Eloge de l’attente, par Olivier

Naviguer dans l'Arctique demande de la patience et de l'humilité. Patience lorsque les conditions de navigation ne permettent plus d'avancer. Face à une barrière de glace, il faut savoir s'arrêter, trouver un mouillage abrité, jeter l'ancre et l'éponge. La nature, le temps, le vent, les courants façonnent des obstacles contre lesquels, ni les 100 tonnes et les 450 CV du Manguier, ni l'enthousiasme et l'intrépidité de son équipage, ne peuvent rien. L'océan est le maître et nous ne sommes que ses humbles hôtes.

Attendre, c'est aussi l'occasion de travailler à bord, fendre du bois de chauffage, gratter la rouille insidieuse dans les recoins les plus inaccessibles, pêcher ce qui fera le repas du soir (et des jours suivants lorsque la pêche est bonne), explorer les environs du mouillage, ramasser sur la grève le galet ou le morceau de bois flotté qui serviront de matériau aux artistes du bord, chercher un point d'eau, ou bâtir un cairn en l'espérant assez solide pour défier le temps.

Attendre, c'est l'occasion de lire, d'écrire, de filmer. De cuisiner. De peindre. De sculpter. Le temps qui passe donne à chacun l'occasion de s'exprimer avec les outils de son choix.

Le temps lui-même perd de sa substance, devient relatif. Autour de nous, la nature règne en maître, immaculée, éternelle, presque rationnelle dans sa tranquille assurance. Autour de nous, ce sont des millénaires qui nous contemplent. Et nos attentes deviennent soudain insignifiantes, nos projets minuscules, nos certitudes mesquines.

Attendre, dans l'Arctique, remet l'homme à sa juste place.


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