De Bastia à Ithaque

Veille de départs

Veille des grands départs … le Manguier se prépare à larguer les amarres pour quelques ronds dans l’eau, mais élargis ! Destination la Grèce, et, si tout se passe bien, le Bosphore et la Mer Noire jusqu’en Géorgie. Une sorte de pèlerinage puisqu’il y a 31 ans exactement, je quittais Bastia (c’était le 16 septembre 1976!) en compagnie de Michel sur notre vaillant petit Muscadet qui devait nous mener jusqu’à l’entrée de la Mer Noire.
Une dernière soirée nostalgique dans le Vieux Port, et le réveil sonne …

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En route …

Ignazzio n’est pas parti en pêche ce matin. Hier ils ont cassé le treuil du chalou comme il dit. Mauvaise journée. Il est debout, et nous accompagne d’un petit signe de la main. Nous quittons Bastia au lever du soleil, une grosse boule d’or au levant. La mer est d’huile, le ciel de… de javel, pour la rime tiens. Le ciel de pastel, ça convient mieux, légèrement rosé. La ville endormie, un oiseau chante quelque part dans un jardin vers la citadelle, un autre lui répond de l’autre côté des quais. L’angélus de 7 heures va bientôt sonner. On se faufile entre les jetées. On prend le large, la poudre d’escampette. Au revoir Bastia, tagada, tagada les chevaux du Manguier prennent leur allure. A bord : Phil le cap’tain, Philippe le matelot, Cécile la matelote, Agathe la moussaillote. Le départ est paisible, discret.
Vers quoi ? Jusqu’où ? Jusqu’à quand ?
« Le parfait voyageur ne sait où il va » komkidisé, le grand Sage.
Magnifique journée de navigation ronronnante le long de la Corse dont l’épine dorsale est déjà mouchetée de neige. Nous arrivons vers seize heures aux Lavezzi, l’heure de la baignade sur sable fin bordé de rochers de granit. La mer est toujours aussi calme. Abrités du SE dans notre petite anse, le ciel poudroit, rougeoit, s’enflamme puis s’éteint. Durant toute la nuit plus rien ne bouge, le Manguier s’est figé.
CZ

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Les îles Lavezzi

Remarquables dans le détroit de Bonifacio, elles offrent d’intéressants abris dans lesquels on peut se glisser. Ce qui fut le cas pour nous dans une petite baie dont les rochers aux formes étranges évoquent les premiers temps géologiques. De fait il s’agit de roches endogènes car nées les premières des forces telluriques qui ont façonné et dispersé cette zone aux confins de la Corse.
Cette escale première au contact direct des granits primitifs est aussi placée sous le signe du soleil et de la douceur de la mer. Une évocation également qui rappelle le naufrage tragique de la frégate « La Sémillante » en 1855. De fait, « Le Manguier » est mouillé face au cimetière créé à la suite de cet accident et où furent ensevelis les victimes. Le site avec sa végétation rase est très beau et paraît tranquille. Il faut sans doute l’imaginer un soir pendant une tempête d’hiver…
P. Rigaud

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Bocca de Bonifacio

Départ au petit matin, par une bonne brise d’est qui nous pousse avec légèreté et fermeté à travers les Bouches de Bonifaccio. Cap sur l’Asinara, pointe NW de Sardaigne, car les prévisions météo pour le reste de la semaine donnent du vent d’est. Belle journée de navigation sous le soleil et avec une mer formée mais de l’arrière. Passé Asinara, c’est à nouveau le calme jusqu’à Alghero où nous mouillons à la nuit devant le port.

Alghero

Journée farniente à Alghero. Parc d’enfants avec Agathe. Contrôle des papiers par la guarda costiera.

La Sardaigne

Cette grande île de la Méditerranée, la deuxième après la Sicile en superficie, est abordée par la côte ouest. En effet une annonce d’orage sur l’est nous incite à prendre cette route occidentale. Le vent nous est favorable et assez rapidement nous longeons un littoral assez élevé et aux formations géologiques remarquables qui évoquent presque tout du long une orogénèse volcanique.
Dans la Cosmographia de Ptolémée (IIe s. ap. J.C.), la Sardaigne occupe et partage une planche particulière avec la Sicile*. Logiquement cette Sardinia insula prend place entre la Sardvm Mare vers l’Occident, la Tirenvm Mare à l’Orient et au Septentrion et la Mare Affricvm du coté Méridional. Toujours d’après cette belle carte, on note que cette île est habitée de nombreux peuples dont les noms sont marqués en rouge. En voici quelques uns. Vers Borée, les Tibulacii, vers le couchant mais encore boréaux les Curtii, puis les Salcitani et vers le levant les Luqudonenses et d’autres encore en se dirigeant vers la pars meridionali…
Les villes ou agglomérations sont marquées en noir, bien sûr elles ont plus nombreuses.
Notre première escale, Alghero, ville placée sous la domination aragonaise (catalane) au Moyen Age, a conservé une grande partie de ses remparts et fortifications surtout du coté mer (portes, tours) souvent de dimensions imposantes. On remarque que les noms des rues sont bilingues (italien et catalan) mais les noms diffèrent souvent (sous Mussolini les noms qui n’étaient pas suffisamment « italiens » furent revus dans un sens plus « national »). Il en subsiste peut être quelque chose dans cette double toponymie.
Il est difficile d’identifier Alghero avec une ville ou agglomération portée sur la carte de Ptolémée, peut-être ce Portus Herminii légèrement au nord d’une chaîne de montagne fortement marquée d’ouest en est.
Le 11 avril 1434 un contrat fut établi par notaire à Marseille pour la pêche au corail en Sardaigne dans la région d’Alghero. Une zone réputée pour la qualité de ce produit. Un équipage fut donc constitué pour armer une barque dont voici le détail des fonctions :
…Matheus Cordani poperius dicte barchie… le poperius est le marin placé en poupe
…Jacobus de Arens et Anthonius Romei… proherio…, le proherio est celui de proue
…Huguetum Jarbino…megerio… ce dernier est au milieu de la barque. En fait ces fonctions doivent définir des responsabilités et probablement une hiérarchie qui apparaît souvent bien marquée dans les contrats.
En visitant la ville nous constatons aux vitrines de nombreuses boutiques et bien après cette date assez éloignée dans le temps que le travail et le commerce de ces précieuses branches est encore une pratique toujours active (mais le corail exposé vient-il encore de Sardaigne ?).

