Naxos, par Philippe Rigaud

Evidemment, Naxos fait penser à l’aventure d’Ariane qui a aidé Thésée à se débarrasser du Minotaure dans l’île de Crête et puis se fait larguer par son amant sur la plage de Naxos. Heureusement, Dionysos, qui passait par là (il s’était emparé d’un navire de pirates), est séduit par la jeune femme, il semble que ce soit réciproque car il l’embarque sur sa prestigieuse trière, son modeste caïque, ou son divin pentecontore ??. Peu importe, l’histoire dit que ça finit bien.
Du reste, sur l’isthme qui relie la ville de Hora au site -presque insulaire- du temple d’Apollon (il subsiste le monumental portique d’un édifice inachevé), on peut voir une belle sculpture contemporaine, Ariane in Naxos, réalisée par un artiste allemand (il est vrai que ce thème a beaucoup inspiré artistes et compositeurs (de mémoire, Hans Memling, Monteverdi…).
Comme nous ne pouvons rester à quai – pour d’obscures raisons le responsable du port ne veut pas du Manguier à la place que nous avions trouvé pourtant libre – nous allons mouiller dans un bassin proche du port, bon, il faut l’annexe pour aller à terre…
Le quartier ancien de la ville, plein de petites ruelles charmantes, est très agréable, mais aussi bien marqué par le tourisme (boutiques, à boudre). De même la visite du musée archéologique (nous sommes les seuls visiteurs…), situé dans les petites rues du kastro vénitien, est fort intéressante.
De très beaux objets, issus de la culture cycladique, remplissent les vitrines. Notamment les fameuse idoles, remarquables pour leur style très contemporain, sont présentées en grand nombre. Elles proviennent de l’île et de celles circum-voisines.
De même, de belles céramiques, souvent entières, qui proviennent de nécropoles, sont regardées attentivement, notamment leur décor où le poulpe est récurrent.
On découvre tout de même parmi les poissons et autres animaux de la mer une représentation navale sur une belle urne, celle d’un navire long de type galère. Les passionnés sont contents… Un petit regret, les explications (intéressantes certes), portent sur les sites et sont globales et très générales. Elles ne donnent pas d’indications individuelles sur les objets en provenant qui auraient mérité plus d’explications sur leur usage et fonction.
Le lendemain, randonnée dans la montagne de Naxos. Départ en bus pour le village de Filoti à quelques 20 à 25 km du port. Arrivés à destination, nous empruntons un joli sentier grimpant bordé d’oliveraies peuplées de brebis bêlantes et paîssantes pour atteindre un col et une piste facile qui nous conduit après quelques kilomètres vers le site d’un monastère, une tour qui ressemble en fait à un vrai château fort. Ce qu’il est en réalité mais aussi en restauration (malgré les travaux on peut le visiter dans une petite partie).
De là, la vue est très belle sur le massif montagneux, des échancrures laissent apparaître la mer et les petites îles vers le septentrion et l’orient.

Agathe_naxos

La piste se poursuit sous forme d’un sentier qui bientôt disparaît sur un plateau ouvert sur d’aussi beaux paysages.
Nous entamons une descente un peu hasardeuse, à la recherche de sentiers, pas trop abrupts, qui pourraient nous rapprocher du village d’Apiranthos, visible sur le coteau en face de nous. Finalement, après avoir sauté de ribes en restanques, passé quelques ruisseaux, emprunté un sentier en calade dans le fond d’un vallon torrentueux (sec ce jour) et bordé de jardins, nous arrivons à Apiranthos.
Le temps, rapide, d’un café ou d’une bière et nous reprenons le bus pour rejoindre notre port et havre. Le lendemain nous vaquons à quelques occupations, comme des courses, de l’écriture et autres taches ancillaires.
Le jour suivant, après hésitations, temps incertain, pas de bus… Grande randonnée ver le mont Zas (Oros Zas) ou autrement dit le mont Zeus, ce qui ne laisse pas d’impressionner, c’est d’ailleurs le plus haut sommet de l’île, maître des foudres oblige (1001 ou 1003 m selon les cartes et les écrits).
L’histoire, la légende (ou l’office du tourisme ?) dit que c’est sur cette montagne que Zeus serait né, dans une grotte tout de même, il aurait été nourri par la chèvre Amalthée.
Puisque pas de bus le dimanche, nous prenons un taxi pour Filoti et Agios Marina, une petite chapelle d’où part le sentier vers le prestigieux sommet.
En route le chauffeur qui ne parle que grec nous explique beaucoup de choses: «Peugeot, very good, motor, very good, carosserie (geste), very good, par contre la boite à vitesse (geste), c’est moins bon…».
Arrivés au départ du sentier et après accord avec le chauffeur pour nous récupérer à 16h30 à Filoti, nous entamons la montée vers le lieu divin.
Ce très beau sentier suit les courbes de niveaux dans les calcaires et les marbres, pas très difficile et aérien.
Le beau temps est bien installé pour cette journée, et un petit air frais (un doux zéphir, naturellement) ventile agréablement notre ascension. Arrivé près du sommet, l’environnement proche est celui d’un lapiaz de moyenne montagne avec des roches usées mais aussi ciselées par l’érosion, un univers minéral (n’oublions pas, c’est le domaine du dieu).
Le site divin est habité par les descendantes d’Amalthée, la farouche gardienne de l’enfant dieu. Ces chèvres qui hantent ces lieux partagent en fait le même espace avec des corbeaux. Eux aussi messagers des dieux, il volètent tranquillement au dessus des rocs et attendent patiemment que les visiteurs laissent quelques offrandes. Ce que nous faisons bien volontiers après avoir consommé quelques nourritures terrestres et revigorantes.
A la cime, une borne, avec une boite fermée, contient des cahiers (des stylos aussi, pour les imprévoyants) qui permettent aux pèlerins approchant si près du domaine divin de noter sur papier leurs impressions et leurs états d’âme. Ce que nous faisons, en notant notre passage, avec l’humilité et le respect dû.
De l’admiration, nous en avons: de l’autre coté, c’est à dire vers le couchant la vue est très belle vers Paros, vers le levant sur de petites îles proches, et plus loin la grande et haute Amorgos un peu incertaine dans les vapeurs, au septentrion après le lapiaz, les montagnes de Naxos et quelques villages blancs se détachant sur les fonds gris et verts d’une campagne au relief bien marqué.
Immédiatement au delà de la corniche sommitale, la pente est très abrupte, presque inquiétante de profondeur et d’à pics. Plus bas, au delà des ravines, des éboulis les oliviers reprennent leur cours et les troupeaux de moutons font leur vie, comme d’habitude… Pour la descente nous reprenons le même sentier après quelques hésitations pour couper au plus court mais cela semble un peu délicat, buissons et sentiers un peu incertains nous dissuadent.
On atteint Filoti dans les temps et, en buvant une bière ou café, on se fait gentiment interpeller par quatre hommes qui chantent (faux) dans le café.
L’un d’eux essaye l’allemand pour tenter de dire quelque chose mais comme il est bien chargé en ouzo ou d’autres boissons un peu trop alcoolisées comme ses trois copains on n’arrive pas trop à échanger… Le taxi arrive à l’heure et on repart pour Hora et le Manguier.


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