Dikson, par Karin

Escale à Dikson ou Comment Phil-le-Marin, malgré la saison bien avancée, fut assez bien inspiré pour avoir besoin d'aller à la ville acheter de l'huile afin de procéder incontinent à la vidange du Baudouin.
Nous avons donc fait une escale de quelques heures à Dikson. Et en repartons tous avec le rêve de retourner un jour y passer du temps.

"Dikson c'est Dickens…" pensai-je d'abord, en considérant le panorama, alors que nous venions de nous amarrer à un quai de madriers écrabouillés émaillés de ferrures aléatoires et que nous attendions le responsable de l'Immigration parti à l'aéroport pour l'arrivée du vol hebdomadaire. Cheminée d'usine en brique et son toupet de fumée, hangars de bois fortement gîtés, terre charbonneuse, goulottes effondrées en planches, grues hors d'âge, bouquets de ferrailles, gerbes de tubulures déboîtées, hamacs de câbles électriques entre des immeubles au crépi gercé, épaves rouillées échouées sur un ossuaire de troncs flottés… Et une machine, quelque part, bruit familier de gros remorqueur, qui bat comme un cœur.

Mais Dikson ne se compare pas. Un physique de ville-fantôme, déjetée par le gel, le dégel, la fin de l'Union Soviétique… Et une âme chaleureuse, affable et gaie. Dans un décor d'après la catastrophe, les habitants de Dikson, du premier au dernier, sourient, saluent, s'enthousiasment. Il faut dire qu'il fait un ciel uniformément bleu, en ce jour de notre escale, et que la ville à l'abandon s'abandonne entre les doigts verts des herbes folles qui luisent au soleil. A bord du Manguier comme au pied des immeubles tavelés, on se livre à la même activité : rincer les tapis et les mettre à sécher. Fraternité. Les habitants sont clairsemés, jeunes, confortablement habillés. Le chef de l'Immigration : un jeune homme à la joue de rose (pour sûr nous avons le droit de débarquer) . Notre guide improvisé et auto-désigné : un Youri de 11 ans qui parle anglais "so so" (dit-il modestement). Le maire, vient à bord du Manguier, avec quelques collaboratrices et un avocat, goûter les produits corses et porter un toast à notre voyage (il lui faut quelques minutes pour comprendre que la bouteille d'eau d'Orezza ne contient pas une sorte de vodka corse). A chaque membre de l'équipage (Léonie comprise), il offre un exemplaire d'un album édité à l'occasion des 90 ans de la ville qu'il administre, fondée en 1915. C'est hélas tout ce que nous comprenons de ces 170 pages, aux illustrations abondantes mais dont les légendes nous restent mystérieuses. Je repère quand même le portrait de Oscar Dickson, le fidèle mécène de Nordenskjold, l'explorateur suédois qui ouvrit le Passage du Nord-Est en 1878-79, à bord du Vega. C'est au cours d'une précédente expédition, en 1876, que, écrit Paul-Emile Victor, "un port excellent, en eau profonde, abrité par des îlots, avait été reconnu à l'embouchure de l'Iénissei sur une île à laquelle le Suédois donna le nom de Dikson".

Au fait, où est rendu "Explorer of Sweden", le bateau qui tente avec nous le Passage du Nord-Est cette année et que nous aimerions bien talonner ?


Une réflexion sur “Dikson, par Karin

  1. Sur Internet, l’Explorer of Sweden se trouvait un peu au large du dernier cap à doubler, dans l’axe de la Lena et avant de descendre sur Tiksi, dans la nuit du 22 au 23 août. Voici la dernière annonce repérée : « Sailing through laptev sea in 2m swell in middle of night, bliss! near lena delta, n e #arctic http://s2t.me/gpc6vt – Sent 2009-08-23 00:50:19″. C’est sur
    http://panda.org/what_we_do/where_we_work/arctic/news/northeast_passage_expedition/

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