Traîneau, par Roxane

Je guettais l’arrivée des chiens par le hublot. Allait-il venir, allait-il s’arrêter? Ferdinand avait proposé qu’on l’accompagne pour un aller-retour à Ikamiut, mais rien n’était moins sûr. Les voilà, homme et chiens! Je les rejoins et je monte sur le traîneau: Qimussit. On discute un peu. Il parle quelques mots d’anglais. On échange à propos de notre équipement. Lui porte un pantalon en peau d’ours, et un vulgaire anorak en toile. Comment résiste-t’il au froid et au vent? Je lui demande si ses moufles sont en loup, comme celles de Phil Le Marin. Il répond : DOG. Il me montre la peau de bête sur laquelle nous sommes assis – DOG – également.

Le traîneau file, c’est assez confortable, il ne fait pas très beau, ni très froid. Les chiens, qimmit, sont impressionnants. Je culpabilise de rester assise quand ceux-ci triment dans les montées. Parfois nous nous levons et nous aidons le traîneau à passer certains obstacles, la poudreuse étant le pire, mais la plupart du temps, on glisse sur les cracks de neige et de glace sans encombre. De l’extérieur, on dirait qu’il suffit de foncer dans le tas. Je me demande si quelque chose pourrait nous arrêter. Oui, les trous dans la banquise peut-être. Je vois le clapotis de l’eau. Bleu marine. Ferdinand parle à ses chiens avec empressement, ils accélèrent, mon cœur avec, et Ferdinand se retourne en disant : « Ice Not Good » !

Nous arrivons après 3h de route à Ikamiut, village à 30km d’Akunaaq. Ferdinand reste sur la « place », jamais sans ses chiens, tandis que je suis très gentiment invitée à prendre un café dans une maison. Ma chance, car je commençais à avoir froid, mes doigts de pieds gigotaient en continu dans mes bottes et mes gants étaient humides. Je ne me voyais pas repartir aussitôt, transie de froid, pour trois heures de glisse dans la nuit.

Dans la petite maison, les enfants m’accueillent avec des regards inquisiteurs. Suis-je une extraterrestre ? Rapidement je suis adoptée. Un échange de fruits secs, quelques photos sur le smartphone et je repars pour ne pas faire attendre Ferdinand. Mes hôtes m’invitent pourtant à manger du phoque et de la baleine congelée, mais je décline. Je dois repartir, même pas sous la lune mais sous la grisaille et la neige. « Ice Not Good » résonne en moi jusqu’à ce que nous ayons franchi la part de banquise qui nous attendait, et atteignions la terre ferme. Récompensés pour notre bravoure – enfin celle de Ferdinand et des chiens, car moi, telle un pacha, je suis scotchée au traîneau – le ciel nous offre une douce aurore boréale. Je n’ai plus froid, je n’ai plus peur. Avec Ferdinand, on descend la montagne à toute allure, façon boblseg. Bientôt je vois même une petite étoile sur la banquise, la lumière du carré : mes amis et le Manguier m’attendent.

 

 


2 réflexions sur “Traîneau, par Roxane

  1. Je me souviens de la promenade avec Ferdinand. Moment inoubliable. Merci Phil pour ce cadeau. Profitez bien. C’est tellement beau tout ça.

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