Milos la polychrome, par Ph. Rigaud

L’entrée à Milos (Melos d’après Ptolémée) se fait dans un cratère ou plus exactement dans une caldera.

Il y a bien longtemps, la grande et belle baie intérieure de cette île est née de l’effondrement de la chambre magmatique ou de l’explosion d’un énorme volcan, le cratère a été ensuite envahi par la mer. Maintenant et quasi depuis l’an pèbre, on peut y stationner en toute tranquillité sans craindre les colères d’Héphaïstos ou de Poséidon et, donc, «le Manguier» au mouillage profite de ce bel abri après la traversée depuis Monemvasia. Le premier constat est que nous sommes bien dans les Cyclades (Cicladum insule): les maisons du port d’Adamans sont blanches, les portes et volets sont bleus.

Notre première visite (en bus) se fait sous la pluie et le vent vers Plaka, qui est le chef-lieu de l’île. Placé sur une hauteur, le village surplombe un paysage a priori assez aride mais néanmoins verdoyant en raison des pluies assez abondantes ces temps derniers.

Plaka

Malgré cette pluie, qui s’arrête tout de même, la montée au kastro, dont il ne reste plus grand-chose des fortifications, est assez agréable et chaque virage du petit chemin caladé offre quelques révélations intéressantes. Les maisons sont plutôt belles et bien arrangées et les couleurs bleues et blanches, omniprésentes, surprennent toujours. Du sommet où se trouve l’inévitable église, la vue est étendue vers le large (AntiMilos, des îlots), la baie (nous voyons «le Manguier») et la campagne parsemée de maisons blanches.

Aghios_ccilios

Après un repas dans une taverne sympathique, «good food» nous a dit le patron, nous nous proposons de rentrer à pied vers Adamans, où souloit nostre nef.

Cette balade, un peu au hasard mais hors la route goudronnée, nous conduit dans un premier temps vers le théâtre antique de l’île. Creusé à flanc de colline, il n’est pas très grand, mais d’après les restes de remparts proches (de belles pierres à bossages) et le marbre utilisé pour les gradins, il semblerait bien que la ville antique ait été riche en ayant tiré de substantiels bénéfices de l’exploitation de son sous-sol. A proximité, un panneau en grec et en anglais rappelle que c’est dans cette zone que fut découverte la fameuse Vénus de Milo actuellement au musée du Louvre (malgré nos recherches attentives nous n’avons pas retrouvé les bras).

Après avoir un peu erré dans les rues du village bas, nous trouvons un très beau sentier caladé, à flanc de colline, qui paraît nous transporter vers la destination souhaitée. En route, au détour d’un lacet, nous trouvons à la fois des figuiers de Barbarie sans trop d’épines sur les fruits, et une belle polychromie de roches issues des profondeurs insulaires (jaunes, violettes, rouges, vertes et nuancées), pour nous une première signature de la richesse géologique de cette île volcanique. Finalement, le sentier se transforme en chemin et nous conduit fort agréablement vers nostre arrivée et port de salut.

Le lendemain, visite au village d’Apollonia ou en abrégé Polonia dans le sud de Milos, pour cela déplacement en bus obligatoire et lever tôt pour un départ à 7h45, sous la pluie.

A l’arrivée, l’équipage se réfugie dans une boulangerie-épicerie-taverne pour un petit déjeuner supplémentaire et réchauffant. La pluie cesse lorsque nous partons vers le sud le long du rivage. Assez rapidement nous constatons une diversité de couleurs dans les roches environnantes composant ainsi avec la mer et la végétation une jolie palette. Après avoir dépassé quelques zones incertaines, espaces de dégagement des déchets miniers avec de grosses coulées de terres et de pierrailles, nous atteignons une plage de galets de belles dimensions et, là aussi, nous sommes frappés par cette même diversité dans les couleurs de ces grosses pierres roulées. La plage conduit à une presqu’île où le paysage a été bouleversé par les travaux d’extractions, un piton de roches coloriées s’élève encore, rogné et percé de galeries maintenant abandonnées.

De vieux wagonnets rouillés (des «Decauville») d’un coté les bennes, de l’autre les châssis, contribuent un peu plus, par une note ferraillée, à alimenter ce paysage minéral et marin.

Dans la baie, un gros cargo minéralier au mouillage tire sur son ancre dans l’attente de son chargement, un autre plus petit est également au mouillage plus loin. Justement, à quelques encablures de cette plage, au détour d’une pointe déchiquetée, surgit l’étrave d’un troisième cargo, qui lui est au poste de chargement d’un terminal que l’on devine plus que l’on ne voit.

On apprendra plus tard, en regardant une carte de l’île et après la visite au musée de la Mine, qu’il s’agit du terminal de Voudia où l’on extrait et traite la barite et la bentonite (pour cette dernière la plus grosse production de l’U.E) à l’usage du bâtiment (ciments et dérivés). De fait, Milos est un grand centre minier qui exporte de grandes quantités de minéraux extraits de ses tréfonds volcaniques.

En visitant le lendemain le Musée de la Mine (Milos Mining Museum), nous complétons nos connaissances sur les particularités géologiques, les techniques d’extraction, les divers usages des matières premières exploitées, mais aussi l’histoire des mineurs (hommes, femmes et enfants) et leurs conditions laborieuses dans cette histoire encore bien récente.

Le musée est bien réalisé et didactique sans être ennuyeux. On y trouve des panneaux explicatifs (en grec et en anglais) sur l’histoire minière depuis la Préhistoire (extraction et commercialisation de l’obsidienne) et l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine, de belles vitrines d’échantillons de minéraux, des matériels exposés, un montage vidéo expliquant les processus d’exploitation et les usages des produits miniers. Au sous-sol on peut voir un très intéressant film (sous-titré en anglais) dans lequel des témoins racontent les difficiles conditions de travail que connurent les travailleurs de la mine avant les progrès de mécanisation contemporains.


Une réflexion sur “Milos la polychrome, par Ph. Rigaud

  1. Bonjour Philippe et toute l’équipe, cela fait déjà depuis un bout de temps que Marie-Hélène m’a donné l’adresse de votre site internet et ce n’est que maintenant que je le consulte avec beaucoup d’intérêt. Je suis fasciné par toutes vos découverte et je voudrais vous remercier de nous en faire profiter. Je vais en parler à Lorenzo et ensemble on vous écrira un petit mot. En attendant je vous souhaite une très bonne continuation et je me réjouie déjà de te revoir pour te harceler de questions. Je t’embrasse et prend soin de toi ainsi que tout l’équipage. Brigitte

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