Trésor de toundra, par CZH

Argo Bay, 5 juin 2014

Soleil éclatant ce matin ! Argh ! Enfin ! Une poussière de givre scintillant a recouvert la glace qui s'est à nouveau formée. La banquise s'est vitrifiée en couche de verre cassant, de fines lamelles de résine transparente se superposent et l'eau gelée a pris un aspect de plastique moulé. Il n'y a plus de souplesse, les arêtes sont vives, c'est de la fibre de glace cristalline à la fois dure et fragile. Une semaine déjà que le printemps s'est fait saisir dans une gangue de froid, plaqué sous une chape de nuages gris plomb, cinglé par un vent de Nord Est. Désolant.

Pour lutter contre le sentiment de morosité qui nous gagne, rien de tel qu'une bonne ballade. Ce n'est pas l'avis d'Agathe qui se pelotonne au coin du feu, nous promettant de ne pas le laisser s'éteindre. Nous partons remonter le cours d'eau qui abreuve le fond d'Argo Bay, en quête de vie animale. Et si le printemps nous semble s'être figé depuis quelques jours, ce n'est qu'en surface. Les oiseaux s'en moquent. Froid de canard, ça leur va plutôt bien. Nous tombons sur des dizaines de colonies s'ébattant dans les méandres de la rivière. Ballet nuptial, battement d'ailes, plongée en quête de nourriture. Un loon chante, quelques notes entre la trille et l'aboiement aquatique (ouh lala, l'aboiement aquatique…Chapeau si ça vous parle !). Des lagopèdes cacabent (celui-là, je viens de le trouver dans le dictionnaire) dans les taillis d'aulnes, faisant diversion par des envolées acrobatiques. Des oies rieuses (les bien nommées) persifflent, d'autres cacardent. Les sarcelles caquètent. On se croirait dans une pub sonore promouvant la qualité des élevages en plein air des volailles du Périgord.

Petit à petit des trouées de ciel bleu électrique font vibrer le gris des nuages. L'horizon ondule sous les variations de température. Nous avons décidé de rentrer en rejoignant la côte. Une parcelle de territoire que nous n'avons encore jamais parcourue. De légers vallons parsemés de lacs enfilés sur un cordon d'eau composent le paysage. Absorbés par la marche, nous sommes brusquement tirés de notre état contemplatif par un battement d'aile. Une oie rieuse vient de s'envoler presque sous nos pieds. Camouflée par son plumage couleur toundra, elle était en train de couver ! En nous approchant du liseré de duvet gris perle qui ondule dans le vent, nous découvrons six gros œufs ! Tout chauds ! Quelle merveille !

Snow-goose-eggs

 


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