Revenue dans le carré chauffé au poêle (16° : byzance !), après la soupe chaude, volupté. Tandis que les autres regardent "Into the wild" sur l'ordinateur de Tristan, je sirote une liqueur de châtaigne, essuie de temps à autre le hublot pour contempler le jour gris de minuit et la rive de notre anse poudrée à frimas avec ses récifs de glace. Puis je rêve en lisant le résumé de l'expédition Nordenskjold de 1878 par Paul-Emile Victor.
"Le 19, dans l'après-midi, au contact des champs de glace jalonnant la côte, le brouillard se leva et un promontoire apparut, pointant au nord-est : le Cap Tchéliouskine. A six heures du soir, en jetant l'ancre, les navires hissèrent le pavillon et l'un des canons du Vega tira une salve d'honneur : " Le ciel s'était éclairci et le cap se trouvait là, devant nous, inondé de soleil et dépouillé de neige ". On leva l'ancre le 20 août vers midi, et fit vapeur au milieu de glaces flottantes plus épaisses et plus étendues, à travers la brume, ce qui entraîna des arrêts, des détours, et une perte de vingt-quatre heures occupées à chercher l'eau libre. Puis une brise de nord-ouest s'éleva, qui dégagea la mer et poussa rapidement ls deux navires en avant. Ainsi les estuaires de la Khatanga, de l'Anabar et de l'Olenek furent rapidement dépassés. La mer était salée et peu profonde (…), la vie intense sur les îlots où s'ébattaient les goélands et les pingouins de Brûnich. Mais les carte s étaient incertaines, déjà les crépuscules nocturnes s'assombrissaient et (…) Nordenskjold, le 27 août, fit directement route à l'est, dans l'intention de rejoindre avant l'embâcle le point extrême reconnu au XVIII siècle par Cook."
Pour nous aussi, la brise devrait tourner au nord-ouest bientôt. Aujourd'hui, dans des piaillements de plaisir, les filles ont fait un ours de neige sur la table extérieure à la poupe, il nous accueille quand nous sortons du carré-cocon.

