Le sanglot long du violon de la Mangonaute au long cours mettant son sac à terre, par Karin H.

L'automne approche. Demain, je débarque. Avant de reprendre ma route solitaire, ceci : je viens de passer à bord du Manguier l'un des meilleurs moments de ma vie.

Rien à voir avec le tintouin et le stress du Passage du Nord-Est.

Caboter pépère de fond de fjord en crique secrète, faire ses nuits à l'ancre et se réveiller peu à peu au cours d'un petit déjeuner à rallonge, partager ensuite avec au moins trois autres Mangonautes une insatiable curiosité pour la vie du Pacifique Nord et de ses rivages, les humbles trésors des laisses de mer, le touffu de la toundra, les habitants divers de ces lieux. Adopter le tour d'esprit du Captain, qui désamorce l'inquiétude, lors des manœuvres, d'un petit "Hop ! Une baleine !" ou "Oh ! Vous avez vu l'aigle ?". Chanter en chœur dans la timonerie. Profiter de ce que la propulsion Beaudouin nous laisse les mains libres pour écrire, lire les anthropologues ou un patron morutier, sculpter des écorces, graver des os, tanner, coudre et broder des peaux de flétan ; donner de bons coups de fourchette (sur le Manguier, c'est fête et festin tous les jours et aux quatre repas).

Merci, PhilCécilAgathe, de m'avoir accueillie dans votre famille et en cette balade privilégiée, merci d'avoir partagé avec moi vos amis de France et d'Alaska, merci de m'avoir fait découvrir des îles et des paysages sauvages sur lesquels même les Alaskans ont rarement l'occasion de poser les yeux. Merci pour votre indéfectible humour.

Merci, Phil, pour ton expérience de marin, qui établit la confiance. Pour ton flegme en tant que Captain d'apprentis-matelots et ton absence de rancune envers leurs errements. Pour tes airs de guitare et tes chansons, tes pirouettes qui font éclore les rires. Et ton enthousiasme.

Merci, Cécile,  pout ta contribution tous azimuts, constante et discrète, au travail du bord. Pour le grand joli courageux sourire avec lequel tu traites jusqu'à tes craintes et tes soucis. Pour tes airs de saxo et tes chansons. Merci de nous réjouir les yeux avec tes inventions en Beachcomber's Art et de nous ravir tous les sens avec ton Grigri Géant Évolutif.

Merci Agathe, joyau du bord, pour tes chansons corses, tes danses débridées, tes mots d'esprit, tes dessins, tes sculptures, ta drôlerie et ta petite main dans la mienne.

Et merci au Manguier d'être un joli vieux barlu à l'acier mou et aux gros boudins.


4 réflexions sur “Le sanglot long du violon de la Mangonaute au long cours mettant son sac à terre, par Karin H.

  1. Et bien merci Karin et celles et ceux du Manguier. Pour un qui s’affole sitôt qu’il est à plus de 200 km de sa maison, vous m’avez offert du dépaysement sympa avec du sensible, de l’humour et des pistes de réflexion sur nos vies, grand plaisir à feuilleter ce blog.
    Y

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  2. Je prend un certain plaisir à lire vos réflexions, vos récits de mer et de voir vos photos.Ne vous inquiétez pas ci on n’écrit plus sur le blog, après demain on s’envole pour faire découvrir à mon épouse PAPEETE et les Marquises.On embarque sur l’ARANUI 3 pour une tournée des iles.Nous revenons le 17/09/11 à bientot et bonne mer JP&BEA

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  3. Salut les Mangonautes, à bientôt Karin !
    Très occupé depuis début août, j’avais négligé le BLOG du Manguier. Cette semaine, un peu de répit avant la rentrée des classes me donne le temps de vous retrouver : que d’émotions pour vous en cette fin d’été alaskan ! mais que de soucis pour moi avec cette vénérable institution (plus de 160 ans d’existence, dont les quinze dernières ont été fort agitées voire périlleuses…) que j’ai l’honneur de présider depuis un peu plus de deux mois.
    Bravo Karin pour tes écrits dynamiques, odorants, colorés ! On essayera de se revoir à Marseille. Je vais faire un stage de kayak de mer fin septembre et j’aurai besoin de tes conseils pour en acheter un après ma formation.
    Salut et fraternité à Phil le marin, à son épouse Cécile, à sa délicieuse fillette Agathe ! On se reverra en automne, en Corse ou ailleurs. Peut-être ferai-je alors connaissance avec d’autres Mangonautes que je ne connais pas…
    Bisous,
    Christian.

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  4. Ayant passé 2 semaines d’été Alsakan à bord de ce bon vieux remorqueur toulonnais,
    je comprends les sanglots que peut verser celle qui en débarque après y avoir vécu depuis le printemps.
    Mais vire tourne, l’automne est déjà là : les feuilles pleurent en tourbillonant.
    A Anchorage, à Kodiak, à Akhiok aussi, c’est la rentrée des classes !
    Septembre donnera peut-etre l’occasion, à Christian, de profiter des conseils de Karin la maitresse kayakeuse.
    Elle m’a donné la leçon le 11 du mois d’aout à Kodiak Harbour :
    – enfiler la jupe en bas, mettre le gilet de sauvetage en haut,
    – enlever la pagaie de dedans le kayak, vérifier que l’éponge-écope est bien au fond,
    – entrer les pieds devant, rentrer le ventre pour passer la taille et l’abdomen dans l’orifice,
    – ajuster la zupe et … ZZZOU ! Avanti ! Presto ma non troppo …
    Du coup, j’ai pu pagayer :
    – devant le long bec rouge des huitriers-pies ou sous le jaune crochu de l’eagle du coin,
    – entre les bulbes des grands kelps (les immenses algues vertes voilées, gros oignon en surface et crampons sur les pierres au fond),
    – au cul des guillemots miroir,
    – au nez et à la barbe de Sheriff et de ses potes Sea HAWKS (LIONS de mer),
    qui siestent toute la journée, comme des radasses, sur un ponton du bassin St Herman du port de Kodiak,
    … etc.
    Au nez et à la barbe, façon de parler car, pas fou, j’ai respecté la distance de sécurité.
    Parce-que quand le « promène-couillons » local s’approche à toucher les lions,
    Sheriff (ou son adjoint) pointe son gros grouin au ciel et grogne comme un verat corse surpris dans son sommeil.
    Si Sheriff est parti à la chasse, c’est la lionne qui lève son énorme patte nageoire en braillant comme une truie obèse.
    Dans les 2 cas, si la bestiasse (1600 pounds environ) crée un mini tsunami en se jetant à l’eau,
    mieux vaut ne pas etre trop près du ponton si l’on ne veut pas se retrouver le bec dans l’eau !
    Parce-que l’eskimotage façon inuit pour se retrouver nez au vent, c’est pas prévu dans la leçon 1 de Karin …

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