Comme nous continuons toujours plus au sud, nous doublons sur notre destre l’isola di Mal di Ventre. Une petite insula plutôt plate et signalée par une tourelle. Le nom est étrange et fait penser au mal de mer ou à un flux intestinal assez désagréable. Je me suis laissé dire et je pense que c’est la vérité que dans ses abords gît une épave antique qui transportait du plomb comme chargement. Il est donc vraisemblable que les poissons et crustacés pêchés dans les environs puis consommés par les habitants aient été atteints de saturnisme aigu par diffusion de plusieurs tonnes de litharge (oxyde de plomb). Il est vrai que l’abus de ce métal nuit à la santé. L’expérience intestinale et au delà fut suffisamment forte pour marquer les corps et les esprits et pour que cette petite île soit marquée du sceau nominal de la douleur.
L’étape suivant sera l’île de San Antioco proche de celle de San Pietro. Cette dernière est très souvent mentionnée dans les portulans médiévaux de la Méditerranée car elle est la dernière étape sur la route vers les Baléares ou bien la première en venant de cette direction. (Je rappelle qu’un portulan est un livre d’instructions nautiques. Ce terme est, en français – pas dans les autres langues- trop souvent confondu avec la carte nautique). Dans l’œuvre ptoléméenne elle est dénommée Iberacum, ce qui semble corroborer l’orientation vers la péninsule du même nom. Quant à San Antioco elle porte le nom de Melibode. Ce nom antique me laisse d’ailleurs perplexe et pour l’instant sans proposition mais sans doute un chercheur sarde a publié une docte étude à ce propos.

D’après l’édition du Ms latin VF. 32 de la Biblioteca Nazionale di Napoli, Claudii Ptomlomaei, Cosmographi. Tabulae, intr. L. Pagani, Paris, Booking International, 1990.
P. Rigaud

Vent contraire

Journée de navigation jusqu’au sud de la Sardaigne. A la tombée du jour, nous envisageons de continuer la route sur Annaba, mais le vent de SE est encore assez fort (28 kts), et surtout la mer est bien formée. Repli stratégique sur le nord de l’’île de San Antiocho, dans une petite baie où nous mouillons pour la nuit. Une petite heure de navigation en travers de la houle aura suffi à nous rappeler que tout doit être solidement amarré à bord (ces journées de pétole nous l’avait fait quelque peu oublier !!!).

Véronica et Renato

Nous nous amarrons à couple d’un gros chalutier sarde de 30 mètres, le Véronica, dans le petit port de Calasetta. Le patron, Renato, vient boire le pastis à bord. Bien content de pouvoir être dans le port pendant le week-end. Soirée du samedi soir sur la place du village (2500 habitants). Agathe joue avec Carolina (mais ça n’a pas été sans peine). Bonne ambiance dans ce patelin.

Manguier_calasetta_2

Opération Grenouillère

On a décidé d’appareiller dans la nuit pour arriver à Annaba avant la nuit. A 3h00, nous passons les feux du port. Traversée un peu agitée, avec vent de N/NW qui lève une mer croisée avec un restant de houle de SE croisée avec un peu de SW … la Méditerranée quoi ! La poupounette est un peu malade, mais heureusement dort la plupart du temps. En fin d’après-midi, nous apercevons la côte, et entrons dans le port d’Annaba vers les 17h. Nous y retrouvons nos connaissances du mois d’avril (le capitaine du port et le garde-côte, toujours aussi gentils et attentionnés : tout de suite un cadeau pour Agathe, du beau raisin !). Mais pour le gas oil, demain, car c’est ramadan !

