Comme si c’était hier… sauf que c’est aujourd’hui, par Keven Grondin

La vieille toundra a mis dix nutritifs coups de primeurs et une bonne vingtaine de coups au démarreur avant de se convaincre elle-même qu’il fallait bouger, avant de faire preuve de l’héritage bombardier et de son deux temps huileux et boucaneux, avant d’allumer son phare enduit de neige fraiche, plaqué sur sa carrosserie jaune canari ; je trainerai l’odeur de l’échappement dans les nombreux Duty Free plein de chocolats, d’alcool, de cigarettes et de sacs en plastique que «les pèlerins des grandes vacances modernes» tiennent fermes à travers le bruit de la cavalerie vestoneuse à valise défilant les nouveaux habits tendances des pays envahissant les aéroports, même ceux du Groenland, mais je serai fier que dans le fond de ma capuche l’odeur des ski-doo traine et que mes mitaines goûtes encore le sel quand je les retirerai au coup finale, avec mes dents sans lèvre. À la douane on me demanderas «d’où tu viens?», à cela je répondrai avec bravoure et honneur : «Du Manguier! Tu connais pas? Faut aller à l’école andouille!». Ce matin, c’était pleine lune, cette fois, lune au nord, jaune dorée couché sur une ligne de cumulus. La chapka attaché aussi fort que possible dans ce vent me retenant sur place, le visage fixé regardant derrière et encore derrière pour ne voir que ce qu’il y a là, cette maison de neige, ce pays qui m’habite dans mes odeurs comme mes désirs pour l’avenir. Partir à retardement, partir quelque part rejoindre le monde chaud de la publicité, de l’internet et des branlettes intellectuelles, le monde des blonds, des magasins et de tous ce qu’il n’y avait pas ici à travers ces petites maisons colorées, ces maisons de bonne taille, dans lequel il fait chaud, du gaz qui brûle le thermostat, les familles, cette Vegga, Aadi et charmante mère Rikke, son Ulu rouge en corail au coup, ce visage lisse et poreux enduit de rousseur, comme il y en a tant.

La mémoire me trahira peut-être avant que j’eusse le temps d’y revenir, peut-être la mémoire me fera-t-elle oublier l’enduit de la paix, peut-être la mémoire me fera-t-elle oublier qu’ici, de sa côte, de ses mers et d’une femme je pourrais y vivre, peut-être que ce qui me restera de jeunesse me ferra-t-il oublier ce que j’essayais de dire, peut-être la jeunesse m’enverra t-elle dans les azurs et déserts trouver de la nouveauté pour abreuver la rage que l’on a, celle de découvrir le monde désinvolte et ravagé de l’excès, la fraîcheur, le désir et le divertissement.

Mais si jamais je dois vieillir dans cet univers temps qui pose à la fois la question de la jeunesse et celle de la terre, je préférerais le faire tranquillement, sur la mer, les doigts gelés, cherchant à manger ce qu’elle aura à me donner, et ne pas avoir à me poser la question encore et encore, quel chemin prendre à cette intersection remettant tout en question.

J’ai fini par détester l’avion.

Philippe Hercher, alias Papa, que dire sinon merci mille et une fois de jour comme de nuit, de m’avoir permis la réalisation d’un rêve, et mieux encore, la découvertes de centaines d’autres.

Et oui,

Qu’en dira-t-on encore? On en dira longtemps des choses.

Avec amour,

Je suis arrivé – j’oserais pas dire à bon port – à Copenhagen.

Keven le bien heureux


2 réflexions sur “Comme si c’était hier… sauf que c’est aujourd’hui, par Keven Grondin

  1. Woaw Keven ! j’espère que tu écriras encore et encore , dans ce blog !
    Ah que Oui qu’il est beau ton texte !

    Alors les por tes du Manguier
    Sur toi se sont refermées
    Et de la tu pour suis ton chemin
    Vers d ‘au tres len demain …

    De la moutarde
    des p’tits oignons
    du risotto
    et du persto
    des confitures
    et des oeufs durs …
    des cornichons ton ton ton !

    Nb : pour ceux qui n’étaient pas à bord du Manguier avec Keven en juillet dernier entre Labrador et Groenland, ces petits couplets font référence à des chants que nous avons beaucoup aimé chanter ensemble :
    Le Pénitencier de Johnny (que Keven nous a chanté en VO),
    et surtout Les Cornichons de l’incomparable Nino Ferrer,
    que Keven chantonnait en boucle au début et à la fin de chaque quart !
    Pace e Salute ! Amigo !

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