Le Wounded Knee des Alutiiq, par Karin Huet

À 2 heures du matin, dans un demi-jour sombre, le Manguier mouille au nord de Sitkalidak Island, la grande île qui protège Old Harbor des vents du large et en fait un bon… harbour, un havre sûr.

De l’autre côté de cette île se trouve Awa’uk, Refuge Rock, nous enseigne Sven. Un îlot relié à la terre par un cordon de galets qui découvre à marée basse. Mais c’est depuis une éminence de Sitkalidak que, en 1784, les Russes ont commencé le massacre de 500 hommes, femmes et enfants alutiiq. À coups de boulets de canons.

Sven a campé un mois, en 1992, avec d’autres archéologues, sur cet îlot au sommet presque plat, défendu par des falaises. Ce lieu a été utilisé par les Alutiiq de la région, comme forteresse, à plusieurs reprises. On pense que 25 habitations semi-souterraines y tenaient. Les maisons classiques des villages de la période Koniag (période commençant il y a 800 ans) : collectives, avec une disposition en pieuvre, pièce centrale reliée par des tunnels à des niches-chambres familiales, une niche-réserve et une niche-banya. En août 1784, on pense que, connaissant les actions des Russes, 3000 personnes avaient cherché refuge là.

Sven creusait avec les autres, à l’emplacement d’une niche-chambre, lorsqu’il s’est senti bizarre. « Je ne me sens pas bien, s’est-il excusé, j’arrête un moment ». Il s’est éloigné et, 5 minutes après, les autres découvraient les restes d’une femme. Au crâne fracassé.

Dans une autre niche de la même maison, ils trouvèrent les os d’un enfant. À la jambe éclatée.

Le massacre de Awa’uk sonna le glas de la souveraineté alutiiq.

Il fut perpétré sous la direction de Gregorii Shelikof. Qui affirma qu’il avait vaincu 15 000 Alutiiq.

Cécile, Phil et moi, nous nous étions demandé qui était ce Shelikof dont un détroit (celui qui sépare Kodiak de la Péninsule) porte le nom, ainsi qu’un hôtel en ville…

 


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