Coup de vent sur zone « Castle Cape to Sitkanak », par Cécile

En Avril ne te découvre pas d’un fil
En Mai ne te découvre pas d’un pet
En Juin ne te découvre pas d’un brin
En Juillet rappelle toi de Mai
En Aout n’ôte rien du tout

Le printemps c’était Dimanche dernier, ça a duré environ 24 heures. Quel luxe !

Puis retour à la normale : le vent a viré. La dépression s’est engouffrée. Les rafales font ronfler les mats de charges et autres gréements le long des quais. La pluie s’abat drue et crépite sur les capots de pont. Pas d’amélioration pour les 72 heures à venir selon la météo des Blancs.

La journée idéale pour aller traîner ses guêtres et multiples frusques dans les marécages du bord de mer ! Un tour à Red Cove contempler les déferlantes du Pacifique s’écraser avec fracas et fureur sur les rivages de l’île ? Des volontaires ?

Phil se dévoue pour surveiller la lessive en cours et Agathe s’empare avec un entrain  non simulé de ses cahiers de devoir. Soit. Avec Karin, on s’harnache. Quelques fruits secs, les paires de jumelles, un guide de la flore arctique. On accepte la thermos d’eau chaude que nous a préparées Phil et les dosettes de café.

Le chemin pour Red Cove : faut d’abord monter jusqu’à l’école puis prendre la piste qui va à la décharge et au bout descendre par le chemin vers la baie. Des voiles de brume bruineuse  couvrent et découvrent des mottes de toundra. « Là si la falaise était plus haute et plus inclinée, ça pourrait faire penser aux Iles Féroé » me raconte Karin. Les sureaux plus avancés font des taches vert cru dans les branches violettes des aulnes. Comme dans une estampe japonaise une pie survole une flaque de graminées d’un blond lumineux. Au fond du vallon, les eaux de fonte rejoignent le cours d’un torrent qui se jette dans une sorte de lagune. On marche sur une espèce d’éponge herbue saturée d’eau. A chaque pas, nos bottes s’enfoncent jusqu’aux chevilles dans la mousse liquide. On en vient presque à crisper les orteils pour se garder la botte au pied. Imagine : aspirées telles deux mammouths communs dans la toundra de Red cove. Brrr…

On parvient au bord d’un petit lac qui nous sépare de l’océan. Notre tempête printanière se déchaine au loin. On aperçoit des bancs d’écume, une grosse houle. On perçoit une rumeur  de brisants. C’est tout, le fond du vallon est protégé des vents, la côte inaccessible par la barrière de buissons.

- Tu te les sens les aulnes à traverser ?

– Toi ?

On avise le tronc moussu à nos pieds pour se servir un café et réfléchir. Le café bu, on est pas vraiment plus motivées. On décide donc de se rentrer par le même chemin, en convenant que le sens inverse n’est jamais une redite du paysage mais offre une vue différente. On cueille du rumex, des feuilles charnues de la famille des épinards et de l’oseille.

Dans un buisson deux grands corbeaux, très animés se racontent des histoires, plus loin une perdrix mi blanche mi rousse décolle en caquetant. Et puis il y a aussi un drôle de chant qui se compose de trois notes, toujours les mêmes : trois blanches dégressives un peu mélancoliques.

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Une réflexion sur “Coup de vent sur zone « Castle Cape to Sitkanak », par Cécile

  1. SALUT A TOUS.JE VIENS DE RATTRAPER MON RETARD DE LECTURE.QUE DE BELLES BALADES ET DE DÉCOUVERTE AU MILIEU DE CETTE NATURE HOSTILES ET SI BELLE A LA FOIS. JE VOUS SOUHAITE BONNE CONTINUATION ET CONTINUE A NOUS FAIRE RÊVER BON VENT JP ET BEA

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