Pacifique ! par Karin Huet

Deux nuits de navigation. La première, tranquille, au sortir de la rivière de Dillingham et cap au sud. Stratégie de Captain : gagner au plus vite la péninsule d'Alaska, qui nous abritera du coup de vent de sud-est annoncé. Deuxième nuit, éprouvante (épouvante ?) : longeons la péninsule vers l'ouest, à 1 mille de terre, pour éviter le grand chambardement des flots et du bateau. Captain Cape-Tiens trouve une solution idoine pour n'atteindre False Pass  qu'au lever du jour : on s'approche à 0,25 mille de terre, on stoppe le moteur et on se laisse dériver pendant 50 mn jusqu'à 1,5 mille de terre, où l'agitation marine commence à être sérieuse ; et rebelote, cap à terre, etc.

Matin gris. Le vent mollit un peu. False Pass est devant, chenal balisé de rouge et de vert. Fuji Yamas au sud. Veille VHF à la conserverie sur tribord, le gars nous a entendus à la radio de Dillingham, et nous rassure sur le passage de Whirl Point (le goulet de False Pass, avec des courants jusqu'à 8 noeuds) avec vent contre courant de marée : ça devrait bien se passer. Cascades, fortes pentes teintées de vert et d'ocre, névés, déclenchent chez nous des envies de randonnées. Des bateaux de pêche crabiers nous doublent, nous croisent… Nous voici dans l'Océan Pacifique !

Cadeau : la courte fenêtre météo détectée par Phil sur ses fichiers GRIB se confirme, nous emboîtons le sillage du crabier Bering Hunter, il nous aplanit la mer, cap, comme nous, sur King Cove. Le soleil apparaît, le ciel bleu, des paysages défilent, spectaculaires, sur bâbord.

Un port de pêche, animé, propre. Pas de trace de coast-guards, capitaine de port évanescent : les USA ne ressemblent vraiment pas à l'image que nous nous en faisions ! Au même ponton que nous, Glory of the Sea, un voilier de La Rochelle qui arrive du Passage du Nord-Ouest. Cécile, infatigable, nous prépare un dîner de crêpes ! Le Manguier est bien amarré et préparé pour la tempête qui pointe le nez au dessus des montagnes et qui va durer trois jours. Nous, enfin, ON DORT !


PS: petite note technique du Cap. Le vent de SE a soufflé la nuit à 35 noeuds, rafales à 50. A 1, 5 milles de terre, nous avions déjà 1,5 à 2 mètres de creux, abrupts et courts. Le problème de la navigation dans les eaux arctiques est le manque de profondeur allié à l'absence de cartes détaillées (zone très mal cartographiée compte tenu du peu de bateaux y navigant), d'où l'extrême tension à raser la côte: un oeil sur le radar, un autre sur le sondeur. Et quand on passe des jours et des nuits par moins de 10 m d'eau, c'est fou ce qu'on peut consommer d'adrenaline …

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