Manoeuvres préparatoires,

Depuis son arrivée, nous n’avons pas chômé avec Gwen. Et c’est une bonne chose, car la date des grosses marées du mois arrive à grands pas : du 26 au 29 mai. Et puis cela représente pour moi le passage à l’action, après tous ces longs mois passés au chevet du Manguier. Impossible de ne pas faire d’anthropomorphisme avec ce compagnon de tant d’années et tant d’aventures. Je pense d’ailleurs que tout marin véritable réagit de cette façon : son bateau, on lui parle, on l’écoute, on ressent ses peines, ses difficultés, ses plaisirs, ses joies. Et bien sûr, quand il lui arrive malheur, on vit avec lui son agonie.

La glace est maintenant partie des abords immédiats du Manguier, mais il reste encore de gros blocs de glace accrochés aux superstructures, ce qui nous empêche d’appréhender la situation dans son ensemble. Par ailleurs, l’accès à terre est particulièrement mal aisé à cause des « qaanngoq », mot groenlandais évidemment intraduisible et désignant les rebords de glace laissés sur la lisière par les différentes marées.

Déjà différentes solutions apparaissent. Celle retenue est d’ailleurs celle immédiatement envisagée par les gens du coin, à savoir d’essayer de basculer le bateau sur son flanc babord, ce qui permettra, compte tenu de la très faible profondeur à cet endroit, de maintenir le Manguier pratiquement droit. De cette façon, nous pourrons commencer à vider l’intérieur, car, cela était prévisible, tout, absolument tout a été arraché, déplacé, broyé. La force de la glace combinée à celle des marées n’a laissé aucune chance au pauvre Manguier.

Après de nombreuses allées et venues au bateau, et tout autant d’échanges de points de vue, nous avons pu trouver et partir avec un marteau piqueur thermique pour perforer le granit de la côte (une partie de plaisir …) et installer des ancrages qui nous permettront, moyennant des tirefors (que nous avons peut-être trouvé à Aasiaat …) de haler le bateau. Cela bien entendu après avoir pompé toute l’eau qui se trouve à l’intérieur. Mais de nouveaux problèmes apparaissent : pour l’instant, les marées ne nous permettent pas de voir si les fenêtres du carré sont explosées ou non, mais au vu des capots de pont, il y a de grandes chances qu’elles le soient. Donc il va falloir commencer par obstruer ces ouvertures, ce qui ne sera pas facile, car même à marée basse, elles sont à demi sous l’eau. Or l’équipe de plongeurs qui devaient venir nous donner la main n’a finalement pas pu se libérer … il va falloir s’équiper en tenue de Casimir (ceux qui sont venus sur le Manguier connaissent bien ces combinaisons de survie) et essayer d’obturer ces entrées d’eau avant de pomper …

Tout cela sera-t-il possible d’être fait avant la fin des grandes marées ? Faudra t il attendre les prochaines fin juin (mais Gwen sera beaucoup moins disponible car elle s’occupe des artistes qui vont arriver le 10 juin …). Autant d’incertitudes qui me tiennent hélas souvent compagnie la nuit, même s’il n’y en a plus. Mais je garde le moral, et la Foi. On va y arriver.

Si certains ou certaines ne savent pas quoi faire de leurs vacances, ils (elles) sont les bienvenu(e)s !


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