A mi-parcours entre Kodiak et la péninsule se dresse un archipel : Barren Islands, les îles nues.
Le temps clément, les jours plus courts, on coupe la route pour une nuit au mouillage. Cap sur la nudité d'Amatuli. Douce houle et mer de soie. Cieux aux gris pastel bleuissant et rosissant tout à la fois. Les lumières de septembre approchent avec comme un air de fin d'été. Lentement les îles se façonnent sur l'horizon. Hautes, teinte acier au fil émoussé. En pain de sucre. Tiens, l'une d'entre elles se prénomme «Sugarloaf». «Une zone de fort courant, ça marque l'entrée de Cook Inlet , le grand goulet qui remonte jusqu'à Anchorage.» Des bancs de brume estompent la base des îles. Les pieds dans les nuages. Irréel. En avant plan, des baleines croisent, les dorsales s'enroulent en rythme. Baleines à bosse, humpback wales (la seule qu'a l'dessous d'la queue blanche). Le Manguier stoppe les machines. Pour le plaisir d'entendre leur souffle. Quand on remet en route, les marsouins rappliquent à l'étrave de ce gros joujou rouge qui fait des remous d'enfer ! A la proue, Axel et Agathe frétillent et sautillent de plaisir.
Ce soir, c'est moi qui suis d'quart de bouffe.
Un rorqual (du balèze cette fois, 30 à 80 tonnes) imprime son sillage travers au Manguier.
Mes compères de timonerie acquiescent à la suggestion : morue-purée-huile d'olive-vapeur.
A regret, je referme mon calepin et mes griffonnages. Pincement au cœur. Ahhhh Karinouchka, scribe bien aimé. Nostalgie de tes petits carnets de moleskine rouges. Je ne me fais aucune illusion en te plagiant avec mon vulgaire «five star» à spirale.
Ahhhh ma Karinouckka. Ce petit traité sur le porridge ? mmh ? C'est pour quand ?

