Andros, par Ph. Rigaud

Le lendemain en soirée, nous embarquons l’équipage du Vagabond, France, Eric et la petite Léonie (le Vagabond est un voilier servant de base logistique aux missions d’étude au Spitzberg et en Arctique). Le matin suivant, nous reprenons la mer pour nous diriger vers l’île d’Andros (Andri sur la carte de Ptolémée). Beau temps, belle mer, le voyage est très agréable et, en passant dans le canal séparant l’île d’Eubée d’Andros, nous constatons que l’énergie éolienne est bien active sur Eubée (Euboa, d’après Ptolémée): une bonne vingtaine de ces engins tournent au gré du vent.
Après avoir passé un premier cap et parcouru quelques milles de plus, nous nous arrêtons au mouillage dans une petite baie abritée pour le repas de la mi-journée. Moment agréable, sympathique et au soleil.
En poursuivant notre route, nous apercevons, de loin, un assez gros navire drossé sur la côte, il semble qu’il s’agisse d’un cargo. Le vent du nord, le Borée, a dû être fatal à celui-ci…
A l’arrivée, nous portons le fer (mouiller l’ancre) dans la baie d’Andros, la ville principale de l’île, qui se dit aussi Hora et effectuons un débarquement pour une première approche du lieu. Joli village auquel il faut accéder par de longs escaliers pour déboucher dans la rue principale, très commerçante et aux boutiques plutôt luxueuses. Le site est agréable et bien léché. On sent ici une certaine aisance ou richesse pas toujours ressentie dans d’autres villages. Il est vrai qu’Andros est une île de navigateurs et d’armateurs qui ont plutôt réussi dans leur pratique commerciale, ce qui doit expliquer les belles maisons et les magasins aux vitrines bien garnies.
En montant la rue, nous trouvons la bibliothèque ouverte et par curiosité nous y entrons. L’accueil souriant d’une dame nous permet de voir de nombreux ouvrages d’art et d’histoire de l’art, en français, sur les étagères. C’est un peu surprenant mais on apprend, un peu plus tard, qu’il y a dans une rue voisine un beau musée d’art moderne malheureusement fermé, comme celui d’archéologie et d’histoire maritime. La saison automne-hiver n’est pas favorable aux navigateurs soucieux d’ouvrir leur champ culturel…
Le lendemain, nous partons faire une randonnée dans les environs, à pied. Un peu au hasard, nous empruntons une route puis un sentier bordé de maisons et d’arbres chargés de citrons et d’oranges. Ensuite, la colline avec des chapelles blanches et d’autres sentiers bordés de murs en lauzes, remarquables. Souvent aussi des sortes de cabanons de pierres sèches nichés dans des abris sous roche, une belle utilisation du matériau trouvé sur place. Notre pique nique se fait sous un abri en surplomb car la pluie commence à tomber. Nous rentrons avec des oranges et des citrons glanés en chemin et de l’eau sur la tête, mais heureusement elle ne nous accable pas trop.
Le lendemain, nous rejoignons le quai du port de pêche car un coup de vent de nord est annoncé.
Effectivement, avec une forte pluie, le vent forcit au point qu’il nous faut tisser une véritable toile d’araignée pour amarrer sérieusement le Manguier. Dans ces cas, on fait le gros dos et on attend que ça passe. En passant justement, on se fait copain avec une bande de trois oies qui arpentent le port et le quai en marchant ou en nageant (la distribution de pain facilite ce genre de sympathiques relations). Après ce coup de vent qui s’atténue tout de même un peu, mais crée un désagréable ressac, nous prenons un bus pour aller dans le nord de l’île, à Gavrio. Malheureusement les horaires de bus ne sont pas très pratiques et c’est un voyage presque éclair que nous faisons, en ayant à peine le temps de manger de la chèvre en ragoût dans un petit restau populaire.
La pluie reprend son cours en revenant et c’est dommage, surtout pour nos amis venus de loin. C’est comme ça l’hiver dans les îles grecques, du moins pour les navigateurs du Manguier cette année.
Comme le séjour de l’équipage de Vagabond est en voie d’achèvement, nous reprenons la route de Lavrion par le sud de l’île.
Nous mettons à profit un mouillage dans une petite baie bordée de hautes falaises pour se livrer à la pêche aux oursins menée de main de maître par Cécile et Eric, vaillants plongeurs en apnée (en combinaison quand même !). La pêche est fructueuse et nous nous régalons d’une vingtaine d’oursins bien remplis dans l’ensemble.
Retour à Lavrion, avec une mer de travers, un peu dure, puis venant de l’arrière après avoir changé de cap sur l’arrivée. Ca va mieux ! Débarquement à notre poste préféré des membres supplétifs du Vagabond qui reprennent l’avion pour Paris. A un de ces jours pour d’autres aventures que l’on espère moins humides !


Une réflexion sur “Andros, par Ph. Rigaud

  1. Merci Philippe pour le récit de notre épopée commune, c’était un régal de découvrir Andros avec vous. L’escale à Kéa était courte mais mémorable également, j’espère que ton nez, lui, a oublié l’accostage !
    Amitiés bretonnes et joyeuses fêtes à tous,
    Eric

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