En contournant l’île de Nunivak, par Karin

Nous avons gagné un jour, comme Philéas Fogg. En Russie, c'est mardi 29 septembre. En Alaska, lundi 28.

Donc, hier : dimanche. Est-ce pour cela que nos appels VHF et que notre pavillon jaune n'ont attiré aucune réponse, aucune barque ? Ou bien à cause du coup de vent de sud annoncé, et qui s'est effectivement déchaîné cette nuit ? Merci fichier GRIB : le Manguier était mouillé, abrité par la côte, devant la "capitale" et unique agglomération, paraît-il, de Nunivak. Un village eskimo, d'après un e-mail d'Olivier. On a regardé Mekoryuk à la jumelle : des maisons à l'air de hangars, deux éoliennes maous débrayées, un camion-grue, un aérodrome. Aucun mouvement. Pour fêter notre arrivée en Amérique, nous avons brunché à l'anglo-saxonne : oeufs au lard, haricots sauce tomate, pain de mie russe toasté. Et ketchup ! Cécile a entrepris (sacrifiant un demi-tube de peinture acrylique rouge) de transformer un torchon de cuisine en pavillon US.

Je reste tout interdite du départ d'une petite moitié de l'équipage. Même si des frictions ont pu exister à l'état larvé entre nous, même si des bugs de communication entre nous rendaient parfois (souvent !) nos manoeuvres burlesques, même si notre nombre même et le fait que nous étions rarement tous réunis pendant la navigation favorisaient ces impasses de communication, nous formions Equipe. Un grand corps, à l'énergie bouillonnante, dont chaque élément fonctionnait de son mieux pour le bien commun. DANS LE MEME BATEAU ! Et voici que des éléments ont débarqué, récupérant leur statut d'individus à part entière et à trajectoire particulière ! Du coup, je m'aperçois que nous aussi, qui restons à bord, nous sommes des individus. Flottement. Me réajuster à la dimension réduite de l'équipage.

Ce matin, au lever, j'avise des écueils nouveaux, qui ont émergé pendant la nuit, au large de notre mouillage. Je visse une paire de jumelles sur mes yeux en couilles d'hirondelle. Il y a là un genre de porte-containeurs, trois remorqueurs, deux barges de débarquement. Venus approvisionner le village ? S'abriter du gros temps ? En tout cas : davantage de trafic maritime que nous n'en avons jamais vu sur la Route Maritime du Nord !

Autre changement époustouflant : la chaleur ! Température de l'air : 8°. De la mer : 7°. Judith roucoule de bonheur.

Nous avons levé l'ancre à 10h et contournons l'île par l'est. C'est une immense tarte de toundra, avec une seule cuillerée de chantilly jetée dessus -floc- à un endroit.

2 réflexions sur “En contournant l’île de Nunivak, par Karin

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s