Anicroches à Kirkenes, par Karin

Nous aurions dû appareiller pour Mourmansk à 17 heures ce
soir pour passer la frontière à 21 heures précises. Pourtant nous sommes
toujours amarrés à Kirkenes, dernier port norvégien avant la Russie. Eh bien
non ! On ne vous racontera pas les anicroches qui nous retardent. Nous lèverons
le voile là-dessus en temps utile.

Profitons de ce délai pour resucer quelques émotions de
notre navigation depuis Tromsö.

Nager une brasse voluptueuse sous un vol de sternes
effarouchés dans une eau à 13° en regardant un glacier : c’était l’île
d’Arnoya.

Mouiller dans une crique rencognée au sud de l’île Soroya,
environnée d’animaux-arbres, sonneurs et pataugeurs : nos premiers rennes,
cloche au cou.

Objets d’extase ! Regarde, il y en a un tout blanc ! Comme
au Spitzberg ! Voilà, ils se mettent à trotter ! Ah, le grand s’est couché !…

Écouter France raconter comment les ours autour de Vagabond
englacé chassent le phoque, dur labeur, longue patience pour eux.

Pieds nus dans l’eau, cueillir des moules à foison et
découvrir en les dégustant qu’elles sont perlières. Garder les perles pour
Agathe.

Frissonner dans la lueur crépusculaire de minuit, dans la
brouillasse du morne quai de Havoysund, enfiler le caleçon et la cagoule, se
demander pourquoi on est venus.

Après avoir mouillé dans le brouillard, apercevoir dans le
soleil du matin le plus coquet des villages de pêcheurs, Kamoyvaer, coloré,
fleuri, s’y balader, y rencontrer le patron de Junior Senior, un de ces bateaux
à coque de bois verni surhaussée de métal. Apprendre qu’il appâte les king
crabs avec la simple odeur d’un hareng calé dans une bouteille en plastique
suspendue au milieu de la nasse géante. Et qu’on prépare avec de la morue sèche
et de la soude caustique une friandise qui fait penser à de la méduse.

King_crabe

Nous amarrer dans la brume au quai en bois de Berlevag, près
de grands chais en planches, aux toits couverts de marguerites et aux murs
festonnés de mouettes tridactyles assises sur leurs nids d'algues. Se prendre à
aimer ces bourgs fantomatiques où s’imbriquent les bailles à lignes en bois et
les machines en inox, les pontons moussus et les stations service.

Le_Manguier_Berlevag
Le Manguier au mouillage, Berlevag

Naviguer toute une journée dans un cocon de brouillard et
comprendre pour de vrai ce que c’est qu’ « être au radar ».

Voir la brume se déchirer sur le fjord de Kirkenes et
compter au moins vingt caséyeurs russes, bien alignés-entassés à quai, dans une
eau d’aspect ferrugineux. Ne pas pouvoir lire le nom écrit sur leur étrave et
penser : « ça y est ! l'Inconnu ! ».

Palpiter.


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