Une journée de plein air ! par Phil le marin

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Vendredi 31 janvier,

Jorge me dévisage des pieds à la tête: « Your boots, not good. Gonna be cold. And your mitts ! When you go back to France, you must pin on the wall, like in a museum. Not good mitts. Come »

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Je ressors de la maison de Jorge avec une paire de mukloks et une paire de mouffles en loup. C’est vrai que ça fait plus sérieux ! En route …

Jorge devant fait la trace. Contrairement à ce que nous faisions, à savoir traverser en ligne directe depuis le bateau jusqu’au village, Jorge suit la côte « Much better when you stay close to the beach, it’s smoother ». De fait, les skidoos passent vite dans ce paysage gelé du petit matin. Il est 11 h, le jour est levé depuis une petite heure, mais pas encore le soleil. Il fait un temps radieux. Difficile d’évaluer la température derrière mon rideau de protection qui laisse juste dépasser mes lunettes de ski … pas très froid, en tous cas pas de vent: peut être – 25°C ?

Nous allons vite jusqu’à Argo Bay, faisons une halte devant le bateau, mais déjà on repart: « Let’s go hunting muskox ». Nous passons le petit col qui nous sépare du camp de Fred Matthews, où nous avions participé au grand nettoyage à l’automne dernier. Le paysage est encore plus grandiose qu’il y a quelques mois, neige et banquise à perte de vue. Jorge s’arrête souvent pour régler la tension de son traîneau qui a tendance à se mettre en travers. C’est autant d’occasions pour moi de reprendre un peu souffle …

Nous roulons  encore une petite heure, le temps d’arriver à un petit pingo qui domine l’immense plaine qui remonte vers le Cape Parry. Jorge se tourne vers moi « I forgot my binocular. You have one ? » Moi aussi j’ai oublié les miennes … nous voilà comme deux mirrots, scrutant l’infini en quête de quelques tâches plus sombres: les muskox ! Heureusement, Jorge est un vieux de la vieille (66 ans). Il sort son fusil à lunette et posément il scrute, scrute. Il se relève et me dit « They are there ». J’ai toujours rien vu ! On repart. 15 mn après, ils sont là: un beau troupeau d’un trentaine de têtes. A notre approche, ils partent au galop, dans un souffle de neige et de vapeur. « You make some pictures. I will shoot them later ». Le spectacle est saisissant, Jorge tourne autour du troupeau pour les fatiguer. Je reste sur place, l’appareil à la main. Mais les batteries se déchargent à la vitesse de l’éclair avec ce froid … Au bout d’un moment de cette ronde, Jorge met pied à terre, vise, tire. Un premier muskox tombe à terre. Suivi d’un second quelques minutes après. Jorge les regroupe, et calmement sort pour la nième fois son paquet de cigarettes. « We have a smoke first ». Puis le découpage commence. A gestes lents. Précis. Aucune presse. Juste une suite de mouvements répétés des centaines de fois, pas un de trop. La première peau est mise de côté, puis tous les différents quartiers de viande. La langue aussi, et le coeur. « Want to taste ? » « Sure ! » La chair est encore toute chaude. Je pense à Nono, qui adore les tartares ! Ah mon pote, tu serais servi aujourd’hui !

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Difficile d’évaluer le temps qui passe. Mais le soleil est bas sur l’horizon quand nous commençons à charger la viande sur le traîneau. Un petit renard blanc trottine autour de nous. Toujours un peu plus près. Je lui jette un morceau de barbaque, il va la déguster en guise d’apéro. Dans quelques instants, il pourra se rassasier …

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Le soleil a maintenant disparu. Il fait plus frais, et nous nous mettons en route pour le village. Jorge est plus pressé, il faut que je fasse des prouesses pour rester dans sa trace. Le Manguier. Encore 45 mn. Je suis concentré sur ma route, quand tout à coup je sens un grand froid envahir mon pied gauche. Stop. Le feu rouge de Jorge s’éloigne dans la nuit … M… mon bidon d’essence s’est renversé, le bouchon a pété et l’essence s’est répandu sur les mukloks. J’ai même perdu la caisse et la corde … Bravo Phil ! Je redémarre. Jorge s’est arrêté un peu plus loin. Je lui raconte l’incident. Avec un petit sourire malicieux, il me dit « You will learn … ».

