De Santorin, nous faisons route vers Iraklia, une petite île au sud de Naxos.
Le port, modeste, accueille notre navire qui s’accoste sur un quai en eaux assez profondes. Le village, au fond de cette petite baie rocheuse, paraît endormi comme souvent dans les îles visitées, mais quelques pêcheurs vont et viennent avec leurs petits caïques. Ce petit port vit au ralenti, mais, pendant notre séjour, le ferry des Small Cyclades Line viendra chaque jour se coller par la poupe, juste à coté, pour rapidement débarquer quelques rares passagers venus en fin de semaine visiter leurs familles ainsi quelques marchandises que les habitants sont venus attendre avec leurs pick-ups ou autos.
Sur l’unique quai, une activité nocturne bat son plein même s’il fait du vent ou s’il pleut (pas trop quand même). La pêche aux seiches fait venir cinq ou six personnes qui lancent des fils avec un appât ou un leurre et retirent de temps en temps une des ces créatures à tentacules attirées par les lumières du port et trompées par l’artifice qu’on leur propose.
Le jour de notre arrivée, nous allons voir près du village le kastro vénitien, planté sur une petite colline au dessus de la baie voisine. Celui-ci n’est pas très spectaculaire comme d’autres visités lors de nos précédentes pérégrinations, il est même plutôt bien ruiné. La montée est facile encore qu’avec quelques épineux…
De rares bâtiments vaguement debout et pas trop effondrés ont servi d’habitations voici relativement peu de temps et l’un d’eux paraît servir de bergerie pour les chèvres ou les moutons.
Nous cherchons nos graffiti préférés sur les quelques enduits toujours en place, mais rien, la marine n’a pas inspiré grand monde sur ce site oublié. D’ailleurs, j’imagine volontiers un petit noble vénitien au XVIe ou XVIIe siècle obligé de garder ce petit comptoir, rongeant son frein en attendant quelque galère ou nef de passage et en pensant à sa prochaine mutation en un lieu un peu plus actif et plus distrayant. Le début d’une histoire ou d’une nouvelle à écrire… ?
Comme nos guides parlent d’une grotte dite d’Agios Ioannis et d’une possible ascension au sommet de l’île nous décidons, pour ce beau lendemain qui s’annonce, de faire cette randonnée.
Effectivement, la balade est très agréable parmi ces sentiers de cades et de chemins de pierres. Au bout d’une bonne montée ponctuée par des montjòias indiquant la voie, nous arrivons sur un petit col puis, par une descente un peu raide sur le flanc ouest de l’île, nous parvenons à la cave (comme indiqué sur quelques panneaux) en remontant dans un petit vallon étroit. Le porche de la grotte est très grand et plus loin la cavité paraît bien obscure; de toute évidence elle sert d’abri aux chèvres et aux moutons. Nous l’explorons avec nos lampes mais rien d’extraordinaire, si ce n’est une épaisse couche de fumier, surtout vers l’entrée.
Quelques mètres plus loin, sur notre destre, au-dessus de deux petites restanques dont les pierres sont blanchies à la chaux, une autre entrée indique une grotte. A coté, sur un arbre, une cloche attend son sonneur.
En vrai, la speleios d’Agios Ioannis est bien celle-là. Il faut se baisser et ramper un peu avant de pénétrer dans une grande salle obscure et un peu humide. Dans un coin, une sorte d’autel avec les inévitables icônes et quelques bougies que l’on allume pour améliorer nos lampes, plus modernes mais nettement moins romantiques dans cette jolie grotte.
Des stalactites et stalagmites, de belles dimensions tendent à montrer que cette baume a fait partie d’un réseau actif dans une période ancienne. Elle paraît se prolonger encore, mais le passage devient étroit et assez chaotique. Le Guide du Routard rapporte que la tradition dit qu’un souterrain conduit jusqu’à Ios, l’auteur dit aussi qu’il n’a pas vérifié, nous non plus d’ailleurs, faute de temps bien sûr. Encouragés par cette visite dans les profondeurs insulaires, nous entamons la montée vers le sommet culminant de l’île. Nous l’atteignons au bout d’un bon moment dans un terrain pentu, rocailleux et buissonneux (1/2 h dans le GdR !).
On remarque en montant que dans ce terrain à faciès sédimentaire (calcaire !) on trouve par endroits des pierres de provenance volcanique, qui ne semblent pas avoir un faciès vraiment indigène. J’ose supposer une pluie de projectiles célestes venant de l’île de Santorin voisine d’une dizaine de milles qui, un beau jour, a décidé d’exploser et de se projeter dans l’atmosphère. Mais bien sûr, ce n’est qu’une hypothèse…
A l’arrivée, pique-nique près d’un sommet finalement assez plat et couvert de buissons, mais à l’abri du vent plutôt frais à cette altitude. La descente vers le village principal et au-delà vers le port est assez aisée. En arrivant au village, Chora, tout blanc, mais aussi très rural (il est à noter que la plupart des villages des Cyclades se nomment Chora, enfin du moins, un par île), nous rencontrons un vieux monsieur sur son âne qui très gentiment m’invite à monter dessus, pour la photo (asinum asinus fricat). Pas de protestation dudit âne qui se montre coopératif…
Dans le début de la nuit, le vent passe au nord et nous oblige à déménager un peu prématurément, et nous allons mouiller à l’abri dans une baie abritée de l’île voisine.

