Repartant de Cythère sous les nuées, nous parvenons sans difficulté à doubler le cap Maleas (ou Malet) et après une halte repas dans une jolie baie assez sauvage, nous sommes en vue de Monemvasia. Dans ce site extraordinaire, nous resterons presque une semaine en raison du temps, peu propice à la navigation.
Accosté à un quai fréquenté par les pécheurs à la ligne (le jour et la nuit), nous mettons à profit ce séjour assez long pour visiter les lieux. Un énorme rocher de très grande hauteur formant une île (en réalité une presqu’île reliée au continent par une petite route) abrite sur son coté sud un joli village fortifié, abandonné dans les années cinquante. Celui-ci est maintenant réhabilité et restauré. D’ailleurs quasi toutes les maisons ont été remises en état et celles qui ne le sont pas sont soit en cours de travaux, soit encore en ruine (sans doute pour peu de temps). Le village est pratiquement désert en cette saison (les maisons sont toutes fermées) et les seules "traces de vie" sont celles des commerces établis le long de la rue principale et restés ouverts (bars, restaurants, boutiques de "souvenirs").
Le kastro de Monemvasia paraît s’animer en fin de semaine, moment où de nombreux Grecs viennent passer un moment dans les bars et les nombreux restaurants. Tous ces gens (plutôt jeunes) sont bien habillés, plutôt chics et ne paraissent pas vraiment se balader sur la citadelle (ils ne sont pas équipés pour ça). A contrario, l’équipage du Manguier (moins chic) est bien motivé pour visiter la partie supérieure sur laquelle on accède par un chemin caladé, entouré de murs, et suivant en lacets une pente assez forte. Passé la dernière porte (il y en a deux avant d’arriver sur le plateau fortifié), on découvre un vaste panorama depuis les toits du village jusque vers le cap Maleas à l’ouest et au sud, au nord une grande baie et les montagnes avoisinantes, et presque tout autour la mer agitée par le vent d’ouest.
Lors de diverses visites (il y en aura plusieurs) nous découvrons parmi les ruines – le site de hauteur est complètement ruiné hormis quelques rares bâtiments dont l’église Hagia Sophia bien restaurée mais fermée – de nombreuses citernes souvent dissimulées sous les broussailles et dispersées sur le plateau. Comme elles sont ouvertes et souvent éboulées, on peut y pénétrer assez aisément (hormis la gêne de la végétation dense et épineuse). Et c’est là que commencent les découvertes, un des buts du voyage: les graffiti navals.
Un premier navire est trouvé dans une petite citerne, il s’agit d’un joli voilier – avec une voile à corne et une polacre – dessiné au crayon sur la paroi enduite.
Nous photographions ensuite dans une vingtaine de citernes une trentaine de navires qui sont soit dessinés au charbon, au crayon (ou mine de plomb) ou bien gravés avec une pointe métallique. Hors les noms de visiteurs (ce qui ne retient pas notre attention, on ne peut tout faire…) pas ou peu de choses intéressantes, sauf le dessin d’une pièce d’artillerie (deuxième moitié XIXe s.).
En redescendant du plateau et dans les premières maisons du village, notre attention est soulignée par les restes d’une église en ruine dite Hagios Iohannis, celle-ci est réduite à quelques pans de murs qui portent encore à certains endroits des traces de peintures. Du haut du chemin, nous distinguons sur un mur quelques traits qui paraissent suspects à nos yeux avertis. Bien évidemment, il s’agit d’un navire et pour être plus précis, une galère sous rames avec son antenne latine portant flamme à la penne. Étant le fait que Monemvasia fut sous la domination de Venise (XVIe-XVIIIe s.) nous pensons à un navire de la sérénissime, mais la flamme n’est pas dessinée avec suffisamment de détails, on en restera donc à cette hypothèse. D’autres dessins de navires furent gravés sur les murs de cette église. Malheureusement, les enduits en mauvais état ne permettent que de distinguer des fragments de traits qui, s’ils sont sans ambiguïtés, ne sont pas suffisants pour être relevés (il faudrait consacrer une mission et du temps pour cela).
