Route vers Cambridge Bay… premières glaces, 50 nuances of grey ! par Brigitte D.

Au lever un grand voile a été tiré autour du bateau : ciel et mer ne font plus qu'un l'ile auprès de laquelle nous étions abrités depuis le petit matin a disparu. Nous appareillons dans cette ambiance ouatée à visibilité très réduite. Très vite ce seront les premières glaces, aussi attendue que redoutées ; pas de gros blocs mais un immense puzzle de plaques de toutes formes. Elles offrent une infinie mosaïque de gris, du plus clair, presque blanc, au gris foncé en déclinant toutes les nuances du bleu ciel au turquoise. Etale, la mer est comme liftée par un gel miracle. Mer et ciel continuent leur union et donnent du paysage un superbe tirage en noir et blanc. Le vaillant Manguier entreprend de troubler ce bel ordonnancement de gros glaçons endormis et aux formes fantasques. Sans sentiments, mais prudemment, il pousse avec délicatesse tout ce qu'il trouve sur son chemin et qu'il ne peut raisonnablement contourner. Un chien dans un immense jeu de quille au ralenti ! Chaque plaque de glace réagit différemment à son contact. Certaines se cabrent, se brisent et laissent passer le Manguier en bousculant les autres, d'autres plongent, s'effacent pour réapparaître plus loin ou se chevauchent pour mieux résister et finalement céder à regrets. Ce spectacle en gris et blanc et au ralenti fascine voire hypnotise, magique et irréel. Il se laisse découvrir au fil de notre percée et se renouvelle sans fin. On regrette presque la pluie qui tombe et, en ramollissant les glaces, joue en notre faveur. Les plaques sont de plus en plus rares, nous avons trouvé un chenal libre de glaces. Jusqu'à quand….une règle des glaces : ne pas se réjouir trop tôt , elles peuvent revenir très vite poussées par les courants ou les vents, comme le brouillard ! Nous traversons lentement Edinburgh Channel. Le slalom n'est pas la spécialité du Manguier qui préfère aller de l'avant et dissuader de sa force tranquille ; mais le capitaine lui impose des zizags à travers les restes de glace à grands tours de roue du gouvernail. Partis à 9h, nous jetons l'ancre vers 18h le long d'une ile à peine visible, Richardson Island, mais nous ne doutons pas des informations du capitaine. Nous avons parcouru à peine 11 miles en 3 bonnes heures, pas très gratifiant, mais nous sommes de nouveau bien à l'abri. Le décor se révèle au gré de la brume, une grande ile haute et caillouteuse et ses nombreux ilots. Variation autour du même spectacle en gris et blanc à la façon des peintures japonaises ou chinois. Les photographes se déchainent et guettent les reflets, les voiles de brume et tous les mystères de la lumière du grand nord….

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2 réflexions sur “Route vers Cambridge Bay… premières glaces, 50 nuances of grey ! par Brigitte D.

  1. brrr , ça donne des frissons de froid ? de plaisir ?
    ps pour brigitte : lifté ? vous avez dit lifté ( n’y aurait il pas là une petite référence à la vie d’ailleurs ?)
    bises à tous

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  2. amusant j’allais faire la même réflexion que Joss !! je ne connais pas mais je ne veux pas être redondante ! tout va bien pour vous ? on vous envie beaucoup. et les « nuits » ? le sommeil est toujours au top là-haut ??
    bises à vous
    béa

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