Sur la grève de Turner Island, nous avons surpris une bande de phoques (harbor seal, veau marin), occupés à se prélasser sur la plage … à distance de sécurité (environ 25 mètres), ils ont jugé préférable de rejoindre l'élément liquide. Sauf un. Immobile. Inerte.
A quelques mètres de lui, il ne bouge toujours pas. Je le photographie sous tous les angles, puis, à en juger à ses yeux clos et sa respiration saccadée, comprend qu'hélas il est bien mal en point … Karin, Cécile et Agathe me rejoignent, regardent à loisir ce malheureux que la Nature n'a pas épargné. Et de nous attrister sur son sort …
Quand, coup de théâtre ! Notre jeune phoque, absorbé qu'il était dans ses rêves, n'avait rien vu ni entendu venir ! Et d'ouvrir ses grands yeux noirs, de virevolter avec une aisance surprenante (la fameuse peur qui donne des ailes), et de se jeter dans la mer …
De retour à bord, nous décidons d'un commun accord que la soirée serait consacrée à un atelier d'écriture, dont le thème serait A quoi pouvait donc rêver le phoque ? Je publierais volontiers les 4 textes, mais, de peur de vous accaparer, je ne publierai que celui voté à l'unanimité moins une voix (celle de son auteur) :
Le rêve du petit phoque sur la plage de Turner Island
– Dis Grand père, raconte nous encore le jour où tu t'es envolé …
Grand dormeur soupire, rassemble ses nageoires sur sa panse rebondie, se lisse les moustaches.
– Je vous l'ai racontée déjà 100 fois cette histoire
– C'est pas grave Grand père, c'est trop drôle
– Bon d'accord, d'accord …
A l'époque, on m'appelait déjà dormeur. C'était un jour de juin, le vent de sud-ouest soufflait sur Turner Island. Je venais de rater une pêche harassante. J'avais poursuivi une morue qui avait failli me faire tourner bourrique tellement elle m'avait fait nager. Elle m'avait filé entre les palmes, j'étais épuisé …
– Hi hi hi, on sait bien Grand père que t'as toujours été fatigué. Grand mère elle disait que tu étais né comme ça, fatigué !
– Attendez d'aller vous même pêcher et vous verrez, bande de petits sacripants !
– Bon, t'énerve pas, continue …
– Donc, j'essayais de récupérer des forces et un peu de chaleur sur la plage avec le reste de la bande. A peine couché sur le sable, je me suis endormi comme une masse. Je me souviens encore du rêve : je continuais la poursuite de cette satanée morue, je la voyais, j'étais presque parvenu à m'en saisir. Et puis je sentais une odeur de feu de bois, j'imaginais que je la faisais griller … l'odeur se faisait plus distincte. La morue approchait, elle crissait sur le sable …
C'est là que l'alerte en moi s'est déclenchée : une morue grillée sur la plage et qui avançait !!! J'ai ouvert les yeux, dressé la tête. En guise de morue, je me suis retrouvé face à une paire de bottes surmontée d'un horrible bipède, qui m'a bombardé de photos !
Je ne sais toujours pas comment j'ai fait pour franchir le sable qui me séparait de la mer. Les copains m'ont dit que j'avais volé …
Cécile Z




Bravo Cécile pour ton texte sur le rêve du petit phoque !
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