un PS pour le blog du 26 avril … un peu subjectif, peut être… interprété. Depuis le quai…
Sous un auvent, en retrait, trois marins-pêcheurs rigolards, les
mains dans les poches, observent la scène. Leur chien aboie, parce
qu'il y a un peu de remue-ménage sur le ponton. Sous des parapluies,
des amis venus dire au-revoir à ceux du Manguier. Aussi: les
soudeurs qui ont fixé des mâts tout neufs sur l'ancien remorqueur.
Le Manguier largue les amarres. Recule. S'éloigne du ponton. Il part
pour le Japon.
Les trois pêcheurs se regardent. Ils n'ont plus les mains dans les
poches. Il y en a un qui lance : "On y va?". Ils s'élancent, ils sont
dans leur barque, ils escortent le remorqueur qui part pour de longs
mois et pour des latitudes étranges, qui part pour tenter de montrer
qu'un bateau de travail à moteur peut pallier la crise pétrolière en
mettant des voiles.
Le Manguier longe le vieux quai. Les équipiers sont tous sur le
gaillard d'avant, l'air gaillard, ouais, limite fanfaron.
Le Manguier nous montre sa poupe. Cécile est seule à l'arrière, elle
grimace un sourire, je jurerais qu'elle pleure, quatre ans qu'il
étaient là, a-t-elle dit à la boulangère ce matin. Un femme en veste
rouge, sur un bateau blanc et rouge, se demandant vers où son
capitaine l'embarque mais embarquée, de toute façon. On croise son
regard.
Vieilles pierres grises, phare vert, phare rouge, un foc blanc est
hissé, petite houle. Le foc bordé, le navire prend de la vitesse. Une
autre voile monte à poste. C'est beau, un bateau qui s'envole pour le
Japon, emportant une femme en croupe.
C'était ce matin.
Il pleut sur les palmiers de Bastia. Le Danielle Casanova est une
masse blanche tanquée de l'autre côté de la darse. Sur un écran plat,
des voitures de course tournent comme des fusées sur du goudron. Des
logos de marques occupent la place du ciel. Ça se passe à Dubaï, ou
par là, me renseigne le garçon en apportant mon chocolat chaud.