Annaba

Coke and stock

Annaba, son port sans visa par Ramadan…
Un convoi incessant de vieux camions benne transporte des tonnes de vieille ferraille déchargées puis rechargées par d’énormes grues sur un immense bateau.
Annaba, c’est gris, bruyant, on attend, enfermés dans l’enceinte du port. La rumeur de la ville nous renvoie un concert de klaxons de voiture, sifflets de police, sirènes, alarmes, appels à la prière.
On attend le gas-oil, mais le camion citerne est en panne, et la barge de ravitaillement est vide, car revenue la veille d’Alger… on attend … la matinée, l’après midi. On a failli partir. D’autant que le gas-oil a augmenté et qu’il se vendrait 42 centimes le litre ! pour 27 en avril ! on attend … et puis tout d’un coup, le camion citerne arrive, dans un crissement de tuyaux ! on se met d’accord sur le prix, et on charge nos 10.000 litres ! plein à ras bord le Manguier !
Soirée à bord bien sûr, car pas de visas ! la prochaine fois, ce serait bien d’en avoir un, car en Algérie, le gas-oil local est à 0,137€,/l !
CZ

Annaba l’antique Hippo Regius

Annaba l’antique Hippo Regius et plus récemment Bône est surtout connue dans l’Antiquité pour avoir été la ville de saint Augustin qui en fut l’évêque.
Comme il s’agissait d’une ville assez importante de l’Africa minor dans la province de Numidie elle est donc portée sur la cosmographie de Ptolémée.
Comme nous ne pouvons sortir du port en raison d’absence de visa notre appréhension du site reste limitée aux hautes grilles du port et à l’activité portuaire.
Celle-ci est d’ailleurs marquée sur notre quai par une incessante rotation de gros camions chargés de ferrailles à recycler et qui vont alimenter en face de nous deux grandes grues chargées de vider avec fracas toute cette ferramente dans un grand cargo indien pour le compte de la multinationale Mittal (ce qui est confirmé par l’officier de port venu nous rendre visite pour les papiers d‘accueil). Au fur et à mesure du chargement le cargo commence – assez lentement il est vrai – à enfoncer sa ligne de flottaison.
Puisque nous sommes placés au premier plan, on constate l’appétit de métal des pays émergents comme disent les économistes.
Au fond de la darse un cargo sous pavillon de CGM est chargé de containers puis, cette assez longue opération réalisée, il sort et laisse la place vide qui est occupée peu après par un autre navire.
Devant nous, à la file, deux grosses vedettes de la marine algérienne. Les marins passent un moment à astiquer et piquer la rouille et de temps en temps se font engueuler par un officier marinier venu vérifier l’avancée du travail. Ils enlèvent les bâches des canons bitubes à l’arrière et à l’avant puis les remettent à la fin de la journée. Il ne semble pas se passer grand chose à bord si ce n’est que, dans la soirée, la première vedette fait un tour dans la darse, vire puis part en patrouille, et le lendemain matin est de retour. On nous a dit que beaucoup de gens d’Annaba tentaient de partir clandestinement en Europe via la Sardaigne, il y a des naufrages et des pertes humaines ce qui doit expliquer les patrouilles maritimes.
On constate une assez grande activité dans ce grand port industriel. Du charbon et des produits chimiques sont transportés par des minéraliers et des chimiquiers qui sont soit en rade à l’attente, soit dans les darses (on note la présence d’un grand minéralier russe) et vont alimenter de grandes usines à proximité. Dans le prolongement de notre quai, après la capitainerie, on remarque plusieurs remorqueurs de différentes tailles. Certains paraissent très récents et même presque neufs, il s’agit de navires de fabrication néerlandaise.
Le chargement de fuel achevé après un temps d‘attente incertain due à la panne du camion ravitailleur, nous repartons le lendemain matin sur la mer d’Afrique (Africum Pelagus) vers le levant, pour de nouvelles aventures en Tunisie.

Soyez les bienvenus !

Nous quittons Annaba au petit matin pour Tabarka. Assez fort vent de NW, et mer dure, voyage assez agité. On est bien content de retrouver le petit port de Tabarka. Formalités vite expédiées, on est un peu à la maison à Tabarka ! Mehri, qui a fait les travaux sur le bateau en avril, nous a vu entrer, et vient nous apporter un plein paquet de gâteaux au miel, spécial ramadan. Un vrai délice !!!

Tabarka sive Tobraca colonia

Tabarkaptolemee

Ayant longé les côtes de l’Africa minor, notre navire prend enfin port à Tabarka qui est noté Tobraca colonia sur la carte de Ptolémée notre cosmographe de référence. Le nom Tabarka/Tobraca, à l’évidence, n’est pas d’origine latine mais probablement issu du vieux fonds berbère ou punique (phénicien).
La mention additive colonia doit signifier que la ville ou du moins la bourgade fut officiellement fondée à l’époque romaine par des vétérans issus d’une légion qui venait peut-être de Bretagne, de Germanie ou encore de Palestine. Faute de documentation suffisante, nous ne pourrons savoir de quel limes provenaient ces vieux briscards qui après leurs 20 ans réglementaires de service obtinrent ainsi des terres (en général au détriment des indigènes).
Assez remarquable également et bien visible est la forteresse qui se dresse sur un îlot au NO de la ville (elle porte un phare). A l’origine, il s’agissait d’une île maintenant reliée à la terre par un isthme. Sur la carte de Ptolémée, une île assez grande (trop) paraît correspondre, elle est notée Calatha. On peut supposer qu’il y avait au moins une tour dans les périodes qui ont précédé l’édification du formidable château qui lui a succédé à l’époque moderne. Elle protégeait le port antique actuellement bien ensablé (il n’y a pas de vestiges antiques visibles). En fait là non plus, peu d’informations sur ce site que nous avons eu la chance de visiter (en principe la forteresse n’est pas ouverte au public bien que restaurée récemment).

