Entre glaces, brume et hauts fonds, par Phil le marin

Naviguer en Arctique, si c'était facile, ça se saurait ! Et les vendeurs de rêves clefs en main, les Mooring, Sunsail et C°, y auraient déjà installé leurs bases pimpantes et organisées … Non, l'Arctique reste fidèle à ce qu'il a été, et à ce que, de toute vraisemblance, il sera toujours : un univers austère et hostile. Tout ce que l'on peut imaginer de pire en terme de navigation y est représenté, et savamment orchestré pour rendre la navigation plus que délicate : sans ordre de préférence, je citerai :
  • la brume, opaque, dense, impénétrable
  • les glaces, éparses ou compactes, dérivantes, incisives
  • les hauts fonds, d'autant plus traîtres que le fond n'est plus de sable comme à Argo Bay, mais fait d'une bonne vieille roche bien dure, et surtout que les relevés hydrographiques de la région sont rares et laissent de grandes zones en blanc, dés que l'on sort un peu des chemins battus (ce que l'on aime bien faire sur le Manguier)
  • la pluie, qui, insidieusement, ne se met à tomber vraiment que pendant la période estivale qui seule permet la navigation
  • le vent, qui adore montrer qu'il sait souffler très fort
  • la neige, qui s'abat sans prévenir, rendant le pont aussi stable qu'une patinoire
  • le froid enfin, qui ne nous a pas encore vraiment gêné (il fait encore entre 2 et 6°C en journée) mais qui, combiné au vent, transforme la moindre tâche en gageure, et fait qu'au fil des jours, le fond de l'océan Arctique se peuple d'objets divers et variés, allant du classique manillon à la clef anglaise !
 Hier soir, confortablement installé au coin du feu que nous allumons encore chaque jour, je lisais le récit de Bylot et Baffin. Ironie et amertume de l'Histoire, le dernier, qui n'était que pilote à bord a laissé son nom à une île et une baie, entre autre, alors que l'autre (Bylot), qui était pourtant le capitaine, fut plongé dans l'oubli … l'un était de "bonne" famille, l'autre d'origine très populaire. Ceci explique en partie cela. Des aventures certes en rien comparables à la notre, mais la brume enveloppant le bateau et le crissement des blocs de glaces sur la coque étaient là pour me rappeler que l'Arctique est toujours bien l'Arctique …
 

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