Princess Islands par CZH

Finalement, on a trouvé les glaces tard dans la soirée, léchant les pieds des Princess Islands, lesquelles trônent par 72°38 N au milieu du chenal formé par les îles Banks et Victoria.

Une glace de lisière de banquise trop fine et morcelée pour s'y amarrer mais suffisamment dense pour risquer de s'y faire bloquer. On s'extrait donc du pack et repartons en sens inverse en quête d'un mouillage en eau libre, abrité pour la nuit.

Les glaces dérivent, nous rattrapent et par deux fois nous obligent à lever l'ancre. La seconde fois c'est à 5h du matin, les glaçons raguent contre la coque et bousculent la chaine, nous intimant l'ordre de déguerpir au plus vite.

Ainsi vont les vents et les courants, aléas des voyages en mer. Partis à la recherche des glaces, ce sont elles qui maintenant nous pourchassent. Nous visons une baie plus au sud sur l 'île Victoria. Entre deux rives de glaces, nous  croisons le regard indifférent d'un gros phoque vautré sur une plaque, tout juste si nous ne l'entendons pas soupirer et grommeler.

Sur bâbord, un panoramique déroule à perte de vue d'immenses plateaux de toundra rousse à peine saupoudrée de neige. La mer est bleu acier. Quelques flocons tourbillonnent.

L'œil vissé à la jumelle, nous apercevons, émus,  la silhouette trapue de nos premiers bœufs musqués.
Quelques heures plus tard, nous entrons dans Pemmican Bay et avons la surprise de découvrir des eaux profondes et d'une limpidité cristalline. Chose suffisamment rare en ces contrées pour mériter d'être relevée.

Cela fait plus de deux jours que nous naviguons sans mettre pied à terre et avons hâte d'aller explorer les lieux. Chacun espérant enfin rencontrer en chair et en os les auteurs des traces et crottes que nous croisons jusqu'à présent.

Le relief se compose essentiellement de plaines et de petites collines parsemées de cours d'eau et d'étang. C'est vaste et désertique. La hauteur de la végétation correspond grosso modo à une barbe de deux jours, autant dire que l'on se trouve à la limite du minéral. Pourtant nous voyons un nombre considérable de crottes et d'empreintes en tous genres mais toujours pas d'animaux autres que les oiseaux et les oies sauvages. Cette fois nous avons néanmoins l'honneur des poils et des os. En effet, quelques carcasses de loup achèvent de pourrir sur une colline, plus loin nous ramassons du bout des doigts le fameux quiviut dans les aulnes nains (le sous-poil extrêmement chaud que  les bœufs musqués perdent durant la mue). Puis nous tombons sur deux squelettes entiers de bœuf musqué mais toujours aucune âme qui vive !

 Le soleil fait une apparition  en toute fin d'après-midi, illuminant soudainement le paysage. Les collines prennent une teinte orange vif puis rose et violette, les bleus se font électriques. L'atmosphère semble vibrer, saturée de couleurs.


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