Remparts_tabara

Le gardien du phare qui nous reçoit aimablement ne sait que peu de choses sur le site et on recherche, en vain quelques traces de graffiti (navals de préférence). Une efficace restauration n’a pas laissé beaucoup d’espoir de trouver quelque chose. On découvre cependant, comme le gardien nous l’indique, une inscription latine en réemploi sur le sol de l’une des terrasses supérieures, il s’agit d’une épitaphe funéraire sans doute assez tardive d’après le caractère un peu fruste des lettres tracées sur la pierre.
En fait cette forteresse, dans son état actuel fut édifiée par les Génois qui possédait le comptoir de Tabarka en vue de l’exploitation du corail dans le milieu du XVIe siècle. Elle a subi plusieurs remaniements, mais reste dans son ensemble assez homogène et en plutôt bon état. On remarque à l’est sur des pitons peu éloignés de petites fortifications qui précèdent l’approche de l’édifice principal. Ces dernières sont démantelées à peu près entièrement et cela certainement par l’usage de la mine, vu l’importance de certains blocs de maçonnerie dispersés sur les pentes. Quels sont les motifs et l’épisode qui ont justifié ces destructions ?
En faisant le tour du site, on note immédiatement combien il était nécessaire de protéger la partie nord et est car la pente n’est pas toujours très forte, à l’opposé du coté ouest la falaise abrupte et élevée l’est encore plus par le rehaussement du rempart et la position du donjon, formidable sentinelle placée sur les chemins de la haute mer et des rivages incertains.

Une visite à Bulla Regia

En concertation, nous décidons d’aller visiter le site antique de Bulla Regia à environ 60 kms au sud de Tabarka. Après un voyage mi en bus mi en louage (taxi collectif) nous parvenons en vue de la cité antique et découvrons les ruines.
Le paysage est celui d’une vaste plaine et au pied d’une montagne plutôt aride (comme au premier abord l’est d’ailleurs le paysage).
Passé l’entrée et quelques stèles funéraires (le musée du site est fermé), la visite commence par les thermes de la ville, assez bien conservés, des mosaïques couvrent les sols des différentes salles spécialisées selon l’usage. Ces dernières sont formées de motifs géométriques ou floraux mais pas de scènes figurées (absentes ou prélevées ?).
Ce qui apparaît tout de suite est le fait que les rues ont été dégagées (les fouilles paraissent anciennes) ainsi que quelques habitations et monuments importants mais la plupart des îlots urbains restent encore ensevelis par le sable, les pierres, les buissons épineux y croissent volontiers bien qu’un peu secs en cette saison.
La curiosité principale sont ces maisons souterraines, donc situées au-dessous du sol, qui permettaient aux gens aisés de se mettre à l’abri de grosses chaleurs et peut-être aussi de la température hivernale. Les vestiges aériens évidemment sont moins bien conservés, et ceux de dessous en meilleur état paraissent refléter en quelques sorte la vie au niveau supérieur. L’une de ces demeures en bon état montre le niveau de vie de ses habitants, mosaïques au sol, colonnades, petit atrium, grandes et petites salles anciennement décorées de marbres et d’enduits peints se succèdent agréablement.
Bulla Regia comme toute bonne et loyale cité disposait d’un théâtre. Nous y faisons en toute simplicité un pique-nique sur la scène face aux gradins restaurés. Peut-être que des concerts y sont donnés pendant la belle saison.
Nous errons encore un peu dans les ruines et après avoir grimpé sur une colline plantée d’oliviers, le site apparaît dans son ensemble. Cette colline toute proche a peut-être accueilli un temple, car des pierres de fondation au sommet laissent entendre un édifice important. Ce point de vue assez élevé est intéressant car il permet de mieux appréhender l’étendue de la ville et son environnement. De cette hauteur, on constate encore plus aisément que Bulla Regia est encore loin d’être complètement dégagée.
Du travail pour de futures générations d’archéologues…

Aït Srir

Nuit du doute. Les mufti sont réunis à la fin de la journée, et plusieurs coups de canon annoncent l’heureuse nouvelle : le ramadan est fini ce soir. Férié demain, et samedi, et dimanche.
A Tabarka, c’est la fête, malgré le temps pluvieux et les orages. La ville a retrouvé son animation, tout le monde est dans la rue, c’est vraiment super. Nous faisons le plein de vivres en prévision d’un départ pour la Sicile.

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Bizerte

Nous appareillons pour Bizerte, par vent calme, et malgré une mer formée d’est. D’ailleurs, peu de temps après le départ, le vent rentre. Pas très fort (25 kts), mais suffisant pour que le Manguier pioche allègrement dans les vagues. Arrivée à Bizerte en fin d’après midi, à couple d’un gros chalutier Sicilien.