Le lendemain dans le village, tout le monde m’interpelle: « Hey the french guy, you will learn how to attach your can ? … ». Ouais, j’ai encore pas mal de choses à apprendre !!!

épaule


 

A day out ! by Sailor-Phil

Friday January 31

Jorge is staring at me from head to toes: « Your boots, not good. Gonna be cold. And your mitts ! When you go back to France, you must pin on the wall, like in a museum. Not good mitts. Come ».

I get out of the Jorge’s house with a pair of mukluks and a pair of wolf mittens. It’s true it’s looking more serious! Let’s go…

Jorge’s snowmobile is tracing ahead. Contrary to what we were doing, namely riding through on a straight line from the boat to the village, Jorge follows the coast « Much better when you stay close to the beach, it’s smoother. » Indeed, snowmobiles go by quickly in this morning’s frozen landscape. It is now 11 AM, the day just rose a short hour ago, not yet for the sun. It’s a beautiful day. Hard to guesstimate the temperature behind my curtain of protection leaving room only for my ski goggles… Not so cold, at least no wind: maybe -25°C / -13°F ?

We quickly reach Argo Bay, stopping in front of the boat, but soon leaving: « Let’s go hunting muskox. » We pass the small hill that separates us from Fred Matthews’ camp, where we took part to the great cleaning-up last fall. The landscape is even more breath-taking than a few months ago, snow and ice out of sight. Jorge often stops to adjust the tension of his sled that tends to get in the way. Those are as many opportunities for me to take a little breath…

We ride another hour, to reach a small pingo dominating the vast plain spreading up to Cape Parry. Jorge turns to me « I forgot my binocular. You have one? » I also forgot mine … we are like two poor-sighted, staring endlessly in search of some dark spots: muskoxen! Fortunately, Jorge is an old-timer (66 years). He pulls out his sniper rifle and cautiously scans, and keeps on scanning. Then he stands up and says « There they are. » I still haven’t catch anything! We leave. 15 minutes later, indeed, there they are: a nice herd of thirty heads. As we approach, they go gallop away in a puff of snow and steam. « You take some pictures. I will shoot them later. » It is a stunning show, Jorge revolves around the herd so as to get them tired. I stay there, the camera in hand. But the batteries discharge at lightning speed with this cold… After while on this round, Jorge alights, aims and shoots. A first muskox falls on the ground. Followed by a second a few minutes later. Jorge groups them together, and calmly grabs his cigarettes, once again. « We have a smoke first. » Then the cutting begins. Slow gestures. Accurate. No hurry. Only a series of moves, repeated hundreds of times, not one unnecessary. The first skin is set aside, then all the various pieces of meat. The tongue, and heart too. « Want to taste? » « Sure! » The flesh is still warm. A thought to Nono, who loves raw meat! Ah buddy, you’d be served today!

Difficult to see how quickly time flies. The sun is low on the horizon when we begin to load the meat on the sled. A small white fox is trotting around us. Getting closer step by step. I throw him a chunk of meat he will enjoy as starter. A few moments later, it may delight with the leftovers…

The sun has now disappeared. It’s cooler, and we set off for the village. Jorge accelerates, I’m trying hard to stay in his trace. The Manguier. Another 45 minutes. I am focused on my road, when suddenly I feel like a cold invading my left foot. Stop. Jorge’s red light is fading away in the night … Sh.. my gas tank flipped, the plug broke and fuel spilled over my mukloks. I even lost the case and the rope … Well done Phil!! I restart. Jorge stopped a little further. I tell him about the incident. With a playful smile, he sais « You Will learn … ».

The next day in the village, everyone calls me: « Hey french guy, Will you learn how to attach your can? … ». Yeah, I still have many things to learn!

English translation by Tanguy


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