1er septembre, Coup de semonce de l’Arctique, par Phil le marin

"Les Corses" sont repartis en avion depuis
Paulatuk, où nous étions allés mouiller avec le Manguier. C'est le coeur serré
qu'on a vu repartir notre dernier équipage …

Cilou:fifi
Première au nid de pie pour Cécile

Les fichiers météo annonçant l'arrivée d'une perturbation
avec fort vent d'ouest, nous décidons de traverser la baie sans tarder.
L'entrée dans Argo Bay se fait cette fois-ci très vite, grâce aux alignements
pris en sortant (ah les Glénans !…), et nous mouillons à nouveau dans le NE
de la baie. Une sorte de test, puisque les vents sont annoncés d'ouest … un
test qui a failli nous coûter cher d'ailleurs …

Sunset
Couchant sur Argo Bay

Le vent rentre de l'ouest, et fraichit, comme prévu. A
l'intérieur du Manguier, c'est à peine si l'on perçoit "qu'il y a de
l'air". Pourtant, vers les 4 heures du mat, je trouve que ça commence à
remuer pas mal dans la couchette. Et pour cause. Il y a un bon 40 noeuds, qui
plus est de SW, et la mer est assez formée de ce côté-ci de la baie, avec un
fetch de presque 3 milles. Le Manguier soulage bien, mais les creux font
facilement 1 mètre … Tout d'un coup, les choses s'accélèrent: l'alarme de
mouillage sonne, le Manguier dérape et très vite se met en travers. Je cours
démarrer le moteur, mais déjà on commence à sentir les premières secousses: le
bateau talonne. Il me semblait bien qu'on avait mouillé un peu près de la côte
dont les fonds remontent vite … Cécile s'équipe en quatrième vitesse, et
fonce au guindeau. Je la vois dans la lumière du projecteur de pont, stoïque sous
les paquets de mer qui traversent le pont. Il fait nuit. Ça faisait longtemps,
mais ça ne facilite pas les choses. Je n'y vois rien. Le Manguier talonne de
plus en plus, et il commence à prendre de la gîte. Merde, c'est trop con, on va
quand même pas passer l'hiver échoués à 45° … J'essaie de mettre le Manguier
face au vent, mais peanuts, il veut rien savoir. Machine arrière. Au fil des
vagues qui tantôt le soulèvent et lui font gagner quelques mètres, tantôt le
projettent lourdement contre le fond (heureusement mélange sable vase),
j'arrive peu à peu à nous dégager, et je sens qu'enfin, au bout de quelques
longues minutes, il flotte librement … Barre à bâbord toute, moteur en avant,
j'arrive à faire pivoter le Manguier et à le faire venir face au vent. Ouf, la
partie est gagnée … Il ne reste plus qu'à remonter le mouillage, et à
traverser la baie pour aller mouiller "au vent", c'est à dire de
l'autre côté de la baie.

05h30: l'ancre redescend à nouveau. Le vent est toujours
aussi fort, mais il n'y a plus de vagues du tout. Le temps d'un bon chocolat
chaud, et nous repartons terminer notre nuit …

Mouillage
Cilou remouille au petit matin. La neige a déjà tout saupoudré …

C'est Paul, le capitaine du Norseman, un pêcheur de la mer
de Béring qui en avait vu pas mal dans sa vie de marin, qui me disait un jour
"You know Phil, never on ground, never around", ce qui peut se
traduire par "Celui qui ne s'est jamais échoué n'est jamais allé bien
loin…". Personnellement, je pense que l'Arctique a voulu nous faire
passer un petit message … Message compris d'ailleurs … La question est
maintenant de savoir si la gestion des coups de vent dans Argo Bay est faisable
ou s'il nous faudra chercher un havre moins ouvert …


Une réflexion sur “1er septembre, Coup de semonce de l’Arctique, par Phil le marin

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