Le détroit de Béring, par l’équipage du Manguier

Je suis pas contente, parce que je voudrais que le voyage il continue sur le Manguier.

Cette nuit, nous avons au moins 3 bonnes occasions de trinquer : l'équinoxe, le passage du cercle polaire, et surtout, le passage du détroit de Béring, qui marque notre sortie du passage du Nord-Est et notre entrée dans le Pacifique !

Il y a si longtemps que je ne me souviens pas quand, j'ai pensé "Je veux vivre là un jour". Un amas de cahutes en bois aux pilotis inégaux, deux pattes de taupe, deux pattes de cigogne. Un hameau en dahu accroché à une falaise. "Île Diomède", disait la légende. Ce matin, sur bâbord, je vois un profil d'île grise. "Diomède", dit le Capitaine. Je vis sur une coque en métal rouge qui flotte, ses quatre pattes blanches dressées dans le vent. L'île Diomède disparaît et, sur tribord, je regarde la frange d'un continent, roux, blanc, noir, dans des nuées d'oiseaux et le souffle des baleines. C'est ainsi, la vie, et c'est pas mal.

Nos premiers pas dans le Pacifique guidés par le souffle puissant des baleines grises. On a besoin de la carte pour réaliser le chemin parcouru. L'imaginaire a rejoint la réalité. Etape la plus symbolique de ce long voyage, Béring sonne comme un soulagement, un accomplissement. Océan de tranquillité intérieure. On est passés !

Moi j'ai bien aimé les baleines et puis un point c'est tout.

Emouvant.

Passer Béring et après… Une ouverture étroite, relativement, entre Asie et Amériques, donc un détroit. Une porte vers un nouvel espace, le plus vaste océan de la planète. Ainsi Béring est un passage symbolique et bien réel. C'est ce que nous venons de faire, traverser un mythe (la route du Nord) pour entrer dans une nouvelle géographie, celle de toutes les licences, littéraires, mémorielles, physiques aussi. Il est l'heure, entrons dans les possibles.

Détroit de Béring, l'alpha et l'oméga. Entre l'évocation frissonnante, mythique, teintée d'effroi du départ et notre réalité. On y est. Et c'est  la sortie d'un long tunnel de brume, de solitude, de deltas marécageux en vert kaki  et sépia vers le retour des couleurs, le bleu de la mer, le relief. Béring c'est le havre de paix et de vie. La fin d'un passage et le début d'un autre voyage.

Béring. Porte escarpée (enfin escarpée) du Pacifique, nous voilà ! Comme un songe, d'île en île entre brumes, glaces et côtes basses, l'étrange Passage du Nord Est est derrière. Devant, la mer de Béring foisonnante de vie nous saute au cœur. : baleines, nuées d'oiseaux dans la mer vive et cinglante, grand vent et soleil, soleil, soleil nous souhaitent: bienvenue!

Paix intérieure d'être passés. Envie de savourer doucement la fin du songe…. Première contraction, justement, dans le détroit ; 6,5 mois de grossesse… Sans doute est-il temps d'entrevoir un retour au bercail.


2 réflexions sur “Le détroit de Béring, par l’équipage du Manguier

  1. T’es vachement plus facile à pister qu’en kayak patagon…Et pour venir te voir, je préfère nettement un » amas de cahutes » tchouktches qu’un trou creusé dans la terre bretonne (ça y est, je l’ai ma baffe!). Ta louvarte a raison: « ton séjour au frigo » te réussit

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