Plus de peur que de mal … par Phil le marin

Lundi matin, nous sommes partis pour notre "base camp" avec, dans nos sacs à dos, les duvets et quelques victuailles. La glace s'est reformée en surface et est aussi lisse qu'une patinoire de hockey. Agathe se régale à faire des pirouettes. En arrivant près du bord, la banquise commence à se fracturer, car il y a peu de fond, et qu'en plus la marée "travaille". Un peu distraite, la poupounette ne voit pas une de ces failles, pas grande, pas profonde, mais suffisante pour que son pied se coince dedans, et qu'elle s'étale de tout son long (qui commence à faire !). Tombée en vrillant, la douleur ressentie est immédiate. Retour au bateau, direct. Ça fait mal, très mal …. Rien extérieurement qui ne laisse supposer une fracture, mais au fil des heures, la douleur ne baisse pas, malgré les antalgiques. Je sors mes bouquins de secourisme, et lis que, dans le doute, il faut immobiliser la jambe dans une attelle. On scie, on colle, on rembourre, on scratche … ça y est la jambe est immobile. Et maintenant ? Il faut aller à Paulatuk, et installer pepette dans le traineau. Il est 17h, on est dimanche. Les RCMP (police montée), contactés par iridium, nous assurent qu'il n'y a aucun problème pour arriver à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit et nous demandent si l'on a besoin d'assistance. Ça ira, on va se débrouiller. On se prépare à y aller. Mais le temps ne se veut pas complice: le vent est assez fort de NE, et surtout, il se met à neiger abondamment, rendant la visi quasi nulle. J'ai un peu peur de perdre la trace dans cette purée de pois, et nous décidons d'attendre. J'ai donné un antalgique un peu plus fort à la pepette qui regarde un film ….

À 23h, toute une bande de motoneiges arrive de Fred Matthews. Eux n'ont que faire de la neige et du vent … Je vais au-devant d'eux. C'est "nos potes" du nettoyage d'octobre dernier. Fusils en bandoulière, sleds remplis d'oies. Je leur explique la situation, et leur demande si l'un deux peut revenir demain matin avec un plus grand sled que le nôtre. Ils sont, comme à l'accoutumée, souriants et adorables. "On va s'en occuper, Phil, no problem".

Agathe ne souffre plus de sa jambe. À minuit, au soleil couchant (levant ?), nous allons nous coucher.
2h du mat. Ça roupille à bord. On tambourine sur la coque … Dehors, ils sont là: 4 motoneiges, 2 sleds, Ryan, Glenn, Ien, tous nos copains, et d'autres dont je ne connais plus le nom. Ils ont des attelles, des médicaments, des couvertures, et un brancard ! Ce sont "les Rangers" ! On ne les attendait pas si tôt ! Cécile et Agathe émergent de leur sommeil, je fais un café pour tout le monde, on s'habille et hop ! Agathe est glissée sur le brancard, lequel est soulevé par 4 gaillards qui vont la ficeler "like a queen" (expression désormais consacrée) sur le sled.

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En convoi nous traversons la baie à petite allure. Ils sont vraiment adorables: l'un deux accompagne Agathe à l'arrière du sled pendant tout le trajet, mettant le pied à terre "à l'ancienne" pour éviter les à-coups.

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À Paulatuk, la "nurse" est sur le pied de guerre, le "Health Care Center" nous attend. Agathe est transportée à nouveau du brancard à la salle des urgences. Nos amis rangers disparaissent aussi vite qu'ils sont arrivés. Leur discrétion et leur gentillesse sont touchantes. J'ai déjà une idée en tête sur la façon de les remercier ! Agathe a l'air d'aller beaucoup mieux. De fait, les radios ne montrent aucune fracture, et le genou n'a pratiquement pas gonflé. Il ne s'agit que d'une bonne entorse … C'est avec une bande autour du genou qu'Agathe quitte le HCC à 6h du mat. On fait quoi ? On profite des traces encore fraiches pour rentrer, car il se remet à neiger. Tranquillement, nous retraversons la baie, sous le regard attendri des phoques !

Ça y est, on est au Manguier. Le moteur du skidoo est stoppé, je me relève, mais aïe … la douleur bien typique du tour de rein … Et merde ! Un peu trop de tensions ces dernières semaines. Avec les années, on finit par se connaître … Bon, la pepette n'a rien de grave, c'est l'essentiel !


4 réflexions sur “Plus de peur que de mal … par Phil le marin

  1. Cocooning, cookies (pas musqués) et chocolat chaud pour tout le monde. Bon rétablissement à tous les 2 et courage à Cécile. Bisous

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  2. tssss.. à quoi ça te sert d’en avoir une grosse si t’as pas les reins pour la pousser?? (air angélique bien entendu..)

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