La prochaine étape est Amorgos, la plus éloignée des Cyclades. L’atterrissage se fait tranquille en soirée (agréable mer) au port de Katapola, puis on achève cette belle journée par un restau le soir.
Le lendemain, on monte au village de Chora, à pied, y a pas de bus. on fait du stop et ça marche, même à 7. Chora est un joli village, tout blanc, plus le bleu des portes, volets et églises (beaucoup !) et plutôt complètement endormi par l’hiver, beaucoup de chats aussi, comme partout.
On se rend au monastère de la Chozoviotissa (du lieu de Chòzova en Palestine) but de la randonnée. Le site est vraiment extraordinaire. Tout blanc, le monastère est édifié tout contre une immense falaise. On l’atteint par un sentier pierreux qui s’élève en lacets le long de la roche verticale surplombant la mer battant au dessous (fondé au XIe siècle par l’empereur Alexis Comnène)*. Devant nous, deux moines et un monsieur portant du pain et des provisions suivent le chemin escarpé pour accéder au logis, nous les suivons. L’ascension achevée, nous arrivons sur la plate forme précédant l’entrée. L’accueil par l’igoumène (le supérieur) et son novice est fort sympathique. Tous deux portent robe noire et barbe sous une toque ou mortier. Et, surprise ! le monsieur (en civil) qui les accompagne parle très bien français. Philippe sort de son sac une bouteille de vin corse amenée à dessein et qui est acceptée avec plaisir.
A l’invitation (au préalable Marie-Paule et Cécile ont mis une robe « décente », condition expresse pour les femmes en pantalon), nous pénétrons dans le bâtiment par une petite porte basse, qui est l’entrée principale. On gravit un escalier plutôt raide pour arriver dans un couloir s’appuyant contre la paroi du rocher puis une pièce où on nous explique que les visiteurs devaient y attendre le début de la messe (un pronaos). Nous poursuivons ensuite la visite en accédant dans une salle clafide d’icônes anciennes, de tentures, d’ex-voto et autres objets donatifs. On a même droit de regarder, sans y entrer (réservé aux religieux) une salle ou se trouvent des objets liturgiques dorés et argentés. Enfin, l’igoumène nous invite avec beaucoup d’amabilités traduites par le monsieur francophone (juriste, ancien journaliste, épouse française, il a travaillé pour Amnisty International) à déguster des gâteaux à la cannelle (très bon), des loukoums à la rose (très bon), une friandise stratifiée au miel, au sésame et une feuille de citronnier (très bon), et une liqueur (à la cannelle et très bonne aussi). Nous achevons ce bref séjour monacal en recevant de multiples voeux de bon voyage de la part du supérieur et nous signons le livre des visites Bref, une réception fort sympathique et de qualité dans un site exceptionnel.
En sortant du monastère, après une rencontre avec un âne qui barre un petit instant le passage étroit, nous suivons un sentier aérien qui longe la grande falaise vers l’est, au dessus de la mer puis se continue sur un plateau buissonneux et pierreux peuplé de chèvres curieuses et timides à la fois. Quelques temps de marche après, nous arrivons à un col qui permet de voir la partie nord de l’île et au delà le large canal séparant Amorgos de Naxos.
Nous nous arrêtons sur un rebord rocheux avec une belle vue sur la mer et les montagnes pour un repas bien mérité. Il nous faut maintenant rentrer au port de Katapola mais il semble que ce soit assez long par la route et le stop aléatoire en raison de la très faible circulation. Bon, courage, il faut y aller. Comme le goudron ne m’inspire pas vraiment, je gagne rapidement un sentier parallèle dans la montagne, les autres suivent le macadam. Ce chemin tracé par les chèvres dans le lapiaz est plutôt accidenté, plein de buissons, de chèvres et de moutons mais à mon point de vue plus intéressant.
Entre temps Philippe, Cécile, et Agathe sont pris par une auto jusqu’à Chora et rentrent à pied au port par l’ancien chemin, plus direct que la route. Je rejoins Marie-Paule, Julien et Jean-Philippe peu avant Chora et nous poursuivons en traversant le village puis à notre tour empruntons l’ancien chemin qui conduit au port où nous parvenons un peu avant la nuit.
*Lila Marangou, Amorgos, monastero della panaghia Chozovotissa, Atene, 1999.