En poursuivant notre exploration du site, nous empruntons le joli sentier faisant le tour de cet énorme rocher, depuis la jetée où nous sommes accostés coté ouest jusqu’à l’entrée fortifiée à l’est du village. Au bout de quelques centaines de mètres, nous parvenons à une grande citerne, au dessus de la mer, dans l’ombre tutélaire du roucas. Elle est éboulée en partie et ouverte comme celles du plateau. Nous regardons et découvrons, parmi de nombreux noms dispersés sur les enduits, il fallait s’y attendre, la grande gravure d’un vapeur avec une date éventuellement associée: 1912. Contents de nous et de cette découverte originale, nous terminons notre randonnée et rentrons nous mettre au chaud.
Le lendemain, nous parlons de notre passion pour les bateaux, les graffiti et donc de la citerne à des gens très sympathiques (français) rencontrés près du bateau et qui voyagent en camion aménagé. Ceux-ci intéressés (on fait des émules !) nous disent après leur visite avoir vu un autre vapeur qui avait échappé à notre sagacité. Touchés au vif par cet oubli (impardonnable), nous repartons en chasse le lendemain. Effectivement, le vapeur supplémentaire est bien là et un autre encore. Ça fait trois, pas mal d’autant que ce sont des représentations assez rares dans le corpus (un dans une citerne du plateau).
Comme il ne faut rien laisser passer dans cette citerne, nous examinons avec encore plus d’attention les parois. Cette exploration soutenue est récompensée par une découverte assez exceptionnelle (disons le): il s’agit de la gravure d’un navire du XVIIe ou XVIIIe siècle (une date -1693- y est peut être – sûrement (?) – associée). De même des noms à consonances italiennes se trouvent proches du dessin. Il s’agit d’une coque à deux ponts et dunette d’un navire de commerce (probablement) munis de sabords, son gréement, inachevé ou détruit par réfection de l’enduit dans les parties supérieures, est formé de trois arbres à enfléchures, avec sur le beaupré, au départ de sa proue à la poulaine, un mâtereau vertical portant une voile de perroquet. Sur la poupe une grande bandière rectangulaire porte la référence emblématique de la sérénissime: le lion de San Marco.
Au dessous de ce grand navire, la mer est représentée par des ondes courant le long de la coque et un monstre marin, comme sur les cartes anciennes, y nage avec grande noblesse.
Il s’agit véritablement d’un graffiti de qualité dans le corpus rencontré à Monemvasia. Le latex emporté un peu précipitamment n’étant pas du latex pur mais du sikalatex, l’empreinte est difficile à réaliser. C’est avec les moyens du bord que nous en ferons un moulage, c’est à dire en subtilisant de façon discrète la pâte à modeler d’Agathe …
Placé dans le registre inférieur, un autre dessin de navire – il semble reprendre celui du dessus (?) – a également été gravé, mais celui-ci est l’œuvre d’un artiste moins distingué. Beaucoup plus fruste, il ressemble un peu au précédent. On distingue cependant une originalité par la présence de canons dans les sabords (de petits ronds dans les ouvertures carrées).






Quel bonheur de voir toutes ces photos de la Grèce et de vous tous! Pour les textes, ce n’est pas facile, il y a pas mal de caractères étranges. Bon Philippe je vois que tu lézardes toujours avec un certain panache; Cécile tu es absolument ravissante en déesse pleine de douceur et de grâce ; Agathe est à fondre (mais on me l’avait déjà dit!) quant à Philippe en inspecteur-graffiti je regrette de louper ça…
Par la pensée, je vous accompagne de toute ma sincère affection dans ce beau périple. Reposez-vous, reprenez vos forces pour les nouvelles aventures qui vous attendent avec cet épatant Manguier.
Paix Amour Espoir
Eva
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Merci Philippe (R.) pour cette balade « graffitique » dans les bas-fonds des citernes Monemvassiennes qui réservent de bien belles surprises (joli coup que votre trouvaille du spécimen avec monstre marin). Cette permanence des graffiti marins ne cesse d’émerveiller. A ce titre comme à d’autres encore sûrement,Monemvassia, c’est : un roc !…. c’est un pic ! c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule !
Et félicitations à toute l’équipe (je devrais dire l’équipage) pour la sortie du bouquin qui je le souhaite ardemment reprend l’histoire de ces découvertes « graffitiques ». Au plaisir de vous lire. Amistats
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