19 Juin, par CZH

Quitté l'archipel des Shumagin.

Quitté Simeonoff la douce, aux plages de granit blanc.

Laissé la désolation de la lande aux bancs de sternes et caquètement des lagopèdes arctiques.

D'une pichenette bien placée dans la croupe, la marée montante nous a renvoyés vers le large, dans les reliquats moelleux du coup de vent d'Est.  Avisée, Agathe tapisse le dessous de table du carré de coussins et s'y vautre non sans avoir vaguement marmonné "quand c'est qu'on arrive ?".

Un crachouillis émane de la VHF. Forecast. Cap'tain Phil est tout ouïe. D'un quart de tour il abrège les chuintements et conclut, à son habitude : "Rien qu'du beau !".

Evidemment, tout est relatif dans ces contrées où le soleil ne se mesure, des jours durant, qu'à des variations subtiles de luminosités. Une lueur enrobée de nuages qui vont de l'épais molleton à (dans le meilleur des cas) la soie transparente.

On traverse vers la péninsule où l'on vise Paul et Jacob. Deux îles. Entre les deux compères s'offre un mouillage exceptionnel à ce qu'il paraît. Foi de pêcheurs alaskans ! On s'insinue dans le goulet et on ancre dans une baie sablonneuse. Les bosquets d'aulnes ont encore verdi, la palette a irrémédiablement viré au vert. La mer aussi. Sur fond de roches noires, elle prend des reflets émeraude du plus bel effet. Le lendemain, une touffe de sapins nous attire sur les rives de Jacob. Les restes d'un ponton, chicots de bois émergeant du sable, marquent l'emplacement d'une ancienne fox farm. Un élevage de renards exportés pour leur fourrure. Les fameux renards bleus ? On ne sait pas. Tout est déserté et envahi de végétation. Les renards ont retrouvé leur liberté et, au vu de leurs empreintes sur le sable, dansent maintenant la sarabande sur la plage.

Beach combing : un terme qui désigne une activité essentielle en Alaska. Glaneurs de grèves. On enrichit notre magot d'un magnifique coin de bois, peint en rouge  Manguier, équipé d'une queue taillée dans une section de tuyau d'incendie fermement fixée par des agrafes. Après  réflexion, il s'agit  certainement d'une cale que l'on doit glisser prestement sous les roues des petits avions habitués à se poser dans les situations les plus scabreuses, sur tout support. Route des airs ou route des eaux, ici si l'on veut se déplacer, il n'y a pas encore d'autres moyens. La voie terrestre souvent la plus directe relève encore de la "road of dream".


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