18 juillet, Cross Island, le cimetière des baleines, par Phil le marin

Baleine

Arrivés la veille au mouillage de Cross Island, nous ne
sommes descendus à terre que ce matin, après avoir passé de longues heures à
scruter l'île à la jumelle. Quelques baraques, dont certaines complètement
éventrées (les ours ?), forment le "village". Seules celles
fabriquées à partir de containers de bateau sont intactes. Partout des objets
abandonnés, mis au rebut ? Dans les maisons abandonnées, des cannes eider (sans
doute eider commun nous semble t il) s'envolent lourdement, abandonnant pour
quelques minutes leurs oeufs verts aux appareils photographiques des intrus.
Nous essayons d'éviter de les déranger, mais elles se confondent souvent avec
les branches où elles font leur nid.

Un peu plus loin une allée de crâne de baleines, plusieurs
dizaines. Visiblement des baleines franches (Bowhead, facile à identifier !).
Après les têtes soigneusement alignées (les 3 dernières, plus récemment pêchées
– l'an dernier ?- laissent encore couler du gras qui imprègne le gravier du
sol), c'est un énorme amas de carcasses entremêlées. Nous errons quelque temps
à terre, dans le silence. Ambiance assez étrange …

En quelques minutes, le brouillard tombe, et c'est presque
au GPS que nous regagnons le Manguier. Bon repas, as usual (ah ! les haricots
soissons de la conserverie de Casatorra !) et vers 14h, le brouillard se levant
suffisamment, je décide de lever l'ancre. Petit vent de NW (5kn), mer plate
comme d'hab, et presque chaud (8°C !). Le brouillard se lève, mais pas assez
pour que je visualise la pointe nord de l'île, basse et sablonneuse …
résultat des courses: le Manguier fait un arrêt assez brutal sur un banc de
sable qui affleure à moins de 50 cm … là où les cartes indiquent 5 mètres je
tiens à préciser ! L'avant du Manguier est carrément monté sur le banc, et
dépasse d'au moins 30 cm. Machine arrière toute, mais rien ne bouge … hum,
hum … à bord, des regards inquiets interrogent le capitaine. Et maintenant ?
Avant de mettre en branle les gros moyens, et pour commencer mettre à l'eau les
3 tonnes du mouillage qui sont justement dans le pic avant, je décide de mettre
machine avant, barre à fond à gauche puis à droite. Tentative suicidaire ? Non
! L'arrière pivote d'un côté, puis de l'autre, creusant un petit sillon autour
de la quille … Un grand coup d'arrière, et cette fois-ci, nous nous dégageons
! J'ai toujours dit que c'était bien d'avoir 450 ch …

En route pour Kaktovik, à 80 milles à l'est. Brouillard, qui
ne nous quittera plus jusqu'au soir. Nous naviguons au radar, au milieu de
blocs de glace très épars (en terme de glace, on dirait open water, c'est à
dire moins de 1/10ème de la surface occupée par les glaces, mais pas encore
SIF- sea ice free, pas de glaces du tout -). Pas d'ours, au grand dam de Béa
qui passe des heures à scruter au travers du brouillard.

Vers 21h30, nous arrivons en vue de Flaxman Island, où nous
avons décidé de faire halte pour passer la nuit (enfin …). Les cartes
indiquent des fonds nettement supérieurs à ceux donnés par le sondeur, et c'est
finalement au large de l'île, et non pas derrière l'île que nous mouillons par
3 mètres d'eau au sondeur (soit 4,50m réel…). Vent très faible de NW, très
léger clapot, pas de glace sinon quelques grosses plaques accrochées à terre,
la nuit sera bonne …


2 réflexions sur “18 juillet, Cross Island, le cimetière des baleines, par Phil le marin

  1. Ici, à défaut des cannes eiders, nous avons les canadairs …. Bien moins sympa, sachant que lorsque l’on en voit un (plutôt 2), il y a sûrement un incendie quelque part
    Bisous

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