« Taputapuatea août 2001 » ou « le CNRS s’associe à la nouvelle résidence Artistes en Arctique », par Phil le marin

Difficile a priori de faire le lien entre les deux titres de ce même billet … et pourtant …

Rapide retour en arrière: nous sommes en août 2001, à Taputapuatea, un des grands maraés de l’île de Raïatea dans le Pacifique Sud. Accompagné de Cécile, je suis allé retrouver mon vieil ami Henry. Objectif du voyage: définir les grandes lignes d’un projet un peu fou qui nous tient tant à cœur, Exploration Pacifique.

En deux mots, le projet consistait à associer à bord d’un navire d’expédition des artistes et des scientifiques, travaillant en binôme, pour réaliser un inventaire du plus grand océan du monde, un peu plus de deux siècles après ce que nous autres Européens considérons être sa « découverte ». Un projet construit dans l’esprit humaniste du siècle des Lumières.

Cet énorme projet, qui très vite rassemble une formidable équipe, ne verra hélas pas le jour faute de moyens financiers suffisants.

Mais quelque 17 ans plus tard, le voici qui ressurgit avec la venue à bord d’Arnaud Rey, qui s’est proposé de se joindre à l’aventure et d’embarquer avec lui le CNRS pour lequel il travaille. Comme quoi, tout vient à temps pour qui sait attendre !!!

Voici la présentation de son projet:

« Artic(uler) les humeurs Groenlangue: la méthode des associations verbales mars-t-elle ? »

Je prends connaissance du projet ‘Artistes en Artique’ dans le courant de l’été 2017 grâce à une amie qui fait circuler l’annonce de l’édition 2018 sur un réseau social bien connu. Après quelques clics, les images, le projet, les vidéos sanctionnent ma curiosité d’une claque inspirée. Et si je me greffais à la grappe d’artistes qui va se suspendre au Manguier durant quelques semaines au milieu d’un environnement hors du commun ?

J’associe aussitôt la vie à bord du Manguier à un questionnement que je cultive depuis quelques mois à propos des futurs vols habités vers Mars. Thomas Pesquet, le très médiatique cosmonaute français qui revient tout juste de six mois sur la station spatiale internationale ne parle que de cela : faire partie du premier équipage qui réalisera l’exploit d’un vol aller-retour vers Mars. Mais quel rapport avec le Manguier ?

Tout comme les grands navigateurs et explorateurs du 15ème et 16ème siècle, les Colomb ou Magellan, ces futurs voyageurs de l’espace vont être confrontés à des conditions de vie extrêmes. Isolement, confinement, promiscuité et environnement hostile seront le lot quotidien de ces équipages cosmiques. Par-delà les défis technologiques immenses qu’il faudra relever pour accomplir un tel exploit, la dimension humaine et psychologique sera sans doute tout aussi critique et redoutable.

C’est sur ce point que le Manguier offre au chercheur en psychologie un cocktail de conditions de vie extrêmes proches de celles qu’auront à éprouver les voyageurs de l’espace. Alors qu’artistes puiseront dans cette expérience de vie hors normes la clé de nouveaux horizons de créativité débridée, le chercheur y trouvera peut-être la réponse à quelques interrogations sur la manière de vivre et de survivre pour ces équipages de l’extrême.

Le projet que j’emporte dans mon sac à dos polaire vise à proposer à ceux des membres de l’équipage qui accepteront de jouer le jeu de cette recherche, de simplement me confier deux fois par jour (le matin et le soir), pendant 5-10 minutes, les associations verbales qui leur viendront suite à des mots qu’ils entendront dans un casque. Par exemple, ils entendront le mot «plume» et je leur demanderai de me dire le premier mot qui leur vient à l’esprit. «stylo» ? «oiseau» ? ou tout autre mot, dans la mesure où il s’agit du premier qui leur vient à l’esprit. Je m’exercerai moi aussi à cette activité quotidienne relativement ludique un mois avant de partir ainsi qu’un mois après notre retour. Des associations verbales produites tout au long du séjour, je tâcherai d’en étudier les variations et de voir ce qu’elles peuvent dire de l’humeur intérieure des membres de cet équipage insolite.

 


2 réflexions sur “« Taputapuatea août 2001 » ou « le CNRS s’associe à la nouvelle résidence Artistes en Arctique », par Phil le marin

  1. Yohou ! Voilà un projet de bon aloi, en quelque sorte dans la ligne de la campagne menée par le BMMSCP à bord du Manguier en novembre dernier… i.e. de la Science en sympathie avec l’Art. Quoi rêver de mieux ?

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