Itéa – Delphes, par Cécile Zawieja

Vendredi 4 Janvier 2008,

Nous avons débarqué notre scribe-chroniqueur-historien-gâte-sauce-plongeur de premier ordre sur le quai d’Itéa, l’avons accompagné jusqu’à l’arrêt de bus en partance pour Athènes, lui avons fait nos adieux pour finalement nous engouffrer précipitamment à sa suite, le bus pour Delphes étant le même.
A la sortie d’Itéa, nous sinuons dans la fameuse mer d’oliviers qui baigne les pieds des contreforts du mont Parnasse. Nous nous arrêtons à la petite ville de Delphes, perchée sur les hauteurs, face à la mer, et réitérons nos adieux à Philippe qui continue sa route et nous acheminons vers le site mythique de Delphes. Le ciel est à nouveau lourdement chapeauté de plomb, un petit vent aigre nous jette dans la chaleur accueillante du musée. C’est par là que nous débutons notre visite. Magnifique ! Un vrai musée à la muséographie soignée et instructive qui met admirablement en valeur les richesses archéologiques. Parmi ces merveilles, on voudrait retenir le souvenir du sphinx inflexible et stoïque là-haut sur son chapiteau. Il a un peu le même sourire archaïque, indéfinissable, des cariatides. Les lèvres gonflées et sensuelles, les pommettes saillantes, les yeux très légèrement bridés, un air d’éternelle jeunesse un peu amusé saisi dans la pierre pourtant criblée par le temps. Et d’autres offrandes toutes plus belles les unes que les autres. Si les oracles rendus contre paiements et offrandes peuvent parfois donner une image très mercantile de la religion antique, une vaste foire votive à la superstition, la beauté de ces offrandes et leur aboutissement esthétique semble en revanche posséder leur propre spiritualité.
Dans une pièce sont exposés des métaux précieux martelés qui recouvraient des statues de bois. Il en subsiste d’étranges dentelles mi-parure mi-carapace, tel ce taureau grandeur nature ou cette ribambelle d’orteils orpheline de leur pied ou encore ce visage où l’usure jusqu’à l’os du bois évoque le dessèchement d’une véritable momie.
Je ne peux m’empêcher d’associer ces délicats métaux repoussés aux alliages métalliques non moins légers des multiples canettes de boissons, aplaties et piétinées, qui constituent la plus grande partie des déchets éparpillés à l’état naturel, de notre époque.
Ailleurs, un visage de profil gravé au trait sur un fragment de poterie est une réplique exacte et anachronique de certaines gravures de Picasso.
La beauté et l’harmonie se manifestent sur tous les supports, le bois, la pierre, la terre, le métal, aussi bien dans les tracés et modelages les plus rudimentaires que dans les sculptures et bas-reliefs très aboutis et tout autant dans la miniature que dans le monumental.
Après bien des soupirs intenses, « WAHOU t’as vu ça ! Et celui-là ! Et c’est vrai qu’c’est beau ! » Faible litanie de nos émotions artistiques ! Nous continuons notre visite par le site archéologique lequel doit, à mon avis, son incontestable beauté à son emplacement. A la fois niché et juché dans et sur la falaise. Les colonnes des temples s’élèvent dans la continuité des fûts centenaires des cyprès. L’amphithéâtre bordé d’amandiers débouche sur une perspective vertigineuse. Le canyon de la montagne se termine dans les aqueducs qui courent le long des rues en pente. Un équilibre subtil s’opère entre le monumental des ruines et celui de la nature.
La magie de Delphes !

Mur_de_delphes

Plus tard, en attendant le bus, nous contemplons la toison argentée des milliers d’oliviers qui moutonnent dans la plaine, jusque dans la mer.

Samedi 5 Janvier

Au petit matin, nouvelle série d’au revoir. Les uns sur le quai (Julien, Marie-Paule, Jean-Philippe) larguent les amarres des autres (Philippe, Cécile, Agathe). Les uns prennent la route vers Athènes, les autres prennent la mer vers Ithaque. Le baromètre s’est accroché aux nuages (1030 hp), le temps reste couvert, le vent nous pousse dans le golfe de Patras. La mer blanchit, écume sous la hargne du courant inverse. Ça s’agite, ça bouillonne sous les hublots du Manguier, qui imperturbable trace son chemin en surfant sur les vagues. Nous passons entre les piles du pont suspendu de Patras – suspendu par des pinces à linges dans le ciel ! -, impressionnant de force et d’élégance puis entre les bacs qui péniblement traversent en crabe.
Le temps d’avaler un reste de soupe au choux et à la saucisse, chaud et revigorant et le vent se tasse. A la sortie du golfe, la mer s’aplatit et l’équipage somnole, c’est-à-dire que le capitaine s’assoupit et la moussaillote écrase à poing fermé, tous deux blottis sur la banquette de la timonerie. Quant à moi, vautrée sur la barre à roue telle une grosse poule couvant sa nichée, je médite l’œil sur l’horizon et rectifie le cap de temps à autre d’un coup d’aile ou de coude.
Nous faisons route vers l’Ouest, vers le retour ( ? ), c’est agréable de faire route au couchant, les jours rallongent. Ithaque au couchant avec femme et enfant.
Comme qui disait, on plante la pioche dans la baie de Vathi vers 18h30. 90 miles engloutis. On stoppe les machines.

Pont_patras

Patras_pont


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