Sur l’archipel de Shkhery Minina, par Philippe Rigaud

Parti de Dikson le 26 août Le Manguier s'est retrouvé  après une nuit de navigation passée en mer (avec un changement d'heure du au décalage entre Mourmansk et Dikson) dans les eaux de l'archipel de Shkhery Minina, mer de Kara (ouest de la péninsule de Taymyrskiy).

Cet archipel se présente comme une collection de petites îles dispersées, séparées par des chenaux plus ou moins larges (de deux à quatre milles environ). Certaines de ces îles nous paraissent fort longues au regard il est vrai de notre vision maritime et de la proximité dans laquelle nous naviguons.

Elles présentent des  rivages où parfois les blocs de roche sont lessivés, rendus blanchâtres ou marrons par l'action de la mer, d'autres fois ce sont de petites falaises peu élevées de couleurs plus sombres. De même, flux et reflux ont modelé quelques plages de sables grossiers, noir ou gris.

On remarque des névés situés la plupart du temps sur les littoraux exposés au nord, restes des abondantes chutes de neige qui ont perduré et supporté le court été arctique. En cette fin d'août on peut supposer qu'ils subsisteront jusqu'aux premières neiges de septembre ou d'octobre.

Un peu plus en arrière de la ligne de rivage on découvre en nombre plus ou moins important des troncs d'arbres portés par l'action conjuguée du vent et de la mer. Ces bois flottés proviennent de toute évidence des grands fleuves Ob et Ienissei ainsi sans doute d'autres de moindre importance.

Plus en retrait, au-delà de l'influence directe des vagues, mais toujours à proximité de la grève la végétation est uniformément rase aux couleurs hésitantes entre marron clair et vert tendre se conformant en cela avec les tons saisonniers de la toundra continentale.

Les espaces visibles au delà depuis la mer et donc du bateau sont alternés par des épanchements de roches formant des sortes de poches allongées ou même de manteaux couvrant d'assez vastes étendues.

Ces exhalaisons minérales paraissent a priori être de formation volcanique. Ces roches noirâtres souvent recouvertes de lichens et de mousses ne sont pas répandues uniformément mais bien plutôt comme des blocs individualisés dans ces champs, qui empruntent des linéarités plus ou moins parallèles au littoral. La texture des pierres qui les composent, comme nous avons pu le constater aux abords immédiats de Dikson présente l'aspect de basaltes plus ou moins dégradés par les intempéries et le gel.

Malgré ces excroissances se présentant parfois sous forme de petites falaises le relief général  des îles reste marqué par la platitude compensée cependant par des arrondis certains marqués par les cicatrices causées par de faibles ruptures de pente.

Les seules traces visibles de l'occupation humaine sont celles de l'implantation de signaux servant d'amers à la navigation. On notera qu'il s'agit de tourelles constituées de troncs d'arbres assemblés et étagés de manière à former ce qui ressemble vues d'un peu loin à des derricks pétroliers.

Ces balises se retrouvent sur les points les plus élevés des reliefs ou bien, plus rarement, sur les pointes et caps, extrémités mourantes de ces lambeaux de toundra, détachements insulaires du continent eurasiatique.


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