« Les baleines grises, nous, on cherche à les éviter… », par Karin Huet

… dit John, le patron pataud du seineur Zacharie, à qui Phil tchatche des aventures du Manguier à False Pass à la recherche des baleines grises et des orques. "Des baleines grises, il y en quatre là dehors, de l'autre côté de la barre, où j'ai pêché ce matin."

2892694235_3b9a42f3d0_o Lui et ses quatre hommes (deux de ses petits fils, un neveu, plus un Mongol, "skiffman", responsable du skiff, la plate alu qui ressemble à un baquet maous) ont commencé à 4 heures du matin. Maintenant, à 17 heures, "je me suis dit je vais juste me prendre une petite récréation, histoire de leur porter un flétan…". Et le flétan, de bonne taille, git sur le pont du Manguier et les 20 tonnes du petit Zacharie sont à couple.

Voilà ce que c'est, pensé-je, quand on pêche à la senne dans la lagune, fort peu profonde, on prend du poisson de fond dans le filet. Et quand on pêche en mer, on risque de prendre de la baleine… Mauvaise limonade pour le filet dans ce cas ! La baleine qui fonce dans le filet, c'est un risque dont on nous a parlé à Sand Point. C'est pour ça entre autres que chaque patron a deux ou trois sennes de prêtes pour la saison.

John nous ouvre sa cale, elle n'est pas encore remplie mais un sacré paquet de saumons y agonisent dans une eau réfrigérée à 0°. Quand c'est plein, il appelle un bateau de collectage. Il travaille avec les conserveries Trident. En ce moment le saumon rouge se vend 1, 25 $ la livre.

Avant, quand il se vendait 3 $, il y avait deux fois plus de bateaux à Chignik, et des bateaux sophistiqués. Présentement, autour de nous, allant et venant sur la lagune, j'en dénombre une vingtaine au pifomètre. Depuis que nous sommes arrivés dans le coin, nous avons eu maintes occasions de voir les seineurs en action de pêche, ça n'arrête pas ! Les gars ne s'interrompent que pour s'ancrer et dormir, sans quitter le bord, même si, comme John, ils ont leur maison et leur femme au village. Et ça jusqu'en septembre. À Chignik, le saumon monte pendant des mois ! Et que du rouge, du précieux !

Bon, la description de l'action de pêche, vous la voulez ? N'en suis pas si sûre… Allez, je vais abréger. Là où le saumon saute, le bateau se rend. Par leurs actions conjointes, le seineur et son skiff calent le filet en ligne droite puis en ramènent une extrémité vers l'autre en formant un rond. Après, il me manque un épisode de visu mais je sais, grosso modo. La ralingue inférieure est tirée, la seine forme dès lors une bourse. Le treuil du seineur tente de la hisser à bord, pleine d'une espèce vibrante et trébuchante, mais qu'on allège d'abord en y puisant à plusieurs reprises les corps argentés, avec un haveneau qu'on ne peut soulever qu'avec le treuil. Et on cale derechef.

Photo : John Bruckman


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