Bizerte

L’arrivée à Bizerte se fait au port de pêche mieux adapté à notre ancien remorqueur habitué à fréquenter les navires de travail.

Chalutiers_bizerte

De fait, nous sommes accostés en troisième position de chalutiers d’assez belles dimensions et, de plus, nous sommes complètement entourés de nombreux navires de pêche bien souvent plus gros que le Manguier. Si le passage d’un navire à l’autre pour se rendre à terre relève un peu de l’acrobatie et au début de tâtonnements pour trouver le bon passage, nous nous y habituons assez vite.
Le port de pêche est aussi un assez grand chantier naval car il y règne un certain désordre «assez bordélique». On y construit et on y répare des bateaux de pêche de toutes tailles, depuis la simple barque jusqu’au gros chalutier de haute mer en passant par quelques voiliers en bon état ou réduit à l’état d’épaves abandonnées.
La distance de la ville depuis le port n’est pas très éloignée et on peut s’y rendre à pied en marchant d’un bon pas, ce que nous faisons à plusieurs reprises (mais parfois en taxi). La ville ne présente pas de caractères très originaux, on n’a pas vu de monuments ou sites remarquables, mais le séjour ne s’y prêtait pas.
A part, dans une petite darse dans la ville un navire assez extraordinaire, une sorte d’énorme pseudo galère carthaginoise construite en apparence sur une barge. Un décor de péplum des années cinquante revu, corrigé et augmenté par quelque obsédé anticophile atteint par la folie des grandeurs.
La veille du départ, nous effectuons une assez longue balade sur la grande plage à l’est du port. Au loin on distingue les silhouettes de deux gros navires tout rouillés et échoués, l’un d’eux est sur le flanc, l’autre est plus classiquement posé sur sa quille. La marche nous conduit jusque vers une petite avancée de roches se distinguant des dunes de sable en arrière de la plage. Au passage, on distingue sous l’eau à peu de distance du bord les contours un peu flous de l’épave d’un assez gros navire perdu depuis sans doute assez longtemps car rien ne dépasse de cette coque un peu énigmatique.
A l’aller mais surtout au retour, on rencontre des pêcheurs attentifs aux mouvements des poissons tout près du bord. Ces derniers utilisent comme filet des éperviers pour capturer des muges semble-t-il. La technique semble au point et le geste élégant, mais il ne paraît pas y avoir beaucoup de poissons prêts à se laisser saisir dans les serres de ces «oiseaux de carnage».

Sirocco

Escale à Bizerte plus longue que prévue. Un mauvais sirocco souffle dans le canal de Sicile. Même les pêcheurs attendent. On en profite pour bosser à bord. La turista vient s’installer à bord, et terrasse Cécile qui reste couchée deux jours durant. L’équipage, hagard, erre dans les coursives …

Sicilia sive Trinacrie

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Nous quittons Bizerte au petit matin (petit) en route pour l’île grande de la Méditerranée. Après un heureux voyage dans cette Mare Africum, un peu agitée quand même, nous parvenons à Mazara del Vallo dans le sud de ladite île.
Nous sommes bien accueillis au port de pêche en nous mettant à flanc d’un gros chalutier («un peu pourri ») et qui ne doit partir que le lendemain matin, en principe, ceci expliqué par un gentil monsieur venu sur place avec sa bécane. En réalité, après environ deux heures de notre arrivée, il faut laisser la place pour la manœuvre dudit chalutier qui part en course (non en pêche) et qui s’éternise dans son départ (enfin un peu). Bon, c’est pas grave et comme la ville paraît loin on ne reste qu’une nuit. Nous suivons ensuite une côte un peu morne assez urbanisée, sans trop de charme, hésitons pour un arrêt à Porto Empedoclo, un joli nom qui évoque le philosophe qui a seulement laissé ses sandales au bord de l’Etna. Là aussi, la vieille ville en hauteur, Agrigente, malheureusement masquée par d’assez moches immeubles élevés, paraît éloignée d’un port environné d’installations industrielles plus ou moins en friches. Devant ce paysage un peu déprimant, nous poursuivons notre périple toujours plus loin vers l’orient insaisissable. En passant Porto Empedoclo, nous regardons avec plaisir et un peu de regret les trois beaux temples grecs d’Agrigente se détacher d’une zone un peu trop mal construite, dommage…

Licata, portus

Licata_le_phare

Par la suite, la côte s’harmonise avec des paysages variés, falaises blanches bien stratifiées ou ocres, basses avec de jolies plages, hauteurs couronnées de tours de guet et d’un beau château arabo-normand (c’est moi qui le dit, enfin le suppose d’après le style).
Image : Rigaud jumelle
Après cette nouvelle et heureuse route littorale, nous parvenons à Licata, un grand port bien protégé surmonté par un fort nous mettant ainsi sous sa protection. L’arrivée n’est pas aisée en raison du vent d’ouest assez fort, mais un personnage bien au fait des amarrages délicats nous donne la main et, à la suite, nous indique un restaurant dont nous avons besoin pour cause d’envie de poissons ou autres. En fait, le restau recommandé par Zio Ciccio ne nous convient pas (cher) et nous trouvons une trattoria convenable: bien la friture mixte – polipos, tautenas…, funghi – et bonnes les pizzas, le tout arrosé d’un Nero d’Avola.
Le temps ayant décidé de rester couvert et le vent fort on se propose quelques sorties.

