. Au départ, ils restaient pour nous matière à rêver, fantasmatiques, pour ainsi dire lettres mortes. Et maintenant tous ces mots, Mer de Barents, Mer de Kara, qui n'étaient pour nous que littérature, nous sont entrés dans le corps, dans les pores. Ils nous appartiennent. "Terres du Nord" … une falaise noire striée de neige qui apparaît au-dessus de la banquise et on se demande si c'est encore une illusion d'optique, encore une plaque de glace doublée de hauteur par ses ombres et, non, elle reste en place et le soleil se couche derrière. "Mer de Laptev" … maintenant on sait, on l'a sentie nous secouer, nous remuer les tripes, on l'a vue nous envoyer ses glaçons sous l'étrave et ses morses riant de leurs deux dents de sabre.

 501_Glaces_detroit_Vilkitsky

Du coup on s'intéresse à l'histoire de ces lieux et de ces mots aussi, oui, on suit un cours d'histoire-géo-par-la-pratique. Au début du XVIIIème siècle, les "civilisés" ne savaient presque rien des côtes de l'Océan Glacial, des bouches de l'Ob aux îles Aléoutiennes. L'existence d'un détroit entre l'Asie et l'Amérique était conjecturale. Pierre le Grand, tsar de toutes les Russies, et ses successeurs, Catherine et Elisabeth, ont mis dans l'exploration de la Sibérie des moyens énormes en personnes et en argent. La direction des opérations maritimes fut confiée au Danois Vitus Behring. Il dirigea dans ces parages deux autres capitaines : en 1742, le pilote Tchéliouskine atteignit en traîneau la pointe qui porte son nom, tandis que Charton Laptev, ayant vu son navire brisé par les glaces, se livrait au relevé cartographique de la région.

Depuis ce matin, la Mer de Laptev roule à nouveau le Manguier dans ses vagues brunes. L'eau est à 5°, ce qui nous laisse penser que nous ne rencontrerons pas de glaces sur la route vers la Mer de Sibérie Orientale. Un hélicoptère vient de nous survoler.

504_Lenticulaires_ile_Bolshevik

De Tiksi, nous n'aurons pu regarder que ses grues à quatre pattes qui pêchent le vent à la ligne, son musoir à barbelés, ses épaves de barges, de grues flottantes, de remorqueurs, ses pylônes à projecteurs, ses tas de ferrailles rouillées et néanmoins classées, attendant dieu sait quel fondeur, et l'uniforme camouflage des deux gardes-côtes assignés à notre surveillance. Et, à la jumelle, les immeubles de ce qu'Eric appelle "la ville militaire" (comme Severomorsk dans le fjord de Mourmansk), une deuxième ville, à l'écart. Un tanker mouillé devant. Des avions gris alignés. Toutes sortes d'antennes et de radars.

555_Le_Manguier_sous_surveillance_a_Tiksi

Histoire-géo contemporaine par la pratique. Ce doit être vrai, ce qu'écrivait Rocard : étant donné l'enjeu que devient l'Arctique, avec son pétrole et son gaz dont l'extraction et le transport seront facilités par le réchauffement climatique, les États riverains sont en train de se réarmer.

 


3 réflexions sur “La géographie et l’histoire, par Karin

  1. moi aussi je suis contente d’approfondir ma géographie et mon histoire ! à la nouvelle technologie ! biz+ karine et aussi a l’equipage

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  2. merci karin pour ton conseil livresque  » l’étrangère aux yeux bleus « ! je vous cherche avec google maps et regrette de ne pas être avec vous ….je chanterai l ave maria de bach en pensant à vous tous ! une alto tahitienne .

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