Aux Lofoten sur les traces de Piero Querini, Cristoforo Fioravante et Nicolò de Michiel, par Philippe R.

     A bord du « Manguier » on trouve un livre que l’on
pourrait qualifier de culte, ou peut-être, plus justement, de référence.

Cet ouvrage publié en 2005 relate la désastreuse expérience
d’un équipage de vénitiens partis « joyeux pour une course
lointaine » de Crète pour rejoindre les Flandres afin de négocier une
riche cargaison d’épices et de vin de Malvoisie.

A ce sujet, celui des épices et autres marchandises précieuses,
on rappellera  que ce commerce en
ce premier tiers du XVe siècle est une entreprise particulièrement lucrative
pour ceux qui tentent cette aventure risquée, se rendre de Méditerranée orientale
jusques en Mer du Nord et au-delà.

Alors, un livre de référence, en effet, lorsqu’on apprit que
l’on partait pour le passage du Nord-Est, il est vite apparu que ce livre
devait faire partie de la bibliothèque du bord, ce qui fut fait grâce à Jean
Simon ci-devant libraire à Vent du Sud à Aix qui nous le fit connaître et
apprécier. (autre personnage culte, ndc, ie, note du capitaine)

Pour en revenir à l’ouvrage voici en substance ce qu’il
raconte ou plutôt ce que trois membres d’équipage, le patron et des officiers de
la nef « Querina » -auteurs réunis d’un même épisode- ont relaté dans
ce récit tragique et édifiant.

Le voyage de  « Querina »
au départ de Candie en Crète se fit avec une centaine d’hommes venant de
différents pays européens et ne démarra pas sous les meilleures auspices
puisque rapidement une avarie de gouvernail les obligea à réparer et caréner au
Portugal. Les travaux de radoub ayant été menés à bien la nef reprit son voyage
mais bientôt se trouva confrontée à des vents contraires qui la conduisit aux
abords des Canaries, îles bien éloignées de la route initialement prévue.

Par la suite la tourmente et les éléments décidemment
contraires contraignirent la nef à un extraordinaire voyage qui la conduisit à
passer à l’ouest de l’Irlande, au nord de l’Ecosse et pour finir obligèrent
l’équipage à abandonner la « Querina » désemparée et menaçant de couler
bas. Les hommes se répartirent sur deux chaloupes, une barque et un esquif. Ce
dernier qui paraissait en meilleur état que la barque se perdit rapidement avec
tous les hommes de son bord.

La chaloupe, bien malmenée par la tempête fut finalement
drossée sur la côte rocheuse d’une île inconnue et enneigée -il s’agissait de
l’île de Sandøy située à l’extrême sud de l’archipel des Lofoten- . A bord et à
l’arrivée à terre, tragiques conséquences des souffrances endurées pendant cet infernal
voyage, faim, soif, froid, de nombreux hommes perdirent la vie.

Arrivés sur ce rivage salvateur mais ne disposant que de peu
de ressources pour survivre les marins purent subsister en se nourrissant de
rares coquillages et en construisant un vague abri avec les débris de la
chaloupe qui négligemment amarrée s’était fracassée sur les rochers.

Heureusement pour eux, sur le point de succomber de misère
et de faim, des habitants de l’île voisine de Røst vinrent voir si les animaux
(des moutons ?) qu’ils avaient laissé sur cette île ne s’étaient pas
échappés (?).

Dés cet instant quasi miraculeux, nos marins furent sauvés
par les insulaires qui les conduisirent chez eux et les entretinrent jusqu’à la
fin de l’hiver avant de pouvoir rejoindre
Trondheim et de là qui à pied, qui en bateau purent rejoindre leur pays.

Lorsque 577 ans plus tard « le Manguier » quitta
Bodø pour rejoindre les Lofoten nos pensées furent orientées vers l’épisode
vécu par les marins vénitiens de la « Querina ».

Effectivement, nous dirigeant vers l’île de Moskenes nous
pûmes voir de loin l’île de Røst où avaient été recueillis les survivants du
naufrage.

La mise en relation entre un livre peu connu et le paysage
s’affirmait et j’éprouvais là une certaine satisfaction mentale, comme historien je retrouvais
une épisode vécu il y a quelques siècles.

En réalité l’épopée des naufrages de la
« Querina » était connue des dépliants touristiques trouvés sur
place. Il semblait donc probable qu’il existe une version de cette histoire
traduite du vénitien en norvégien 
puisque dans les quelques lignes de la brochure on précisait que les
narrations de nos marins étaient un élément important pour la connaissance des
mœurs et pratiques des norvégiens et tout particulièrement des habitants des
Lofoten de cette époque.

Un peu plus tard, après avoir visité les Lofoten et nous
être amarrés à Sommerøy dans les îles Vesteralen nous avons rencontré une
famille de pêcheurs et en visitant leur entrepôt de matériel et de morues
séchées et en discutant de pêche et de techniques, l’épouse  du marin nous a rappelé l’histoire de
ces vénitiens qui avaient inauguré avec la Méditerranée le commerce de la morue
séchée en rapportant à Venise quelques échantillons de ce produit qui connaitra
une grande fortune de par le monde.

Ce que nous pensions être un épisode obscur et bien oublié,
hormis de quelques uns via cette traduction en français, était en Norvège une
réalité connue et reconnue comme très importante pour le commerce
international.

Piero Querini, Cristoforo Fioravante et Nicolò de Michiel, Naufragés, traduit du vénitien par Claire Judde de Larivière,
Toulouse, Anacharsis, 2005.

A lire ou relire concernant les îles Lofoten la nouvelle
d’Edgard Poe, « Une descente dans le maelstrom » (ce que nous n’avons
pu expérimenter…).


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