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On commence par les hauteurs au-dessus de la ville et on monte par des rues et autres venelles raides comme la justice jusque vers une petite église et au-dessus le fort que des dames nous invitent très aimablement à visiter (XVIe-XVIIe s.).

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On découvre quand même un graffito qui semble être naval mais comme le reste a été restauré (plutôt bien), s’il y avait quelque vestige glyptographique, il n’en reste plus grand chose. Dans quelques salles, des objets archéologiques provenant notamment de fouilles sous-marines: les pièces métalliques en fer (ancres, pièces d’artilleries) non restaurés souffrent d’une desquamation aigue. D’autres salles sont consacrées aux objets agricoles et du quotidien (XIXe-XXe s.). La vue vers le port est assez belle par dessus les toits, vers le nord, on découvre une grande plaine cultivée et peuplée de collines plutôt pelées dans un lointain relativement éloigné.
Le lendemain, nous décidons d’aller voir la Villa Imperiale del Casale, une très intéressante villa antique (ca. IIIe s. ap. J.C.) d’après le guide de la Sicile, près de Piazza Armerina dans l’intérieur de l’île. Le bus nous conduit à Gela et là nous restons en rade faute de bus pour y aller. Contre mauvaise fortune, nous allons visiter la ville avec ses grandes rues un peu vides (un dimanche) et sa place près de l’église, remplie d’hommes (presque exclusivement), un peu endimanchés, discutant et buvant dans les bistrots.

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Le musée archéologique est ouvert heureusement et ses collections sont remarquables par la diversité et la qualité des objets présentés, à recommander aux amateurs. Nous revenons à Licata en bus assez tôt dans l’après-midi.
Le lendemain, ne voulant pas rester sur un échec, nous louons une caisse pour enfin voir le site de Villa Imperiale del Casale. Un parcours intéressant dans un paysage assez varié et agricole (figuiers de Barbarie en grande quantité -industrielle ?-dans un passage de la route). Effectivement, la Villa Imperiale est un monument de qualité et important surtout pour la diversité et la qualité des mosaïques décorant les sols. On ne s’est pas trompé en allant visiter cet endroit, de même une quantité de touristes venus en car. Allemands, Italiens, Canadiens avec qui il faut ruser pour éviter les bouchons sur les rampes d’accès et les passerelles de visite. Pique-nique dans une forêt de pins et d’eucalyptus puis recherche du site grec de Morgantina. Placé sur une sorte de promontoire au dessus d’une grande plaine collineuse, les ruines sont moins spectaculaires et donc de ce fait moins visitées. Il y a tout de même un charme certain dû à la hauteur et au paysage tranquille s’étendant loin. Là encore, le site est encore pour une grande partie encore inexploré (Image Ruines et Fossiles). Nous nous rendons ensuite au musée de Aidone qui serre dans ses collections les objets de fouille de Morgantina. La visite dans cet ancien monastère de Capucins est très agréable avec un accueil sympathique et une muséographie de qualité pour des objets tout aussi intéressants qui racontent la vie, les épreuves de Morgantina, sa fin et sa redécouverte déjà au XVIe siècle.

Finis terrae: Santa Maria di Leuca

De_finibus_terrae

En partant de Licata nous hésitons à nous arrêter en cours de route soit à Syracuse («j’aurais tant aimé voir Syracuse» comme dit la chanson), ville de l’ingénieux Archimède, Saragossa di Cecilia au Moyen Age et à l’Epoque moderne ou bien encore Crotone, ville de Milon, athlète et philosophe grec !
En fait, nous voyons Syracuse de loin mais assez bien en regrettant de ne pas voir de plus près Ortygie l’île-cité, mais comme le temps est favorable nous tirons vers le Cap Spartivento que nous atteignons en milieu de nuit. Nous aperçevons parmi les nuages la base de l’Etna, le phare de la Méditerranée, le Gibel des Sarrasins, mais point d’illuminations dans la nuit tombante, une autre fois…
En route on rencontre trois corvettes de la Regia Marina qui font «la pirouette» c’est à dire à ce que l’on comprend qui se livrent à des exercices qui consistent en apparence à se tourner autour et recommencer. Nous passons à quelques encablures et peu temps après l’une d’elle se détache, vient vers nous et prend contact par radio (en anglais) elle demande qui on est, où on va, ce que l’on transporte, etc… Ayant entendu ce qu’ils voulaient, la corvette rompt le combat (non, le contact) et, en gîtant fortement, rejoint à toute vapeur ses petites camarades qui l’attendent impatiemment pour continuer ensemble leur ronde.
La nuit arrivant, nécessairement, nous croisons quelques bateaux de pêche et d’assez nombreux cargos. Le golfe est un lieu assez fréquenté.
Le lendemain dans la soirée nous parvenons à l’extrémité de la botte, point ultime de la péninsule, Santa Maria di Leuca.
Cette Finis Terrae est symboliquement marquée par un monument mussolinien qui commémore, avec pas mal d’emphase, l’arrivée d’un canal emmenant l’eau dans cette contrée de la très méridionale Puglia, provincia di Lecce. Le monument, un double et grand escalier de part et d’autre d’un canal de rocailles plutôt à sec s’achevant par une grande colonne antique, est millésimé 1939. Détail curieux, certains passages de la plaque commémorative ont été bûchés pour effacer le nom du Duce et l’évocation de la période fasciste si désastreuse pour l’Italie et le monde.
Cette pratique rappelle celle en usage dans l’empire romain, on effaçait parfois sur les plaques et monuments publics le nom de l’empereur précédent s’il était tombé dans la disgrâce du nouveau régime.
Au dessus de l’escalier, une grande esplanade avec du coté port un grand phare de près de 50m de haut (dixit le guide anglais des côtes italiennes) et d’un autre une basilique consacrée par le pape Léon XIII au début du XXe siècle.

