Nord-Vege, North-Way, la Voie du Nord, par Karin

La Norvège est un long pays pointé comme une flèche vers le Nord. Ou un harpon à deux pointes, inégales. Lorsqu’on arrive du Sud par la mer, on vire coup sur coup ces deux pointes. D’abord un cap bas et fin, dont l’extrémité, sur la carte, est un chouya plus septentrionale que la falaise spectaculaire qui lui succède et que Richard Chancellor, capitaine du Edward Bonaventure, parti en 1553 à la recherche du passage du Nord-Est, baptisa LE CAP NORD.

Le 30 juillet 2009, dans ces parages, la mer ondulait à peine dans la lumière grise d’un ciel couvert. Vers 15 heures, le Manguier se présenta devant ce que Captain Phil nous indiqua comme « le vrai Cap Nord, celui des marins, l’autre c’est celui des touristes » : une langue effilée se profilant sur le fond noir de l’autre cap, altier, vertical, cagoulé de nuages. « Ici commence l’Hyperborée… », déclara pour lui-même l’historien du bord. On mit en panne, pour quelques minutes de solemnité photo-et-filmographique.

Lors une sorte de miracle advint. Les nues s’écartèrent au-dessus du vaillant petit remorqueur toulonnais-bastiais, le ciel bleuit, le soleil luisit, et réchauffit les âmes, les corps et les lentilles filmophotographiques des Mangonautes anciens et nouveaux ! Les touristes, eux, restaient cachés par le nuage. Mais les cônes de roche grise du Cap Nord, sa base d’algues rousses, ses méplats d’herbe verte resplendissaient !

Francesco Negri, prêtre et savant venu là depuis Ravenne (Italie) à pied, en un siècle où ça se faisait-bien-obligé, déclara : « Me voici à la pointe septentrionale du Finnmark et, pourrais-je dire, au bord du monde, car il n’existe pas de lieu plus septentrional habité par des êtres humains ! Ma quête de savoir est à présent satisfaite et je désire retourner (…), si Dieu le permet, dans mon pays natal. »

Déclarations historiques de quelques Mangonautes :

  • Eric : « Il n’y a que de l’eau qui sépare notre site d’hivernage d’ici » (Vagabond au Spitzberg)
  • Phil : « Allez Karin ! Cap Nord-Cap Horn en kayak ! » (il veut déjà me débarquer ???)
  • Philippe l’historien (scrutant aux jumelles la côte du « vrai » cap) : « Au-dessus du phare, les rennes les plus au nord qu’il nous soit possible de voir !… enfin… en Europe… »

En effet ! Les Mangonautes ne pensent pas une seconde à tourner bride. L’éclaircie les confirme dans le désir joyeux de poursuivre leur navigation, désormais vers l’Est,au mépris des obstacles administratifs, glaciaires ou classiquement maritimes.

Par le truchement des technologies modernes, Eric et Phil savent que, depuis quelques jours, les glaces se sont décollées de la Sibérie. LE PASSAGE DU NORD-EST est ouvert ! Que les Russes appellent LA ROUTE MARITIME DU NORD.

Par le même truchement technologique, Eric passe certaines nuits blanches à préparer l’arrivée du Manguier à Mourmansk, le port d’entrée en Russie. Une espèce de chemin de croix administratif, avec étapes multiples et obligatoires, à ce que je comprends en écoutant les récits des vétérans du Passage que sont France et Eric et en captant des bribes de communications téléphoniques.

Ecrit le 1er août, en Mer de Barents, à 80 milles avant Kirkenes, dernière escale norvégienne.

Equipage_au_Cap_Nord Equipage au Cap Nord

Aquarelle_cecile Aquarelle Cécile

Vrai_faux_cap_karin Le vrai et le faux Cap Nord

Cap_nord_France_Pinczon_du_Sel
Cap Nord, France Pinczon du Sel


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