Samedi 8 août 2015
Relâche sur Killinek Island par CZH
Bowdoin Harbor, une anse de roche rugueuse et sombre à la pointe Nord du Labrador.
C'est là que nous avons trouvé refuge, pour relâcher (du lat " lassicare " détendre). Ça nous va bien. Faire une pause après la houle désordonnée des derniers jours qui nous a majoritairement tourmenté la tripe. L'endroit se présente à merveille, des eaux calmes et cristallines où s'écrase en arrière fond une cascade. Un gros plat de pâtes à la carbonara reconstitue nos estomacs hébétés. Nous contemplons les sommets qui nous entourent, le ciel dégagé de sa brume est d'un bleu transparent, une partie de l'équipage part s'ébrouer dans la limpidité vespérale.
Hasard de navigation ou hasard des rencontres dans ces contrées sauvages et désertiques, nous ne sommes pas seuls, deux autres voiliers sont également au mouillage : un joli côtre américain "Walkabout " et un vieux ketch anglais à gréement aurique " Hannah " qui cabotent de conserve.
S'écoule une nuit sereine et réparatrice. 60° Nord, lentement mais sûrement, durant quelques heures, l'obscurité reprend ses droits. Le lendemain, avide de fouler le sol du Labrador (c'est vrai que ça sonne mythique à nos oreilles) l'équipage au quasi complet – seule Joss qui ménage son genou reste à bord – s'élance gaiment dans la nature les poches farcies de pétards, fusées et autres amuse-gueules destinés à nos amis les ours dont on ignore ici la couleur et donc les moeurs.
Le soleil fait scintiller les lacs, illumine les vallons verts de mousse. Nous croisons quelques restes, traces et crottes d'animaux. Un petit nid de paille blond, un crâne de phoque, quelques poils de caribous. Dans l'eau de fonte d'un névé, un canard nage en solitaire. Un couple de phoques barbus se partage le fond de la baie. On ramasse des jolis cailloux de quartz blanc, on se trempe les fesses en glissades sauvages sur les névés, on se partage quelques soupes instantanées, puis le visage cuisant de soleil et vent, aérés de fond en comble, on regagne le bord.
Plus tard Agathe et Ulysse se lancent dans un atelier sushi, tandis que nous recevons Allisson, Russ et Mick , nos voisins de mouillage pour quelques échanges d'instructions nautiques, cartes de glace et autres détails utiles. Ils pensent peut être remonter vers le Nord. Nous descendons vers le Sud. Au fait, les ours blancs pullulent dans le coin.
Seconde nuit dans Bowdoin harbor, le vent de Nord Ouest annoncé par les bulletins météo canadiens 24 heures à l'avance, se renforce progressivement et finit par dégueuler rageusement ses bourrasques catabatiques par le goulet d'étranglement qui nous fait face. A quatre heures du matin, dans une lueur blafarde, nous relevons l'ancre qui a dérapé. Mouillé trop court !!! Cette fois-ci les 90 mètres de chaine sont étalés. Un peu plus haut, les deux voiliers bouchonnent d'un bord sur l'autre entre les crêtes courtes et blanches des crachats tempétueux. Quelques heures plus tard, nous (notre valeureux capitaine secondé par Philippe Oddou et Olivier) prêtons main forte à " Walkabout ", dont le génois se déroule de son étai et menace de se déchirer. Ce qui leur vaudra une récompense d'une part de gâteau fondant au chocolat et d'une laconique mais non moins bien sentie congratulation de Mick " You did a great job ". Puis le jour se lève, le soleil vibre dans les rafales du Nord ouest
qui continue de s'époumoner. Finira bien par se fatiguer celui-là, et alors nous nous en allerons.


Toujours les ours quand on n’est pas là!!
Les oursici (sicouri)
Bises
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