De Santorin à Nea Kameni la chaotique, par Ph. Rigaud

Nous pénétrons sur le site de la caldera, toujours aussi impressionnante et nous prenons possession du coffre sur lequel nous étions amarrés la dernière fois et dans la foulée allons faire un tour à Oia. La montée jusqu’à la crête est toujours aussi raide, le village est aussi désert que la dernière fois (quelques rares touristes déambulent tout de même, dont nous) et les boutiques sont toutes aussi fermées. Dans une quête prompte et efficace, nous réussissons cependant à trouver du pain, ouf, sauvés !
Après une nuit tranquille – la caldera est comme un lac – , nous faisons route pour l’île volcanique de Nea Kameni dans le centre du cratère dont nous avions fait le tour lors du voyage précédent. Cette île est seulement apparue en 1573.
Nous amarrons sur un coffre mouillé dans une petite calanque. Dés la manœuvre en cours nous sentons dans l’air une odeur soufrée caractéristique. Dans l’eau des particules blanchâtres dérivent et vont colorer les roches du littoral, on pense qu’il s’agit de soufre en suspension.
Avec l’annexe, nous rejoignons un petit port où sont stationnés plusieurs gros caïques destinés à promener les touristes pendant la saison d’été. De là nous commençons à grimper dans les roches éboulées et branlantes qui surplombent le port pour arriver dans un extraordinaire chaos de roches ignées, rouges, noires, blanches. Parvenus en haut de la pente instable, nous avons la vision étonnante de ce site bouleversé par les épanchements de la lave. Passé ces encombrements disparates, nous parcourons des zones dégagées, montées et descente, foulant un sable grossier, décomposition de roches, mélange de grains et de petites pierres.
Depuis quelques hauteurs, nous pouvons constater l’étendue de cette île qui paraît assez grande. Partout règne le mouvement mais figé, curieuses sensations… La vie existe tout de même en cet endroit perturbé par les forces chtoniennes, de l’herbe pousse en certaines places et pentes, certainement celles qui n’ont pas subi la dernière éruption et les lapins ont l’air de proliférer (on ne les pas vu mais seulement leurs crottes…).
On atteint le sommet (124 m) d’où la vue sur la caldera et le reste de l’île est remarquable. Tout proche, une sorte de cratère ou plutôt un ravin d’effondrement s’ouvre, profond d’environ une trentaine de mètres et d’un diamètre de quelques cent cinquante mètres. Sur ses parois, accessibles cependant, on distingue des fumerolles qui s’échappent de quelques fissures de la roche et des pierrailles. Julien descend de quelques mètres dans les éboulis et pratique quelques fumigations de soufre et je suis son exemple (il paraît que c’est bon pour les poumons, enfin pas trop tout de même). Sur place, on sent très bien la chaleur et l’humidité de cette vapeur soufrée en mettant le nez ou la main près de ces émanations, quelques cristaux jaunâtres assez ténus peuvent s’observer près de ces bouches méphistophéliques.
Nous rentrons en changeant un peu d’itinéraire, sur le sentier et dans le champ de lave je remarque plusieurs canyons parallèles plutôt étroits et aux bords curieusement disloqués se dirigeant vers la mer; ils se sont certainement formés sur des ruptures de pentes crées lors de l’épanchement de la lave en fusion.
Nous quittons cet endroit étrange et fascinant qui nous a permis de toucher de près un opera mundi qui fut plein de fureur et de bruits. Il parait maintenant apaisé mais les fumerolles et l’odeur rappellent que le feu interne couve encore, sans doute pas très loin.


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