« J’attendrai demain, les gars, de voir si vous tenez debout ou si vous rampez ! » par Karin Huet

La grande poussée.

Au bord de la falaise tremblent au vent des bouquets d’anémones. L’aigle couve impavide. Tête droite, blanche, bec jaune. Une seule plume de la queue a bougé. Si haut, le souffle de la mer. Sur le sentier, le petit peuple des fougères, encagoulé, sourd devant et autour de nos pieds. Petites têtes roulées en escargots. Nous les cueillons, couic, entre deux doigts. Nous les cueillons à qui mieux mieux. Sans pouvoir nous arrêter…

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La grande poussée.

Au retour de la balade, nous épluchons nos crosses de fougères (Dryopteris dilatata ou Athyrium filix-femina ?), que Cécile fera sauter avec de la persillade. David, patron du senneur Pacific Maid et président de l’association locale des Indigènes, boit un pot à bord du Manguier. Comme Phil lui propose de rester partager notre repas, souriant, il élude :

– J’attendrai demain pour goûter votre frichti, les gars, voir si vous tenez debout ou si vous rampez !

Tout indigène qu’il est, il nous rappelle Aldona, qui s’est privée de notre mutuk (gras de baleine) de East Anchor Cove, de notre sauté de uritaak (chitons) de Dora Harbour et de notre salade de pissenlits de Sanak. Certains Américains n’ont pas notre empressement à goûter le fruit des collectes sauvages !

Nous sommes déjà sortis indemnes d’une platée de Rumex arcticus (petit goût acidulé) aux oignons, cueillette de la promenade à Red Cove. Et nous bondirons de la couchette au matin, tout vigoureux et vitaminés, nos fougères bien digérées.

 

NB : source bibliographique, Alaska wild plants, a guide to Alaska’s edible harvest, Janice J. Schoffield, Alaska Northwest books.



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