Smdleuca_phare

Là aussi des colonnes avec des plaques en latin et en italien dont l’une proclame qu’en dehors de la voie du Christ point de salut et que la religion chrétienne est la terreur de ses ennemis. Ouf ! Il semblerait aussi que les côtes italiennes et notamment dans ces régions aient été pendant des siècles l’objet de toutes les incursions et les pillages des pirates notamment turcs (la ville d’Otranto plus haut sur l’Adriatique a été durement occupée et pillée par les Turcs en 1535).
Dans la basilique, on découvre une plaque de bronze écrite en français sur laquelle on rappelle pour mémoire le naufrage du croiseur Léon Gambetta en avril 1915. Renseignement cherché et trouvé dans la bibliothèque du bord, on apprend que ce navire avait été torpillé par un sous-marin autrichien dans le canal d’Otranto, il y eut 864 marins perdus. Il semble donc que cette Finis Terrae soit décidemment placée sous le signe du tragique.
La petite ville ou plutôt le village de Leuca paraît plongé dans la torpeur de l’hors saison. De fait, de nombreuses maisons dont de belles villas de la fin du XIXe siècle sont closes et seuls quelques rares commerces restent encore ouverts.
Le temps, il est vrai, n’incite pas à la villégiature, car l’été est bien fini. Justement pour le rappeler, un vent de sud-est plutôt fort se déchaîne sans trop de restrictions et des embruns passent par dessus la jetée du port.
Des fentes et des bouches grillées pratiquées dans le quai exhalent avec une assez grande force le souffle inquiétant de la mer, il semble que c’est celui du Minotaure comme l’évoquait Jean Giono à propos du Rhône.
Les vagues déferlent en rouleaux vers la ville et éclatent avec grand bruit sur la petite plage et les rochers du littoral. L’effet est encore plus spectaculaire au delà de la jetée du port à l’endroit où de grandes falaises achèvent le talon italien.

Mer_et_figuier

Au cours d’une balade du coté sud, au pied du phare et de la basilique on découvre de nombreux murs de pierres sèches parallèles à la falaise délimitant ainsi de minuscules parcelles jadis mises en culture. Celles-ci, lorsqu’il subsiste quelque chose, contiennent des figuiers de Barbarie exclusivement. De temps à autre et surtout en allant vers l’est, le terrain très accidenté et raide étant moins abrupt, on observe des capitelles ou bories telles que l’on peut en voir dans certains coins de la Haute Provence ou de l’Ardèche.

Capitelles

Ces capitelles (on ne connaît pas le nom local) sont assez élaborées avec un toit en terrasse au dessus de l’encorbellement sommital, d’autres de forme quadrangulaire ont un toit entièrement plat. Celui-ci manifestement sert à rassembler et recueillir l’eau de pluie. L’intérieur est tout simple sans aménagement ni apprêt. Il est vraisemblable qu’elles servaient seulement d’abris pour les outils voire de refuge en cas de mauvais temps, du moins celles qui sont près des falaises et de la mer. Elles témoignent encore de l’âpreté de ces lieux, si peu favorables à la culture si ce n‘est celle des oliviers que l’on trouve ensauvagés un peu partout mais nettement au dessus des falaises battues par les vents et les embruns salés. Malgré leur état de retour à la nature ces arbres un peu hirsutes donnent de nombreuses olives que nous nous empressons de recueillir. On verra, après un traitement ad hoc ce qu’elles donnent.
Pour en revenir aux cabanons de pierres, on remarque que les habitants contemporains et surtout secondaires de ces lieux étonnants et rudes, «pétrophiles» exigeants, ont parfois repris cette architecture vernaculaire pour construire de nouvelles habitations souvent assez réussies. Hormis l’absence de résidents en cette saison, on notera que contrairement à l’environnement jadis pauvrement cultivé et maintenant laissé à l’abandon, les jardins autour des ces néo-capitelles sont bien léchés et entretenus. Times is changing, même au bout du monde.
A Leuca, nous rencontrons des gens. Une des premières personnes rencontrées est le patron de l’un de ces petits palangriers venus de Syracuse, on le saura au cours de la conversation, et qui sont bloqués au port par la fortune de vent. Giovanni Luco, venu boire un coup à bord presque immédiatement, fait venir par un de ses hommes trois petits espadons qu’il nous offre généreusement.

