Monemvassia, ville au bord de la mer
Hors du temps, hors du monde, dos à la terre, face à la mer, greffée sur un bout de montagne sans nul doute directement descendue du ciel, Monemvassia se reconstruit sur le schéma de ses ruines, se relève avec ses propres pierres.
Il y a plusieurs siècles des peintres sans l’avoir peut-être jamais vue l’ont peinte. En cette saison, les milliers de fleurs sèches des poireaux sauvages qui tapissent le sol forment, agitées par le vent, une nébuleuse de boules d’or.
Les bouchères
Un soir était-ce à Gythion ? J’ai croisé à plusieurs reprises, flashée dans la lumière crue d’un néon, la silhouette massive d’une femme à l’ouvrage derrière son billot. Le hachoir à la main, la viande en attente. Aujourd’hui à Monemvassia, le week-end approchant, le marché aux légumes appétissant, Philippe a des envies de fourneaux. Un couscous ? Mais oui mon chéri ! Il faudrait de l’agneau ou du mouton. Je me mets en quête d’une boucherie, repérée la veille au soir. Je la retrouve avec à son bord une grande et plantureuse grecque oxygénée. J’essaie de me faire comprendre : un morceau de collier. Elle s’engouffre dans une chambre froide et en ressort l’agneau entier à bout de bras, l’étend sur le comptoir, enfourne la main dans la panse, en retire d’un geste sec une pleine poignée d’abats. Je lui désigne, hésitante, la partie qui me semble correspondre au couscous. Sans un mot, elle empoigne à nouveau la bête, lui tranche la tête et se dirige vers une longue scie à ruban pour la fendre en longueur. Douce musique grinçante ! Puis elle me dégage le cou en me jetant un regard interrogateur. Oui, oui cela fera certainement l’affaire …


