Cap Alitak, pointe sud de Kodiak. Lundi 1er aout, le Manguier est à poste. Ancré à l’entrée du goulet menant au lagon sur les rives duquel s’érige le Family Native Camp.
Pendant une semaine, les natifs d’Akhiok (village mitoyen du cap Alitak) installent un campement sur une frange de terre herbeuse entre Pacifique et lagon pour partager des instants de retrouvailles et de détente. Retendre le tissu familial et social ? Dans un environnement sans télévision ni alcool. Cela fait plus de dix ans que Sven s’y rend avec sa petite famille. Cette année, il nous y a conviés. Un honneur, pour les french white people.
Lundi 1er aout, le plafond nuageux est au plus ras. Ça bruine, crachine, pleuviote et puis ça vase à flot continu. Un avion en provenance de Kodiak parvient à toucher le tarmac d’Akhiok avec quelques heures de retard. Des navettes entre le village et le camp s’intensifient. Karin, Agathe et moi préparons notre barda (tente, duvet, vêtement, livre … de quoi survivre pendant 5 jours). Philippe décide de ramener le reste de l’équipage à Kodiak, histoire de garantir leur vol de retour. Car quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle … plus de liaison aérienne.
On se harnache, on embarque, on débarque. Sur la grève à marée haute on empile deux caisses étanches, un sac. Des silhouettes émergent de la brume. La famille Haakanson est déjà à pied d’œuvre. « Venez vite installer vos tentes. Ya une place derrière la nôtre » « La nôtre » ? : superbe assortiment de matériaux high tech formant une harmonieuse forteresse parfaitement étanche aux intempéries. Je sors la mienne : vintage, sans sardines, double toit craquelé, arceau manquant et fermeture éclair béante. « Ne vous mettez pas là c’est le passage des ours ». Un sentier se dessine dans l’herbe. « Mettez-vous là » . Pas contrariant, on s’éloigne d’environ 4 m. Le tapis de sol se déploie, en suspension sur l’herbe, on amarre le tout avec force galets et bouts de bois et l’on croise les doigts : que l’ensemble ne se liquéfie pas dans la minute qui suit.
Une fois plantées dans notre décor voici un peu pèle mêle ce qui s’ensuit : des enfants et des chiens qui grouillent entre les tentes, des mines aux pommettes hautes et yeux bridés qui au fil des jours et des sourires qu’on leur adresse finissent par s’ouvrir. Une pêche au poulpe géant piégé dans une flaque d’herbe par la marée basse. L’arrivée de Philippe H et Philipe O venus nous rejoindre. De longues marches sur les plages, les yeux rivés sur les galets lustrés et multicolores. Une succession de grosses soupes dans des assiettes en carton. Un grand feu qui fume 24 h /24. De longues attentes à s’attendre. Un atelier de sculpture animé par Sven, écorce flottées, couteau, copeau, pansement. Une chasse aux pétroglyphes (gravures rupestres datées d’il y a mille ans) représentant des visages et des animaux et que l’on découvre sur les rochers. Un ours qui laisse ses empreintes, des souris qui rampent sous la tente, un renard qui vient narguer les chiens, un chat noir et blanc qui croise de temps à autre. Des bourrasques de pluie, des bourrasques de soleil, bourrasques d’humeur. Un avion qui ne vient pas. Un bagna renaissance. Un émouvant baptême orthodoxe dans la chapelle en ruine d’Akhiok. Une cueillette de camomille pour apaiser les conjonctivites. Un avion qui arrive et nous élève cahotant au dessus de Kodiak, pur joyau dans son écrin Pacifique.
Et pour finir quelques remerciements : à la magie du voyage et des rencontres, à la famille de Mitch et Judy Simeonof, à notre tente qui a résisté vaillamment à l’humidité.