Peche_miraculeuse

Au cours de la conversation en italien, il s’adresse un bon moment avec deux hommes de son équipage en dialetto, en sicilien sans doute, auquel on ne perçoit pas un mot de compréhensible. De l’imperméabilité du langage parfois. Il manque un drogoman comme on disait au XVIIe siècle pour truchement ou interprète, mais cela n’empêche pas le langage commun, celui d’une rencontre amicale.

Ti_amo

Recette du thon à la De Finibus Terra

Ingrédients (pour 4 personnes) :

2 belles darnes de thon (blanc de préférence, le germon)
5 belles courgettes
1 cuillère à soupe de miel
sel poivre
huile d’olive
pistou (ail et basilic)
quelques gouttes de vinaigre de noix ou balsamique
citron

Préparation :

Laver les courgettes. Les découper en dés et les mettre à revenir à petit feu dans une poêle huilée. Faire dorer puis couvrir et laisser mijoter à feu doux (éventuellement rajouter un peu d’eau pour éviter qu’elles n’accrochent).
Préparer un barbecue assez vif (sinon, les poêler) et disposer les darnes de thon.
Par ailleurs, verser dans un bol 4 cuillères à soupe d’huile d’olive, une cuillère de vinaigre, 1 cuillère à café de miel, 1 cuillère à soupe de pistou. Saler (avec du gros sel de préférence), poivrer, rajouter quelques gouttes de citron.
Servir les darnes avec les courgettes, le tout nappé de sauce. Régalez vous !!!

Darne_de_thon

Ithaque, Ulysse et Agathe

« Puis il revint comme il était parti, bon pied bon œil, personne l’avertit, aux dents toujours la vive marguerite, aux yeux toujours la flamme qui crépite,
Rêva tout haut d’écume et de cavale, s’entortilla dans l’étrange rafale, puis le matin quand l’aube se devine, chanta chanta des chansons de marine … »
Ulysse, Brassens

Agathe_ithaque

« Es tu fol, étranger, ou viens tu de si loin ?… Sur cette terre, ici, c’est toi qui m’interroges ? pourtant elle n’est pas à ce point inconnue : elle a son grand renom, aussi bien chez les gens de l’aube et du midi que dans les brumes du noroît, au fond du monde ! Elle n’est que rochers peu faits pour les chevaux ; mais, sans être très pauvre et sans être très vaste, elle a du grain, du vin plus qu’on ne saurait dire, de la pluie en tout temps et de fortes rosées : un bon pays à chèvres !… un bon pays à porcs !… des bois de toute essence ; des trous d’eau toujours pleins. Et voilà, étranger, pourquoi le nom d’Ithaque est allé jusqu’à Troie, que l’on nous dit si loin de la terre achéenne ! »

Athéna s’adressant à Ulysse, l’Odyssée, chant XIII

Port_vathy

Ithaque fait partie de ces très rares endroits du monde où, revenant quelques années plus tard, j’ai trouvé un mieux ! Port Vathy a su resté un agréable petit port grec (hors saison s’entend), et s’ouvrir au tourisme. On sent la ville plus prospère, et de fait, elle est plus agréable. Beaucoup de constructions sont en cours ou récentes, mais discrètes, et bien intégrées à l’architecture locale. Aucun immeuble ne vient dépareiller le lieu. Une réussite donc …
Pourtant, hier, en quittant la ville à pied par un petit sentier, pour aller m’imprégner de la douceur d’Ithaque, j’ai ressenti une immense tristesse à la vue de ces champs d’oliviers abandonnés pour la plupart : les petites terrasses si laborieusement construites s’effondrent, les mauvaises herbes et les ronces viennent enserrer ces arbres centenaires, les olives même ne sont plus ramassées … qui oserait émettre un quelconque reproche : le terrain à bâtir est certes plus rentable que l’olive, et bien moins fatigant… il n’en demeure pas moins que la vue de cette « mort annoncée » a quelque chose de tragique et de bouleversant …

Oliviers_dithaque_2


3 réflexions sur “De Bastia à Ithaque

  1. bon je sais pas si t’auras ce message (c Nono là) ça a pas l’air d’être évident de t’écrire sur le blog… primo je me souviens trés bien que je suis arrivé en Grêce par Ithaque d’abord.. et de tous les rêves qui allaient avec.. secundo en rentrant tous les soirs au bateau je ragarde à coté du coditremulla voir la tache rouge du Manguier qui n’est plus là… no comment..
    bisous à vous tous… on pense bien à vous (peut être trop souvent) on va se faire un poulet chez Migue sans vous ce soir…

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  2. Bon le manguier trace son sillage sur la grande bleu! nous ici on attends le soleil… si vous le rencontrez dites lui qu on y pense!
    a vous aussi
    belle et bonne vie…
    a plus!

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